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Mokhtar Chaoui - publié le Jeudi 26 Décembre à 15:46

Lettre d'un arbre tangérois au président de Diwane Al Madhalime

S.O.S.ARBRES : arbres rasés. béton armé, environnement, lobby de l'immobilier ...






NOM : Tangérois
Prénom : Arbre
Date et lieu de naissance : le 26 décembre 1664 à Tanger.
Objet : Lettre d’un arbre tangérois au président de Diwane Al Madhalime

A Monsieur le président de Diwane Al Madhalime,

Monsieur le président,
Après m’être adressé à toutes les autorités compétentes et incompétentes, du Moqadem jusqu’à la plus haute autorité environnementale qui ont tous snobé mes requêtes, n’ayant plus de recours et sachant que votre raison d’être est de rendre justice à ceux qui ont perdu tout espoir, je me permets, en ce jour anniversaire de mes 349 années, de vous adresser cette lettre afin de lancer mon dernier cri contre les meurtriers de mes enfants.

Oui monsieur le président,
Je suis un arbre qui a vu le jour il y a des siècles de cela. J’ai combattu les aléas climatiques, les fauves, les colonisateurs et j’en suis sorti vainqueur. Mais depuis quelques décennies, un autre ennemi que je n’avais pas prévu, de qui je ne me suis pas méfié parce qu’il est de ma race et de mon sang, continue de commettre un « holocauste » contre tous les enfants et les petits-enfants que j’ai engendrés. Au nom du progrès, au nom de l’élargissement des avenues, au nom du projet du Grand Tanger, il rase la ville de ses derniers arbres, ces chers arbres que j’ai enfantés de mon être, que j’ai abreuvés de mon sang, que j’ai fait grandir dans la dignité.

Mes ennemis, regroupant le lobby de l’immobilier et leurs acolytes haut placés, ont converti Tanger en un amas de briques et de béton, en une succession d’immeubles et d’habitats horribles et inhospitaliers, en un écheveau d’avenues bancales, de trottoirs défoncées, de poteaux électriques rouillés, et ce ne sont pas les quelques couches de peinture sur des façades moisies qui cacheront le génocide urbanistique qu’ils continuent de perpétrer.

Monsieur le président,

Mes petits enfants qui habitaient la forêt Moulay Abdellah ne sont plus. Pas un seul arbre de cette forêt n’existe aujourd’hui. Ceux qui peuplent la forêt de R’milat ne sont plus que des unités orphelines annexées aux jardins des luxueux palaces qui poussent comme des champignons venimeux. Ceux de la forêt de M’nar suivent le même sort. Que dire de ceux de la forêt diplomatique qui continuent d’être décapités sur l’autel des projets immobiliers. Du béton, encore du béton, toujours du béton au détriment de la nature, des arbres, de mes propres enfants.

Monsieur le président,
Il ne sert à rien de pleurnicher sur ce qui ne peut être ressuscité, mais JE DEMANDE QUE LES RARES ESPACES VERTS QUI CONTOURNENT ENCORE TANGER SOIENT DECLARES ZONES INCONSTRUCTIBLES. A l’instar du décret royal, imposé par Hassan II pour sauver la forêt Maâmoura, je demande que ce qui reste de la forêt diplomatique, de celle de R’milat, de Sloukia, de M’nar, de Houara et de tous les autres endroits où des arbres résistent encore à l’avancée du béton armé soient déclarés PATRIMOINE NATIONAL afin que les fauves de l’immobilier ne s’y attaquent plus. Je demande que le peu d’arbres qui s’éparpillent encore à Tanger soient épargnés pour que ma descendance puisse offrir de l’ombre fraîche à la vôtre.

Ma seule filiation qui vit en bonne santé, qui ne se soucie pas de son avenir, qui s’épanouit sans peur d’être décapitée le lendemain se trouve dans les zones diplomatiques de la France et de l’Espagne ainsi qu’à l’école américaine. Ailleurs, partout où ce sont les autorités marocaines qui règnent, elle est assassinée en bas-âge, un vrai infanticide. Faut-il que mes petits-enfants s’abritent chez les anciens colonisateurs que j’ai moi-même chassés de mon pays pour qu’ils survivent. Sommes-nous arrivés au temps où les enfants de notre sang nous poignardent dans le dos ? Si c’est le cas, je demande à être déchu de ma nationalité pour prendre celle des pays qui respectent ce que je suis et ce que je représente.

Monsieur le président,
Je ne suis pas naïf. Je sais que mes cris, mes implorations, mes espérances seront emportés par le chergui et les rafales de pluie. Je sais que j’ergote, que je « tabbale fel hawta » comme on dit chez nous à Tanger. Toutefois, je continue à vous adresser cette lettre, car je ne veux pas mourir avant de vous exprimer ce qui me ronge de l’intérieur. D’ailleurs, je ne pense pas pouvoir m’exprimer plus longtemps, car à mes pieds, je vois une camionnette de notre arrondissement, flanquée de son fameux (ج). Des ouvriers en descendent. Ils portent une tronçonneuse. Et ils commencent à me scier. Toute mon existence qui dure depuis des siècles disparaitra dans quelques minutes, avant même que je vous poste cette lettre.

Cependant, et avant de rendre l’âme et d’être réduit en bûches pour les cheminées de mes assassins, j’ai encore un mot à leur dire : « Da3wa bikoum n’Lah… Je me ferai un plaisir de devenir le bois de votre enfer ; inchallah. »

Signé
Mokhtar Chaoui
enseignant-chercheur et écrivain
( par procuration de l’Arbre tangérois)



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