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par Abou El Mahassine Fassi-Fihri - publié le Lundi 11 Janvier à 18:59

Lisbonne: premier pas vers la résolution de la crise d'identité de l'Europe






Bruxelles – Le 1er décembre 2009, le traité de Lisbonne (accord réformant les institutions de l'Union européenne) était ratifié, conférant à la Charte européenne des droits fondamentaux (ECFR), document qui définit l'ensemble des droits civiques, politiques, économiques et sociaux des citoyens et résidents de l'UE, une valeur juridiquement contraignante. Désormais, les différents citoyens de l'Europe sont juridiquement - c'est un soulagement - mieux protégés contre la discrimination fondée sur la race, l'ethnie, la religion ou l'orientation sexuelle.
Cependant, Lisbonne n'est pas la panacée à la crise d'identité que traverse actuellement l'Europe. Il faut aussi que les Européens apprennent à vivre ensemble.

Une récente enquête menée par l'UE a révélé d'inquiétantes conclusions au regard de la discrimination dont les minorités font l'objet dans leur vie de tous les jours. L'agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) a publié les résultats d'un sondage Gallup qui a interrogé plus de 23 000 citoyens européens appartenant à des minorités ethniques et à des groupes d'immigrés sur leur expérience en matière de discrimination dans neuf domaines de la vie tels que la recherche d'un emploi et d'un logement, les soins médicaux, les services sociaux, l'éducation, les courses, l'ouverture d'un compte bancaire ou l'obtention d'un crédit.

Les résultats sont alarmants: 11% des personnes interrogées d'origine nord-africaine ont déclaré avoir été victime de discrimination du fait de leur appartenance ethnique au cours des 12 derniers mois tout simplement en entrant dans un magasin; 19% d'entre elles ont eu le sentiment d'avoir été arrêtées par la police du fait de leur appartenance ethnique. 17% des Roms interrogés ont indiqué avoir fait l'objet de discrimination de la part du personnel de santé et près d'un quart des Africains subsahariens ont eu conscience d'avoir été victime de discrimination au moins une fois au cours de leurs recherches d'emploi.

Au vu de ces chiffres, on peut aisément imaginer le potentiel de discrimination à l'égard d'une personne présentant plusieurs caractères minoritaires. Cela élude la question suivante: une musulmane à la peau foncée a-t-elle sa place dans l'Europe d'aujourd'hui?

L'enquête indique en outre que près de 46% des personnes interrogées ignoraient quels étaient leurs droits face à la discrimination subie dans les magasins, les restaurants, les bars ou les boîtes de nuit, et que 63% d'entre elles n'avaient jamais entendu parler des ''organismes nationaux de promotion de l'égalité'' (institutions publiques qui reçoivent des plaintes pour discriminations) dans leur pays respectif. L'écrasante majorité des personnes interrogées ignoraient qu'il existe des organismes qui apportent soutien et conseil aux minorités faisant l'objet de discriminations. Enfin, 82% des personnes qui ont eu le sentiment d'avoir été victime de discrimination n'ont pas signalé les faits à une autorité ou une organisation compétentes.

Ces chiffres révèlent de sérieux défis. Tout d'abord, ils attirent l'attention sur le fait qu'il y a un réel manque de connaissance des droits civiques et de la responsabilité de la société à l'égard des minorités. Les groupes minoritaires, autant que les fournisseurs de services (hôpitaux, écoles, police, employeurs, propriétaires et entrepreneurs compris) doivent être pleinement conscients des dispositions de l'ECFR et des organismes de réglementation y relatifs. La FRA, les Etats membres individuels de l'UE, le Conseil de l'Europe (organisation intergouvernementale oeuvrant pour l'intégration européenne) et la société civile européenne peuvent jouer un rôle fondamental en attirant l'attention de publics ciblés (dont les journalistes) sur ces aspects juridiques.

Le défi suivant, qui reflète la crise d'identité que traversent actuellement les citoyens européens, est plus grave. L'Europe du XXIème siècle est incontestablement variée, cependant l'enquête montre que beaucoup d'Européens n'apprécient pas tout à fait cette diversité. La récente polémique autour du vote de la Suisse interdisant la construction de minarets, ou encore les débats très radicalisés et politisés sur l'identité nationale en France, illustrent cet état de fait .
Y a-t-il une sortie à cette crise d'identité de l'Europe? La réponse est oui.

Les efforts pour résoudre cette crise devraient d'abord s'intéresser à l'éducation, aux médias et à l'industrie du spectacle, domaines qui influencent la façon de penser des individus et leurs convictions.

Les partis politiques dominants doivent également inciter les Européens à investir dans des programmes scolaires sensibles à la diversité, dans l'ensemble de l'Europe. Par ailleurs, la composition des équipes de journalistes (dont les présentateurs, les rédacteurs et les producteurs) doivent mieux refléter la réalité de la diversité ethnique et raciale présente dans la société européenne. Enfin, l'industrie européenne du spectacle devrait adopter une charte de responsabilité sociale des entreprises et produire des films et des séries télévisées qui ne soient pas seulement amusants et populaires mais qui transforment aussi l'état d'esprit et le comportement des individus afin de promouvoir la tolérance entre les personnes.

Faire respecter la Charte européenne des droits fondamentaux est de la responsabilité juridique et morale des autorités gouvernementales, des médias et des groupes politiques mais aussi de la société européenne dans son ensemble. Pour contribuer à résoudre cette crise d'identité, il faut encourager les efforts qui visent à cultiver la coexistence au sein de l'Union européenne.

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*Abou El Mahassine Fassi-Fihri est le représentant du bureau européen de Search for Common Ground, basé à Bruxelles (une organisation à but non lucratif qui se consacre à transformer la façon dont le monde gère les conflits) et analyste de conflits à l'Institut pour l'analyse et la résolution des conflits. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).
Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 8 janvier 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=270...


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