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Abdelhak Riki - publié le Lundi 25 Février à 16:22

Les maitres et les serviteurs




Le titre de cet article, les maitres et les serviteurs, est tiré du dernier livre de la juriste et chroniqueuse française Marcela Iacub intitulé « la Belle et la bête ». Son livre analyse les événements du Sofitel, du Carlton et du couple Sinclair-DSK.



Les maitres et les serviteurs
Dans son livre, elle décrit l’homme, qui a assumé de hautes responsabilités en France et à l’échelle internationale en tant que directeur du FMI et qui était destiné à assumer la plus haute charge politique en France… comme étant un homme tiraillé entre sa nature « d’homme et de cochon ».

Mais ce qui a attiré encore plus mon attention c’est cette déclaration forte, courageuse et tranchante de Marcela Iacub à l’hebdomadaire le Nouvel observateur sur le couple DSK-Sinclair : « J’ai compris à quel point elle est convaincue qu’elle et son mari appartiennent à la caste des maîtres du monde », Pour Anne Sinclair : « le monde est séparé entre les maitres et les serviteurs » affirme Marcela Iacub.

Anne Sinclair a dénoncé dans une lettre adressée au Nouvel observateur, le « récit trompeur » ainsi que « l’interprétation diffamatoire et délirante de mes pensées ».

Mais les propos et les mots sont lâchés et chacun fera sa propre interprétation de l’un des feuilletons les plus horribles et scandaleux de la France en ce début du XXIème siècle.

DSK l’économiste honoré au Maroc

 Ceci dit, l’élite économique et politique marocaine francophone continue d’honorer Dominique Strauss-Kahn, en l’invitant dans les plus importants forums économiques pour parler d’économie globale, de crise et de sortie de crise. Il n’hésite pas aussi à préconiser les recettes pour le Maroc.

Ainsi, en septembre 2012, DSK a souligné lors d’une interview avec le quotidien marocain l’économiste que « le Maroc fait partie des pays émergents mais doit, impérativement, s’atteler à l’Education et à la Justice ».

Et dernièrement, en février 2013, à Casablanca, devant un parterre de 800 participants représentant le gotha de l’élite économique, sociale et politique du Maroc, DSK a livré lors du forum de Paris-Casablanca Round, son analyse sur la crise comme facteur d’opportunité ou de chaos.

L’économie, l’éthique et la morale

Les idées économiques véhiculées par DSK peuvent être bonnes mais la question se pose toujours de savoir qu’elle est la ligne de fracture entre les idées économiques, l’éthique et la morale. Surtout lorsque DSK préconise aux marocains de s’atteler à l’Education, on est en droit de se demander quelle est la conception de DSK sur l’Education (au niveau macroéconomique) et l’éducation (au niveau microéconomique).

Faut-il faire une séparation entre les idées économiques de DSK et sa vie privée? C’est une question légitime mais dont il est difficile de trouver une réponse tranchée.

Mais, en Europe et en France, on ne badine pas avec des sujets pareils. La preuve en est que les Français ont sanctionné la personne de DSK et non pas le brillant économiste. Car en Europe, il existe une tradition historique ancrée sur la relation entre l’économique, l’éthique et la morale depuis Max Weber (philosophe et économiste allemand, 1864-1920) et son livre sur « l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme ».

Hommage à Driss Ben Ali

Les questions de maîtres et serviteurs, de l’économie, l’éthique et la morale sont des thèmes qui ont été largement traités par l’imminent professeur marocain d’économie, feu Driss Ben Ali. Un homme de principe qui a vécu toute sa vie défendant les idées et les valeurs d’effort, de juste récompense et de droit. Il a toujours posé la problématique de l’Education au centre des débats sociétaux. Il a toujours combattu les situations de rente. La morale, l’éthique et l’économique formaient un tout inséparable dans sa conception du monde.

Tous les étudiants en économie, qui ont eu le privilège d’avoir Driss Ben Ali comme professeur en matière « d’histoire des faits économiques et sociaux », se rappellent l’enthousiasme avec lequel il traitait de la problématique centrale de la transition entre le système féodal et le système capitaliste.

Il considérait que cette transition (ses formes et son contenu) permettait de comprendre l’évolution des sociétés humaines mais aussi d’apprécier les similitudes et les différences au sein des pays capitalistes européens (transition « pacifique » en Angleterre et révolutionnaire en France) et leur comparaison avec la transition japonaise (l’ère Meiji) et son échec dans un pays comme le nôtre, le Maroc.

La transition pour lui est la phase historique importante ayant permis d’en finir avec le système des maitres et des serviteurs et de clamer haut et fort les valeurs de liberté, démocratie et égalité. Il s’est aussi intéressé à la crise du système capitaliste et aux enseignements à tirer de l’Ex-URSS.

Il aimait répéter cette belle phrase « le paysan français à façonné la terre à son image » pour insister sur les bouleversements profonds que la transition du féodalisme au capitalisme a produits sur la société, l’industrie et l’agriculture en France.

Échec de la transition au Maroc

Le professeur Driss Ben Ali aimait aussi parler longuement de l’échec de la transition marocaine. Il était conscient que les sociétés précapitalistes en Europe, en Asie et en Afrique du Nord avaient peu d’éléments en commun. Mais il insistait sur l’effort de Moulay Hassan Ier qui avait, tenté des réformes et avait en même temps que les japonais, envoyé des missions d’études (1874-1888) en Europe et en Egypte pour s’imprégner des grandes avancées de l’époque.

Les Japonais avaient su profiter des connaissances acquises par leurs étudiants, alors que les étudiants marocains revenus d’Europe furent marginalisés par la société. Driss Ben Ali était conscient que le Maroc avait raté une belle occasion pour amorcer sa transition mais admettait d’emblée que ce n’était pas la seule explication, le développement limité des structures de production du Maroc de l’époque (comme facteur interne) et surtout l’agression étrangère avec la colonisation et la montée de l’impérialisme (comme facteur externe décisif) ont sonné le glas de la première tentative de modernisation du Maroc.

Les maitres et les serviteurs, à… Midelt

Ce qui c’est passer à Midelt entre le substitut du procureur du Roi et le carrossier nous projettent dans des mondes que nous pensions révolus à toujours. Forcer un être humain à baiser les souliers d’un autre être humain du fait de la position sociale et/ou administrative est un acte archaïque et barbare. Un acte condamnable par la morale, l’éthique et la religion.

Mais c’est un acte tout aussi exécrable que la phrase rapportée par Marcel Iacub lors de son entretien avec Anne Sinclair « Elle m’a dit la phrase que je rapporte dans mon livre : « il n’y a aucun mal à se faire….par une femme de ménage ». Pour Sinclair, insiste Marcel Iacub, « le monde est séparé entre les maitres et les serviteurs ».

Ainsi, le substitut du procureur se trouverait du côté de la pensée véhiculée par l’ex couple Sinclair-DSK et les milliers d’habitants de Midelt du côté de feu Driss Ben Ali qui a consacré toute sa vie à comprendre les mécanismes des transitions des sociétés de formes archaïques (économiques, politiques et sociétales) à des formes civilisés, modernes et progressistes où l’individu puisse jouir de tous ces droits et de toutes les libertés, loin de toute servitude ou esclavagisme d’antan ou des temps modernes.

Citoyens libres

C’est le cri de rage et d’espoir de milliers d’hommes, femmes, jeunes et moins jeunes de cette ville du Moyen Atlas. C’est en réalité une demande de toute la société marocaine durant de longues années et dont le mouvement du 20 février n’en est que l’une des expressions pour une société de citoyens libres et contre toute forme de tyrannie.

Driss Ben Ali aurait été content de voir et entendre la forte mobilisation des habitants de Midelt à cette humiliation et leur rejet catégorique de toute notion de société formée de maitres et de serviteurs.

Il est temps de lui rendre un grand hommage partout, dans toutes les grandes, moyennes et petites villes, par toutes les associations, les partis politiques, les syndicats, ses étudiants et l’Université en programmant des conférences et des débats sur son apport en matière économique et politique ainsi que son action pour un Maroc moderne, citoyen et juste.

Permettez-moi ici de lui dire un grand merci pour le courage qu’il a eu en m’accordant une excellente note (19,5/20) sur le sujet de la transition du féodalisme au capitalisme. Repose en paix, professeur. Le combat continue. Pour un Maroc de citoyens libres.


Tagué : Abdelhak Riki

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