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Natana J. Delong-Bas - publié le Mardi 26 Février à 11:34

Les femmes du Printemps arabe: leurs préoccupations sont celles de tout un chacun

Regard sur le passé






Natana J.Delong-Bas
Natana J.Delong-Bas
Boston, Massachusetts – La capture et le meurtre de Mouammar Khadafi, les événements en cours pour mettre fin aux règnes oppressifs d'Ali Abdullah Saleh au Yémen et de Bashar el-Assad en Syrie, les premières élections libres en Tunisie montrent qu'une chose n'a pas changé dans le Printemps arabe: le changement lui-même. Même en Arabie saoudite, où le changement de régime ne fait pas partie des revendications en faveur d'une réforme, le changement s'avère inévitable avec la mort du prince Sultan, héritier de la couronne, et les interrogations concernant la direction que le nouveau prince à venir choisira pour son pays.

Le monde a en grande partie porté son attention sur les changements politiques survenus dans ces pays mais aussi sur ce que ces changements impliquent pour les femmes de la région.

Mon amie et collègue, l'anthropologue culturelle d'origine égyptienne Yasmine Moll et moi-même avons récemment discuté de notre frustration face à la manière dont sont délimitées les questions, car elle semble suggérer que la portée des changements est quelque peu différente pour les femmes que pour les hommes, que les femmes viennent au second plan dans l'événement principalement masculin et que les révolutions sont, par nature, une affaire d'hommes, dominées par les hommes, avec des femmes qui, au mieux, jouent un rôle de soutien.

S'intéresser plus particulièrement aux ''droits des femmes'' et aux ''problèmes des femmes'' laisse penser que les femmes représentent une catégorie sociale à part, sans lien avec les préoccupations nationales. Lorsque les problèmes sont définis comme ayant trait aux femmes seulement, beaucoup d'hommes en concluent qu'ils n'ont aucune raison de se montrer concernés et qu'ils n'ont rien à apporter ni à gagner.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. La réalité est que les ''préoccupations des femmes'' sont celles de tout un chacun. Les femmes ne constituent pas une minorité. Elles représentent la moitié de la population. A ce titre, les droits et responsabilités des femmes ne sont pas des questions mineures mais bien des questions d'ordre national. La manière dont les femmes sont traitées par l'Etat et la loi est une question de citoyenneté et non de condition féminine. S'assurer que les femmes sont considérées comme des citoyens à part entière requiert le soutien et l'activisme d'hommes publics.

L'analyse des différentes révolutions montre que les femmes ont joué un rôle important en tant que leaders et organisatrices ainsi qu'en tant que manifestantes et prestataires de support technique et logistique.

Les organisations non gouvernementales égyptiennes estiment que 40% des manifestants de la place Tahir étaient des femmes.

Au Yémen, les années durant lesquelles Tawakkul Karman a réclamé pacifiquement la fin du régime de Saleh lui ont valu le prix Nobel de la paix en 2011.

En Libye, la révolution a été engagée par un groupe d'avocates.

Les femmes syriennes ont commencé à manifester contre Bachar el-Assad en organisant des sit-in sur les autoroutes.

Les Saoudiennes ont obtenu le droit de voter, de se présenter aux élections et de devenir membres à part entière du Conseil de la Choura en montrant leur valeur en tant que spécialistes, employées, étudiantes et activistes ainsi qu'en tant qu'épouses et mères.

Les exemples éloquents des femmes du Printemps arabe ne devraient pas être considérés comme exceptionnels mais plutôt comme un moyen normal et acceptable, pour les femmes de toutes conditions, d'apparaître et de participer à la vie publique, de s'occuper de questions d'intérêt national. Laïques et militantes politiques islamistes, voilées et non voilées, conservatrices et libérales, femmes actives et femmes au foyer, toutes sont descendues dans la rue, montrant ainsi que les questions ne sont pas limitées à un seul groupe, à une seule idéologie ou un seul point de vue.

Limiter l'épanouissement des femmes et l'accès aux couloirs du pouvoir et aux décisions politiques ne prive pas seulement la nation des voix de la moitié de ses citoyens mais limite aussi la vision de chacun sur ce à quoi la nation devrait ressembler et sur la manière dont elle devrait fonctionner.

Si le Printemps arabe véhicule un message, c'est celui que le peuple, tant les femmes que les hommes, ne veut plus rester passif. Il y a des acteurs du changement qui connaissent leurs droits et n'ont pas peur de les réclamer, de lutter et même de mourir pour les obtenir. Nous espérons qu'avec l'arrivée de nouveaux gouvernements au pouvoir, ces acteurs resteront unis. Sans cela, les pays seront privés des voix et des personnes qui les ont créés.

Yasmin et moi-même espérons que les médias accorderont l'attention qui convient au puissant rôle que les femmes ont joué et continuent de jouer – pas seulement lors des révolutions mais aussi dans le cadre du difficile travail de construction de l'Etat qui les attend.

Il faut continuer de voir les femmes comme des acteurs du changement et des collaboratrices pour diriger le pays pour continuer de croire que les deux sont possibles et souhaitables.

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* Natana J.Delong-Bas est rédactrice en chef de The [Oxford] Encyclopedia of Islam and Women (L'encyclopédie de l'Islam et des femmes [Presses universitaires d'Oxford]) et l'auteur de Wahabbi Islam: From Revival and Reform to Global Jihad (Wahabbisme musulman: du renouveau et de la réforme au Jihad global). Elle enseigne la théologie comparative au Boston College. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).



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