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Tom Plate (Korea Times) - publié le Lundi 10 Décembre à 08:24

Les mauvaises idées ont parfois du bon




Tom Plate (Korea Times) – Sur le vaste marché des idées, chaque idée a sa valeur, même la plus mauvaise Une mauvaise idée peut même éclairer le paysage de la vérité la plus glauque avec un éclat que même la réalité des faits ne saurait égaler.



Considérez par exemple l’idée selon laquelle l’islam serait incompatible avec la démocratie. Comme idée, on ne fait pas pire – mais elle peut avoir son utilité. Pour commencer, le postulat selon lequel l’islam serait fondamentalement incompatible avec la démocratie peut pousser le musulman le plus courtois et le plus modéré à perdre son flegme légendaire pour se lancer dans une défense de sa religion avec une passion désarmante et une attendrissante conviction.

C’est précisément ce qui s’est passé ici lorsque l’incomparable et charismatique Anwar Ibrahim a pris la parole à l’occasion de l’événement "The Asian Century Begins", conférence de trois jours organisée par l’International Association of Political Consultants (IAPC) au début du mois.

Anwar Ibrahim - musulman érudit et sincère -, après avoir occupé le poste de premier ministre adjoint de la Malaisie de 1993 à 1998, a occupé les années qui ont suivi le poste de prisonnier politique dans un cul de basse fosse de son pays.

Gracié à l’occasion d’une refonte administrative, ce réformateur, qui s’enhardit aujourd’hui au point de vouloir se présenter aux élections dans son pays, s’est pratiquement converti en évangéliste des relations est-ouest, qu’il veut et pense pouvoir pacifier.

Tout comme l’Indonésie, son pays, pourtant majoritairement musulman, s’enorgueillit d’une structure d’Etat entièrement laïque. Le plus remarquable, dans cette conférence, était la forte présence de personnalités musulmanes aussi fières qu’intraitables quant à la laïcité de leurs gouvernements.

"Au lieu de demander si l’islam et la démocratie sont compatibles, on pourrait tout aussi bien poser la même question sur le christianisme et la démocratie", a tonné Anwar, ce personnage réfléchi qui ne tonne que rarement. "Ou bien encore, pourquoi ne pas demander si judaïsme et démocratie sont compatibles? Pourquoi ne prendre que les islamistes comme bouc émissaires?"

Selon Anwar et de nombreux autres musulmans, les gens qui partent de l’hypothèse que l’islam se dégrade inexorablement en extrémisme sont ou sectaires ou ignorants, ou les deux. Ils citent la Turquie et l’Indonésie comme exemples de pays presque entièrement musulmans et pourtant foncièrement séculiers en matière politique.

Ils soulignent que les islamistes de l’Asie du sud-est n’ont jamais tremblé devant la laïcité. "En Indonésie, personne ne conteste sérieusement la démocratie séculière" affirme Anwar.

La superstar politique malaisienne a alors étonné tout son monde en citant une autre source, par ailleurs discréditée, du choix sans compromission que fait aujourd’hui l’Indonésie de son régime laïque. " Suharto a eu le mérite d’amener les musulmans à reconnaître la nécessité d’un régime séculier.

Même les jeunes dirigeants d’Indonésie croient en la valeur de l’Etat laïque". L’ancien président Suharto, aujourd’hui gravement malade et à l’écart du pouvoir, a régné sur cette ancienne colonie néerlandaise pendant 30 ans et plus, jusqu’en 1998, toujours animé par une soif égale de pouvoir et de richesses. L’organisation Transparency International l’a naguère gratifié de la première place sur sa liste des dictateurs corrompus de la planète.

Mais dans le monde des affaires, Suharto est considéré comme le père de la modernisation économique, celui qui a fait descendre la manne sur le tropique de la catastrophe économique. Et dans l’esprit des millions de musulmans modérés que compte le pays, Suharto est apprécié pour avoir su garder les allumés de ce pays bien au chaud dans leurs camisoles, ce qui a permis aux entrepreneurs sains d’esprit de travailler tranquillement pour le plus grand bien de l’économie nationale.

"Pendant plus de 30 ans, Suharto a assuré à son pays la trêve du débat sur la laïcité" explique Anwar.

Mais que dire de ces musulmans - si minoritaires soient-ils – qui prêchent, en Indonésie ou ailleurs, le poison de l’exclusion, qui se transforment en bombes humaines et qui jettent des avions civils sur de très hauts et très prestigieux immeubles? "Certains musulmans devraient mieux écouter", dit-il. "La vraie voie de l’islam politique passe par [un endroit comme] Djakarta. Le danger pour la démocratie ne vient pas de l’islam ... Mais il nous faut éviter une interprétation par trop étriquée de la charia".

Anwar souhaite également que les partisans de la laïcité ne présentent pas leur philosophie de neutralité religieuse en matière politique sous les atours d’un mouvement anti-religieux: "Un Etat laïque peut être ouvert aux religions et accepté par les populations musulmanes. Construire une société pieuse est une nécessité, même si l’Etat reste neutre devant la religion".

L’Indonésie d’aujourd’hui - le pays musulman le plus peuplé et, de fait le quatrième pays le plus peuplé au monde - est prêt à vivre son destin de pays phare, déroulant au cours de ce siècle une histoire qui infléchira peut-être tout l’avenir de notre planète. Car si Anwar et sa bande de joyeux musulmans modérés ont raison, les relations entre l’Orient et l’Occident, loin d’aller au choc frontal, prendront plus l’allure d’une marche des civilisations vers le progrès.

Mais ils sont trop peu nombreux, les occidentaux qui comprennent que le monde islamique n’est pas la proie consentante de Ben Laden et ne le sera pas. Sauf si, les modérés majoritaires ayant perdu pied, Anwar et les siens restent aux portes du pouvoir. Sauf si l’Occident s’entête à représenter l’islam sous des couleurs si outrageusement stéréotypées que sa propagande se retournera contre lui, et que, la prophétie s’accomplissant, les musulmans moins modérés finissent tous par prendre les armes.

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Tom Plate, membre du Burke Centre for International Relations, est un journaliste pigiste dont les articles paraissent dans la presse mondiale de Tokyo à Seattle. On peut le contacter à platecolumn@hotmail.com.
www.koreatimes.co.kr


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