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Mesbahi Imane - publié le Jeudi 17 Avril à 14:41

Les mosquée, entre enjeu éducatif et reconnaissance sociale






Ayant grandi au Maroc et fréquenté un lycée français ; s’inculquer et se faire inculquer une éducation religieuse a été pour ma part ; périlleux, du moins déstabilisant.
Ma réflexion jaillit du périple de ma pensée et de mon expérience, parce que cela est essentiel pour la suite, je tiens à préciser que je m’intéresserai donc exclusivement au cas des jeunes issus des lycées français.
J’imagine déjà de charmants visages déconcertés se crisper ; évidemment j’ai fréquenté un lycée français laïc, c’est comme le beurre pour les pattes, ça ne fait pas le Michelin mas ça rend moins fade.
Là n’est pas la question, ma réflexion sur le sujet ne prendra pas (je l’espère) la direction inéluctable de réprimandes classiques et quasi automatiques de l’enseignement français à l’étranger, car moi même, je lui dois beaucoup.

Ma réflexion est personnelle et surtout personnalisée dans la mesure où je déplace timidement le centre de gravité qu’est l’école pour approfondir, élargir et prospecter les potentialités de l’environnement d’un jeune de 15 ans, iPad dans une main et ballon de foot dans l’autre.
Il est temps de se soucier un tant soit peu du malaise de ces jeunes qui, à la maison sont légitimement appelés à leur devoir de musulman pour revenir à l’école laïque, transparents.
Je salue tous ces valeureux parents soucieux mais bien courageux d’entretenir cette hantise quant à l’éducation religieuse de leurs enfants.
Ainsi, j’esquive volontairement toute bifurcation en pédo-psychiatrie.

Ce que je souhaite réellement mettre en avant, justifiant l’intitulé de mon article, c’est l’existence – matérielle – physique -, me semble t-il, de lieux de culte connus sous la dénomination de mosquées. Dans quelle mesure peut-on réellement parler d’existence ?
Aujourd’hui, par le retrait relatif de la civilisation musulmane, nous assistons, réconfortés, au retrait des mosquées de la scène communautaire.
Je ne parlerai pas d’un désengagement religieux puisqu’il y a de facto les cinq prières qui, par la grâce divine permettent de sauvegarder un semblant de rassemblement communautaire.
Il n’en demeure pas moins que le désengagement sociétal suscite de l’indignation, du moins, il devrait.
Le thermomètre de ce désengagement est simple ; si l’on questionne un adolescent sur sa dernière présence à la mosquée et qu’il nous répond vaguement « wa9ila l3id lli fat» ; le désengagement est indéniable et la réalité, insoutenable.
Aussi, j’ai été surprise et désappointée d’apprendre que les mosquées, au Maroc (pour le reste des pays, je l’ignore), ferment entre les heures de prières.
De là, apprenez que moi même je n’y ai pas souvent mis les pieds jusqu’à mon arrivée en France ; vous en conviendrez, le paradoxe est honteux et blessant à la fois.

Le mot mosquée en arabe "masjid" vient du mot soujoud qui veut dire prosternation. Le masjid signifie donc littéralement l'endroit où l’on se prosterne. Il est par extension le lieu où l’on se rappelle Dieu en communauté.
En effet, dès son arrivée à Médine, le prophète Mohamed sw fit bâtir un lieu de rencontre pour la Communauté, une sorte de « quartier général » pour traiter des affaires des musulmans, les rassembler dans la fraternité et l’échange mutuel ; fussent-ils riches ou sans-abris, brigands ou braves. Abou Saïd Al-Khoudry rapporte que les femmes dirent au prophète sw: « Les hommes sont les seuls à profiter de tes exhortations. Consacre-nous donc un jour pour écouter tes enseignements. ». Il leur désigna ainsi un jour où il les rencontrerait et leur offrait ses exhortations et ses recommandations.
D’emblée, la mosquée est un agent socialisateur qui entre inéluctablement en compétition avec les autres instances de socialisation que sont la famille et l’école ; sans pour autant les effacer.
En effet, la mosquée permet la transmission de normes, de valeurs et de savoir qui, de part leur référent religieux sont inimitables. En aucun cas je ne parlerai d’exclusivité car l’universalité de l’Islam transcende la nature du régime de chacun ; elle se nourrit de ses individualités pour offrir un cadre d’épanouissement pluriel.
Néanmoins, peut être serait il plus prudent de nuancer cette fonction sociale par un phénomène dont on parle peu, décrit par le professeur Robert King Merton, appelé « socialisation anticipée ». L’idée est simple ; les jeunes gens sont issus d’un « groupe de référence », de culture et de confession différentes du groupe vers lequel ils sont dirigés et par lequel ils sont amenés à se construire à savoir l’école française. Dans l’idéal, la structure sociale est ouverte à une certaine mobilité en va-et-vient qui permet aux jeunes individus de développer une instance critique propice à leur enrichissement culturel. Remarquez que je parle bien d’un –enrichissement- ; à cet égard, l’amalgame de la « double culture » biaise aisément la réflexion.
Pour autant, la structure sociale doit être solidement charpentée par une préparation si ce n’est un remaniement des attitudes et du comportement de nos jeunes.

نريد بناء الساجد قبل بناء المساجد
Dans une traduction approximative : nous voulons construire l’individu qui prie avant de construire les lieux de prière.

Je serai tentée d’admettre l’effet raccourci et presque dédaigneux que dégagent ces quelques mots de langue arabe.
Assurément, la formulation prend un joli ton de maxime, la consonance est fièrement distinguée et l’articulation binaire, persuasive.
Néanmoins, grâce à ces quelques mots, j’ai enfin pu mettre le couvercle sur la marmite ; une marmite bouillonnante de fantasmes et d’indignation à propos de l’éducation des jeunes musulmans (marocains).

Aujourd’hui, par la grâce de Dieu ; dans les villes, nombreuses sont les mosquées, typiquement enjolivés, régulièrement rénovées, les lieux de prières ne manquent pas et les vendredis, très vite saturés.
Si en amont, des donateurs merveilleux investissent pour la vie éternelle, en aval, les responsables se doivent d’élever les mosquées au delà du simple édifice patrimonial.
Selon moi, le projet de construction d’une mosquée est un projet de société, un projet d’éducation de la communauté, de construction personnelle et d’élévation spirituelle. Il faut impérativement faire vivre les mosquées. Comment ? Je ne saurai donner une réponse tranchée sur le sujet sinon quelques grandes lignes qui selon moi, soulignent les priorités actuelles en termes de pédagogie et d’exigence sociale. Pour cela, je parlerai plutôt d’une pédagogie participative qui accompagne, (aller, soyons fous), la mission laïque française. Cet accompagnement doit naître d’une réconciliation entre la sécularisation de l’enseignement français et l’éthique musulmane. Plus encore, nous devons envisager une complémentarité entre les deux, si l’école produit du savoir chez nos jeunes, la mission éducative des mosquées serait d’éveiller les âmes de manière permanente si bien que s’opère une conversion de l’élève en Homme capable de sentir et de penser, en harmonie avec ses convictions.
Une telle conversion pourrait désamorcer la « crise des savoirs », guidant l’élève vers une volonté de réappropriation de ce qu’il apprend. En effet, le rôle éducatif des instances religieuses serait de problématiser ce savoir, c’est à dire l’inscrire dans le cadre d’une démarche didactique qui fait de l’élève un investigateur, sujet de son Histoire plutôt qu’assujetti à une pensée momifiée et momifiante. Non, je ne vends pas du rêve, concrètement, sur le terrain, la faisabilité de cette conversion peut prendre divers aspects. Je pense notamment à la culturalisation de la langue arabe, qui justement fait (quelque peu) défaut aux élèves issus du lycée français. Ces élèves sont –généralement- effrayés par l’arabe qui n’est d’autre que leur langue maternelle mais bien plus encore, la langue du Coran.
Par culturalisation, j’entends définir les horizons d’enracinement de cette langue, ces défis de vulgarisation et ses attraits à la civilisation musulmane. Par quel procédé intellectuel, rationnel et prétentieux, pourrait-on envisager un quelconque renouement du jeune avec sa foi musulmane en marginalisant le Message même de l’Islam, le Coran ?
Il ne s’agirait pas de perpétuer la pédagogie traditionnelle en se focalisant sur une mémorisation du Coran ; les élèves dont il est question n’en ont ni la capacité ni la volonté immédiates. Pour l’avoir vécu, ces jeunes ont besoin d’être « accrochés », pour cela ils doivent être fascinés par le miracle majestueux de la Parole divine, il faut que celle-ci leur paraisse incarner la vérité ultime de tous les savoirs, la perfection du style et de la substance, qu’ils en font un point de départ et un point d’arrivée. Certains érudits nous bernerons très vite par l’exigence d’une maîtrise parfaite et exhaustive de la langue arabe, je rejette fermement de telles idées. Selon moi, l’apprentissage de la langue arabe ne devrait pas être une fin en soi mais plutôt un outil indispensable pour une approche raisonnée et passionnelle de la spiritualité. la pédagogie traditionnelle fonctionnant sur le modèle transmission-réception
Le Coran a été révélé à un prophète intelligemment illettré, pour les générations passées, pour les générations futures et ce, jusqu’à la fin des temps. Le miracle du Coran est justement dans la simplicité généreuse qu’il dégage et dans la complexité infinie qu’il recèle. Nous devons nous saisir de cette gracieuse simplicité pour percuter les consciences. Tel serait pour moi, le défi.


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