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par Raouf Ebeid - publié le Samedi 5 Décembre à 16:45

Les femmes arabes en mouvement






Alexandrie (Virginie) – Au Moyen-Orient, les femmes sont en mouvement mais dans des directions différentes, selon l'endroit où l'on pose son regard. En moins de quarante ans, la ville du Caire où la mode occidentale prédominait est devenue une ville dans laquelle la majorité des femmes portent le hijab ou foulard, voire le niqab, tenue qui couvre le corps de la femme, son visage et ses mains. Beaucoup attribuent cette évolution à la montée du radicalisme islamique, influencé par le salafisme importé d'Arabie saoudite. Pourtant, en Arabie saoudite, le roi Abdallah vient juste d'inaugurer une nouvelle université où les jeunes femmes ont étudié aux côtés des jeunes hommes sans être obligées de porter le hijab.

Considérons d'abord les événements politiques, scientifiques et culturels survenus dans la péninsule Arabique. Au Koweït, deux femmes parlementaires, Rola Dashti et Asil Al' Awdi, ont défié une fatwa (avis juridique n'ayant pas force de loi) émise par un ecclésiastique local qui leur ordonnait de renoncer à leur siège pour refuser de se couvrir la tête, conformément aux dispositions de la loi islamique de leur pays. Les deux femmes ont formellement déclaré que le Koweït était régi par un code civil et qu'il n'y avait pas de place dans la politique nationale pour des principes islamiques. Les deux femmes considèrent que la loi islamique n'a aucune autorité en la matière et estiment que la fatwa est en contradiction avec les règles constitutionnelles qui gouvernent le Parlement. Il y a quelques semaines, le tribunal constitutionnel a décidé que les deux femmes pouvaient conserver leur siège au Parlement.

Pendant ce temps en Arabie saoudite, le roi Abdallah, qui fait tout son possible pour entreprendre des réformes, est entré dans l'histoire en inaugurant l'Université des sciences et technologies du Roi Abdallah (la Kaust), un imposant campus hi-tech de 10 milliards de dollars où étudiantes et enseignantes ne seront pas forcées de se couvrir la tête et le visage et où elles résideront aux côtés de leurs camarades masculins.

A Abu Dhabi, la semaine dernière, Haifaa Al Mansour, connue pour défendre les problèmes des femmes, est devenue la première cinéaste saoudienne à remporter le Shasha Grant de $100'000, lequel va permettre à la gagnante du concours d'assurer le financement de son scénario Wadja, l'histoire d'une jeune saoudienne non-conformiste de 11 ans qui atteint sa majorité dans une société restrictive.

Ces événements positifs qui ont eu lieu dans la péninsule Arabique au profit des femmes qui évoluent en politique, dans les sciences et dans les arts, se démarquent nettement des événements qui se sont déroulés en Egypte à la même période. Le peuple et le Parlement Egyptiens se sont montrés furieux, suite aux récentes remarques formulées par le doyen de l'Université Al Azhar, Sheikh Mohamed Sayed Tantawi, qui a déclaré que les femmes pouvaient choisir de ne pas porter le niqab (qu'il a qualifié de tradition culturelle n'ayant rien à voir avec l'islam) pour assister aux cours.

Lorsque des événements de ce type sont juxtaposés à ceux de la péninsule Arabique, d'importantes questions se posent quant aux raisons qui expliquent les progressions et régressions de la situation de la femme au Moyen-Orient. L'économie, l'éducation et le leadership semblent être au coeur de l'évolution du statut de la femme dans les pays du Golfe par opposition à l'Egypte.

L'inauguration de la Kaust ne laisse aucun doute sur le fait que le roi d'Arabie saoudite, en décidant de propulser son pays dans le XXIème siècle, a reconnu que l'éducation devait être la pierre angulaire de son entreprise. De plus, le niveau de vie dans le Golfe est l'un des plus élevés de la planète et les avantages d'un boom économique profitent aux plus jeunes générations. La progression lente mais régulière de la situation de la femme dans les pays du Golfe est incontestablement liée, tout au moins en partie, à la prospérité économique et à l'éducation.

Alors pourquoi, lorsque nous voyons apparaître des attitudes plus progressistes à l'égard des femmes dans les pays du Golfe sans doute plus conservateurs, voyons-nous apparaître le mouvement inverse dans des pays comme l'Egypte, dont la capitale, Le Caire, était autrefois considérée être le ''Paris du Nil''?

Bien qu'il y ait peu de doutes sur le fait que la richesse ou le manque de richesse contribue à faire apparaître différentes évolutions dans la région, cela n'explique pas totalement pourquoi les mouvements régressifs qui ont cours en Egypte ne se manifestent pas dans d'autres pays arabes comme la Syrie, la Jordanie ou le Maroc, qui ne disposent pas non plus de la richesse du Golfe. L'évolution observée en Egypte est en partie le résultat d'un système d'éducation inférieur à tous les niveaux. Au cours des trente dernières années, l'Egypte a peu investi dans son système éducatif et elle l'a mal géré, du fait d'un système centralisé inefficace et corrompu.

Il est trop tôt pour dire si l'un de ces mouvements relatifs au statut de la femme au Moyen-Orient se poursuivra. Ce qui est sûr, c'est que les développements divergents auxquels nous assistons aujourd'hui dépendent autant de facteurs économiques, éducationnels, sociaux que de facteurs religieux. Il est donc impératif, pour les Etats-Unis et l'Occident en général, de comprendre les changements qui interviennent et de soutenir les institutions qui encouragent une plus grande émancipation de la femme et qui découragent les mouvements régressifs dans des pays tels que l'Egypte.

L'administration de George W. Bush a formé une coalition pour faire la guerre à l'Irak. L'administration Barack Obama a besoin de former une coalition pour déclarer la guerre à la pauvreté et à l'ignorance au Moyen-Orient. Elle devrait commencer par affecter les fonds de l'USAID à des projets visant à améliorer l'éducation pour tous, et particulièrement l'éducation des femmes. Allouer des fonds aux masses plutôt qu'à l'armée fera naître, de la même façon dans l'opinion publique, le sentiment que c'est le moyen le plus efficace de lutter contre l'extrémisme islamique.

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*Raouf Ebeid est rédacteur de Political Islam Online. Article abrégé distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation de l'auteur. Le texte original est disponible dans son intégralité sur www.politicalislam.org.

Source: Political Islam Online, 1er novembre 2009, www.politicalislam.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=267...


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