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Mohammed MRAIZIKA / Emarrakech - publié le Mardi 27 Juin à 00:00

MRE : un grand pas en avant, deux décennies en arrière




Mohammed MRAIZIKA* - Un grand pas en avant, deux décennies en arrière ce n’est pas le rythme de la valse viennoise à trois temps, « où chaque couple tourne sur lui-même tout en se déplaçant », mais, le bruit strident d’une valse-hésitation gouvernementale qui se transforme en un vrai déni de droit.



Le couple MRE-gouvernement marocain valse depuis toujours ensemble, mais à l'envers. Ils se croisent de temps en temps mais très vite chacun reprend sa route. Aujourd'hui, après l'annonce de l'annulation de leur participation aux élections de 2007, les MRE sont désorientés et désemparés, ne sachant plus sur quel pied danser.

Le Discours Royal du 6 novembre a pourtant remis toutes les pendules à l'heure. L'heure de l'égalité devant la citoyenneté, l'heure de la participation politique, l'heure de la considération et du respect envers les MRE pour « service rendu à la nation » (quid de l'apport financier). Les MRE se sont vu reconnaître, par la seule volonté de SM le Roi, leur droit de vote et d'éligibilité aux élections législatives. Un Conseil Supérieur Consultatif leur fut proposé afin de leur assurer une représentation institutionnelle et de rendre leur participation politique effective à l'instar des nations les plus démocratiques
Et ce n'était que justice. Car comment concevoir qu'un pays, qui se veut résolument lancé sur la voie de la démocratie, de l'équité (l'IER), de l'égalité et de la justice, exclue plus de 10 % de ses membres de cette évolution ?

Comment peut-il continuer tranquillement à engranger les devises par milliards et en même temps s'obstiner à ignorer les droits fondamentaux de plus de 3 millions de ses citoyens établis à l'étranger ?

En effet, le Discours du 6 novembre 2005 a réparé l'oubli et la discrimination dont soufraient les MRE en matière de participation politique depuis l'expérience malheureuse de 1986/92. La confiance est revenue et le sentiment d'être enfin considéré et apprécié à sa juste valeur s'est affirmé et renforcé.

Et puis, un beau jour du mois de juin 2006, tous ces acquis sont remis en cause. La décision d'annuler la participation des MRE aux échéances de 2007 tombe comme un
couperet sans préalable ni explication.

La consternation et la désolation que cette décision a suscitées chez les MRE n'ont d'égal que l'émotion et la reconnaissance que le Discours Royal de novembre 2005 a engendré. De Toronto à Paris, de Turin à Bruxelles, d'Amsterdam à Madrid, c'est un même concert de joie et de satisfaction qui a envahi les foyers MRE.

Que s'est-il donc passé entre le mois de novembre 2005 et le mois de juin 2006 ?
Tout semblait pourtant évoluer dans le bon sens. Les réunions se sont multipliées à tous les niveaux pour préparer la participation des MRE aux élections de 2007 et les déclarations de bonnes intentions ont fusé de tous bords. Les partis politiques ont sillonné l'Europe du Nord au Sud avec dans leurs bagages les promesses et les engagements les plus rassurants. Les ONG les plus sérieuses se sont senties investies de nouvelles responsabilités et les plus moribondes ont repris du service.

C'est vrai, les observateurs les plus avertis de la chose publique marocaine n'ont pas manqué de déceler derrière les hésitations et les tergiversations du gouvernement et de certains partis des signes inquiétants qui en disaient long sur leur vraie disposition à rendre effective la participation politique des MRE en 2007. Mais, personne ne pouvait se douter un instant qu'un jour le droit de vote accordé aux MRE en novembre 2005 soit remis en cause et que leur participation au processus politique et électoral de 2007 soit réduite à néant.

La liste des raisons et des motifs et invoqués par les différentes instances gouvernementales pour justifier cette reculade ressemble au catalogue d'une grande surface. C'est un mélange de considérations d'ordres politiques, sociologiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires.

Mais quel que soit la véracité et la pertinence de ces raisons et motifs, rien ne devrait justifier cette brutale décision. Car dénier aux MRE le droit de voter en 2007, leur refuser l'exercice d'un droit constitutionnel et l'accès à la citoyenneté marocaine dans tout ce qu'elle comporte comme droit et devoir, c'est hypothéquer l'avenir, c'est prendre le risque de compromettre tous les efforts qui ont été faits depuis des années visant à leur redonner confiance aux MRE et à inciter les plus jeunes d'entre eux à prendre part au processus de développement économique et politique amorcé depuis quelque temps dans leur pays d'origine.

Et maintenant ? Le gouvernement et les partis qui ont cautionné ce déni de droit doivent aujourd'hui faire preuve de beaucoup d'imagination et de créativité pour expliquer leur décision. Ils devront, en tout état de cause, doubler d'efforts en matière d'information et de communication afin de dissiper l'incompréhension et lever le doute suscité par cette volte face. Ils sont appelés à engager le plus rapidement possible les consultations les plus larges avec les partenaires les plus sérieux (les ONG) pour trouver une solution définitive à cette épineuse question de la représentativité politique et institutionnelle des MRE.

Certes, des formules et des combinaisons diverses existent. Certaines d'entre elles peuvent se révéler judicieuses et plus proches des souhaits des MRE. L'installation du Conseil Supérieur Consultatif dont les modalités de composition ont été annoncées le 6 novembre 2005 apparaît aujourd'hui comme la solution la plus séduisante. Mais, faut-il encore que le gouvernement et les partis prennent la peine et le temps nécessaire d'associer directement les premiers intéressés, les MRE, à la définition et à la mise en place de ce Conseil. Surtout que certaines ONG, tel le CONGRESS, ont fait preuve depuis plusieurs années de pertinence et d'imagination en la matière et leur expérience dans ce domaine peut être très utile.

Ce qui compte aujourd'hui c'est de renouer les contacts et de rétablir la confiance au sein de la communauté MRE. Tout est possible. Mais ce qui reste inacceptable pour la grande majorité des MRE et tous les démocrates du Maroc et d'ailleurs, c'est l'annulation pure et simple du droit de vote et de participation aux élections de 2007.
Faire avorter ce droit et empêcher sous quelque motif que soit cette participation, c'est briser le formidable élan observé à travers le monde suite au discours Royal de novembre 2005 et faire fi de toutes les attentes et les espoirs qu'il a suscités.

* Mohammed MRAIZIKA : chercheur en Sciences Sociales et en droit International Humanitaire, Président d'almohagir 


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