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par Selcuk R. Sirin - publié le Vendredi 11 Décembre à 11:24

Les jeunes Turcs aplanissent le fossé politique






New York – En Turquie, les groupes islamiques et laïques luttent depuis longtemps pour le contrôle politique. La moyenne d'âge étant de 27 ans en Turquie, la jeunesse turque se retrouve au centre de cette lutte (mais elle la redéfinit aussi).

Les organisations affiliées à des groupes politiques islamiques et laïques cherchent à renforcer leur présence parmi les jeunes. Au cours des vingt dernières années, les organisations islamiques en particulier ont très bien réussi à approcher les jeunes et leur ont apporté des services éducationnels et culturels dont des activités extra-scolaires pour les lycéens et des logements pour les étudiants à travers tout le pays. En fait, les président, Premier ministre et chef du parlement actuels ont tous été recrutés, alors qu'ils étaient adolescents, par la branche jeune d'un parti politique porté vers la religion.

Les organisations à tendance laïque, telles que l'Association de la pensée d'Atatürk et l'Association pour le soutien à la vie contemporaine, ne sont apparues que récemment comme des variantes potentiellement puissantes aux partis politiques existants. De plus en plus de jeunes sont fidèles à ces groupes car ils offrent des centaines de bourses d'études aux étudiants issus de familles pauvres.

J'ai passé l'année dernière à l'université Bachesehir d'Istanbul pour mener une étude sur le terrain sur plus de 1'500 jeunes hommes et femmes en Turquie, âgés de 18 à 25 ans, ayant pour but de documenter les effets sociaux, politiques et psychologiques qui découlent de cette crispation politique. Afin de garantir une bonne représentation des différentes populations turques, nous avons également interviewé des jeunes Alawites et Arméniens de Turquie ainsi que des jeunes sans emploi et ceux qui vivent dans des zones rurales.

Les résultats montrent que, malgré un discours politique qui divise entre des groupes politiques islamiques et laïques, les jeunes en Turquie parviennent à maintenir une identité hybride équilibrée.

En fait, interrogés sur leur affiliation à un parti politique, nous nous apercevons que si les deux tiers des jeunes sondés s'identifient au ''kémalisme'', la principale force idéologique derrière le mouvement laïque, un seul tiers est désireux de voter pour le parti laïque. Parmi ceux qui ont déclaré voter pour le Parti pour la justice et le développement (AKP) actuellement au pouvoir en Turquie, le nombre de jeunes kémalistes atteint les 38%.

Nous avons découvert que les jeunes rejettent le paradigme politique du ''soit, soit'' et qu'ils souhaitent une approche plus équilibrée, reliée à l'identification politique. Les personnes interrogées ont expliqué avec véhémence que leur croyance religieuse ne dictait pas nécessairement leurs points de vue politiques et, inversement, que le fait de défendre une idéologie politique laïque ne signifiait pas qu'ils devaient abandonner l'islam et ses traditions.

Dans le même temps, les jeunes ont fait remarquer, en des termes non équivoques, qu'ils luttent pour créer cette identité hybride dans une atmosphère politique de plus en plus radicalisée. Ils ont notamment l'impression que, lorsqu'ils font l'objet dune discrimination, c'est le plus souvent à cause de leurs convictions politiques et non de leur appartenance ethnique ou de leur sexe. Curieusement, même les jeunes Kurdes, qui de tous les groupes ethniques sont ceux qui souffrent le plus de la discrimination ethnique, partagent ce sentiment.

Malheureusement, même si les jeunes ne trouvent pas que le fossé politique laïque-islamique soit déterminant pour leur vie, il n'y a pas une seule grande organisation politique ou organisation tournée vers les jeunes qui ait pour objectif de réduire l'écart existant entre les mouvements politiques laïques et islamiques. Etant donné l'écart de plus en plus grand et l'exigence d'un ton plus conciliant dans le débat politique, il est surprenant qu'aucune organisation ou aucun parti politique ne se soit encore profilé.

Actuellement, on ne peut pas encore dire comment cette jeune génération façonnera l'avenir du paysage politique de la Turquie. Ce qui est certain cependant, au vu de ce qui ressort de l'étude, c'est que les jeunes Turcs ne trouvent pas que le fossé politique laïque-islamique soit déterminant dans leur existence. En réalité, ils trouvent qu'il est assez stressant et se sentent obligés d'affirmer une identité combinée. Ce dont nous avons besoin, ce sont des organisations tournées vers les jeunes et de partis politiques qui puissent aider les jeunes du pays à dépasser le discours qui divise et à faire éclore une identité nouvelle et équilibrée.

Avec une aide adaptée, les jeunes Turcs pourraient vraiment changer la situation politique en Turquie et nous aider à aller au-delà de la structure du ''choc des civilisations'' qui oppose les valeurs islamiques aux idéaux laïques. Cette génération de jeunes Turcs peut apporter l'espoir d'une troisième voie. Observons-la.

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* Selcuk R. Sirin, titulaire d'un doctorat (sirins@gmail.com) est maître de conférence en psychologie appliquée à l'Université de New York et co-auteur de Muslim American Youth: Understanding Hyphenated Identities Across Multiple Methods. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 27 novembre 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=268...


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