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MAP - Mohammed Badaoui - publié le Lundi 30 Juin à 13:46

Les soldats marocains de Venafro, un minaret pour en garder vif l'esprit du sacrifice




Venafro (centre d'Italie) - Le cimetière est généralement réputé être un lieu triste. Mais, il l'est, sans doute, davantage quand il s'agit d'un cimetière de guerre qui, au-delà de ses caractéristiques formelles, renvoie à une multitude de choses et rappelle bien des souvenirs douloureux et des atrocités commises par l'être humain envers ses semblables. La sonnerie aux morts en cette fin de la deuxième décadre du mois de juin, au cimetière de Venafro, vient rappeler une nouvelle fois cette réalité amère.



Hauts officiers, sous-officiers et soldats au garde-à-vous, diplomates d'une poignée de pays, les regards figés sur les stèles funéraires, et autorités locales de Venafro, petite ville italienne située à une vingtaine de kilomètres à l'est de Cassino (centre), ont tenu, par leur présence, à une cérémonie de célébration du 70è anniversaire des batailles de la campagne d'Italie de la seconde guerre mondiale, à rendre un vibrant hommage aux soldats enterrés dans ce cimetière, dont la majorité sont des Marocains ayant sacrifié leur vie pour la libération de l'Europe de l'emprise nazie.

A l entrée du cimetière de Venafro, qui regroupe les soldats morts lors des combats pour la prise de la" Ligne Gustav" y compris ceux décédés dans les hôpitaux de Naples et précédemment enterrés à Miano soit 4922 sépultures dont 3130 musulmanes, l'attention du visiteur est attirée par cette phrase qui incite à réfléchir sur l'importance de ce lieu chargé d'histoire, bien qu'il soit mal indiqué, si ce n'est par le petit minaret construit sur le carré musulman en bas d'une montagne: 'Passant, songe que ta liberté a été payée de leur sang''.

"Le passant en question est certainement européen et c'est peut-être le lieu de dire que les Européens devraient connaître ou se remémorer ces inscriptions. Il y a, en effet, une espèce d'amnésie générale en Europe, quand on voit monter en puissance et un peu partout, les mêmes idées xénophobes qui avaient conduit, précisément, au conflit dont on parle (seconde guerre mondiale)'', commente un expert.

Dans un espace, il paraît évident que la proximité de deux objets suffit à les mettre en relation et permet de transférer quelque chose de l'un à l'autre. C'est bien le cas de ce cimetière, moins connu que Monte Cassini du grand public notamment marocain, où se côtoient tombes chrétiennes et musulmanes, de soldats ayant sacrifié leur vie pour la même cause.

Le point commun entre ces courageux soldats, enterrés les uns près des autres, c'est qu'Ils ont payé cher par leurs vies le prix de la liberté et combattu pour une Europe libre et sans dictature.

Le Consul général du Royaume à Rome, Mohamed Basri, qui participait à cette cérémonie, aux côtés de l'attaché militaire près l'ambassade du Royaume en Italie, Ahmed Aligue, relève que 'Loin de leur pays et de leurs familles et sur une terre qu'ils n'ont jamais visité ni connu auparavant, les soldats marocains enterrés dans ce cimetière se sont sacrifiés dans ce lieu affrontant la puissance de feu des nazis sur un terrain considéré militairement inaccessible aux forces armées''.

Chiffres à l'appui, M. Aligue rappelle le coût très élevé en vies humaines lors de la campagne d'Italie, soulignant que les pertes globales, pour seuls faits de guerre, du Corps Expéditionnaire Français (CEF), qui compte un grand nombre de soldats marocains, sont de 6577 tués, 2088 disparus et 23.205 blessés, soient 32.171 hommes hors de combat et un quart des effectifs engagés. A ces hommes, il faut ajouter des centaines de victimes de gelure, de maladies ou d'accidents, a-t-il précisé.

'Les soldats marocains ont témoigné une rare patience, donnant ainsi la preuve de leur valeur guerrière, devant le climat hostile et une réalité qui dépassent toute leur imagination. Arraché de leur pays, ils ont le devoir de combattre les allemands, les marocains sont utilisé comme chair à canon, on les choisit pour les missions les plus atroces dans les fronts les plus mortels, et devant leur bravoure les pertes étaient lourdes'', écrivait un spécialiste.

Evoquant, à juste titre, l'ampleur de ces pertes, l'Attaché militaire tenait à préciser que parmi les quatre divisions du CEF, la 2è Division d'Infanterie Marocaine (DIM) est la plus affectée. Après 7 mois et demi de campagne, elle déplore 8455 pertes, dont 1396 tués et 315 disparus.

La 4è Division Marocaine des Montagnes (DMM) déplore, pour sa part, 4429 hommes hors de combat, dont 889 tués et 151 disparus, a-t-il ajouté, précisant qu'au sein de ces deux grandes unités, les régiments de tirailleurs sont les plus touchés.

Le lourd tribut payé par les soldats marocains pour faire sauter le verrou de Monte Cassino sur lequel s'appuie la Ligne Gustave a fait également l'objet de l'allocution de M. Basri qui rappelait que ce dispositif de défense allemand est constitué d'une série de fortifications construites par l'organisation Todt. Outre les unités du génie et les soldats allemands présents en Italie, 44.000 travailleurs italiens participent à la construction des fortifications.

Ce dispositif de défense allemand s'étendait, en effet, sur plus de 150 kilomètres en partant de la mer Tyrrhénienne. Elle longe le Garigliano, traverse les Apennins et en particulier les Abruzzes pour se terminer en mer Adriatique à l'embouchure de la rivière Sangro, divisant la botte en deux, nord et sud.

La ligne était fortifiée avec des puits à canon, des forteresses en béton, des emplacements de mitrailleuses et de lance-flammes, du fil de fer barbelé et des champs de mines. Des trous individuels et des tranchées parsèment les positions. Les villages et les villes sont transformés en véritables forteresses.

Le centre de la ligne est approximativement le Monte Cassino (d'où l'expression du "verrou" de Cassino). La ville de Cassino sera donc fortifiée de manière importante et la ligne Gustav barre l'accès au nord du pays et à sa capitale Rome.

Pour la prise de cette forteresse, les combats ont duré de janvier à mai 1944. Après des semaines de tentatives infructueuses de prise du Monte par le côté sud, par les Américains, les Anglais, les Canadiens et les Indiens, ce sont finalement les soldats marocains qui vont réussir à percer la Ligne Gustav par le contournement de Cassino et la prise de sommets voisins (Mont Majo, Monts Aurunci, Belvedere ).

Les soldats marocains devaient gravir les pentes abruptes boueuses et enneigées, jugées infranchissables par les Allemands, avant de s'emparer des monts, exposés aux tirs de canons allemands. Le Commandant en chef des armées allemandes Albert Kesselring le reconnait lui-même : 'Les Français et surtout les Marocains ont combattu avec furie et exploité chaque succès en concentrant des forces sur des points qui faiblissent''.

'Spécialement remarquable est la grande aptitude tout terrain des troupes marocaines, qui franchissent même les terrains réputés impraticables, avec leurs armes lourdes chargées sur des mulets, et qui essaient toujours de déborder nos positions par des manœuvres et de percer par derrière'', a-t-il encore écrit le 29 mai dans son rapport quotidien.

Les historiens et la plupart des analystes militaires considèrent la manœuvre des goumiers comme la victoire critique qui a finalement ouvert la route de Rome aux alliés.

Un ancien expert du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui rendait hommage au courage des soldats marocains écrit notamment que 'Là où la British Air Force a été impuissante à déloger les Allemands, les Marocains l'ont fait à dos de mulet, ce qui a fait dire que les courageux soldats marocains ont utilisé la +Bghel Air Force+, opération qui a fini par encercler la ville de Cassino et fait tomber le Monte Cassino''.

Du courage et de la discipline des soldats marocains, un des officiers présents à la cérémonie rappelle que Monte Cassini n'est pas la première fois où ces combattants se démarquaient 'par leur sens de sacrifice et de l'honneur''. Il suffit, a-t-il poursuivi, de 'jeter un coup d'œil sur l'histoire de la 1è guerre mondiale pour en avoir la certitude''.

En effet, les premiers combats des Marocains remontent à 1915, après deux ans de l'occupation française du Maroc en 1912. Sur 4000 combattants marocains, seuls 800 ont survécu aux batailles meurtrières notamment de l'Ourcq , l'Aisne, Champagne, Soissons-Champagnes (1915), Le chemin des dames (1917), Vilers-aux Erables (1918), Verdun .

Selon un analyste, leur grande résistance a fait l'objet d'une grande admiration chez "l'ennemi", en l'occurrence les Allemands qui ont surnommé les tirailleurs marocains : "les hirondelles de la mort".


Tagué : Venafro

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