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Abdallah BOUHAMIDI - publié le Mardi 22 Mars à 08:55

Les fanatiques du nucléaire sont décidément indécrottables




Les fanatiques du nucléaire sont décidément indécrottables. La catastrophe qui se déroule en ce moment à Fukushima, au Japon et dont, pour l’heure on ne connaît pas toutes les conséquences, ne suscite en eux qu’un discours, généralement très savant ayant pour objet de donner le sentiment de maîtrise qui les anime et les rassure.



Depuis quelques jours, dans une atmosphère il faut le dire, de doute généralisé sur la prétendue sécurité du nucléaire, ça et là , sur les ondes et dans les colonnes de journaux, des voix plus ou moins sûres d’elles –mêmes, nous expliquent les mécanismes de la chose et prétendent encore nous convaincre que seule notre ignorance crasse nous empêche de garder confiance en la fiabilité de leurs calculs.

Reconstruire le Japon

Pendant ce temps, des japonais meurent, des pompiers héroïques se sacrifient pour tenter de colmater ce qui peut l’être encore. Pendant ce temps, le Premier Ministre japonais, parle déjà de « reconstruire le Japon’ . Pendant ce temps aussi, on commence à détecter des traces des particules de celtium jusque dans les côtes californiennes. Pendant ce temps aussi, on craint pour la propagation de la radioactivité en … Alaska. Ne parlons ni de la Chine, ni des deux Corée qui sont à quelques encablures de là. Et pendant ce temps, on continue à nous bassiner avec la sécurité et le caractère propre du nucléaire. J’ai même lu, dans Le Monde, l’interview de quelqu’un qui se présente comme « écologiste pour le nucléaire ».

On sait une chose : le Japon aura besoin, peut-être, de quelques générations avant que la pollution qu’il est en train de subir ne soit complètement résorbée. Et encore, on n’en sait rien. On ne sait pas calculer les conséquences dans ce qui sera un enchaînement de suites indirectes fait d’effets sur la faune, la flore, la terre, l’eau et les hommes et leurs multiples et infinies interactions. On vous dira que ce n’était pas de chance et que la conjonction d’un tremblement de terre et d’un tsunami est d’une faible probabilité et que là ; les japonais ont eu la scoumoune, un manque de chance colossal. Tout d’abord, si les japonais avaient eu une centrale solaire ou un complexe éolien, tout ce qu’ils auraient maintenant à faire, serait de passer un grand coup de balai pour nettoyer les dégâts et recommencer. Si un barrage avait cédé, les conséquences auraient été catastrophiques, mais limitées dans l’espace et dans le temps. On compterait les morts, on nettoierait les dégâts, on ferait le deuil et puis cela repartirait à peu de chose près comme avant. Mais là, au moment où j’écris ces lignes, on ne sait pas jusqu’où cela va aller trop loin. Ou plutôt, on craint beaucoup de le savoir.

Chalk River (Canada1952), Three Mile Island (USA 1979), Saint Laurent (France 1980), Tchernobyl (URSS 1980)…. Fukushima (Japon 2011)

Pourtant nous avons, depuis que l’aventure nucléaire a commencé, bien des éléments d’évaluation et d’inquiétude que ne nous disent pas les pro nucléaires. D’abord les accidents graves qui ont ponctué cette histoire. Nous n’en citons ici que quelques-uns des plus graves, ceux classés au-dessus du degré 4 sur une échelle qui en compte 7.

Bien entendu, quand il y a eu Tchernobyl, on nous a dit, que c’était une centrale vétuste, mal entretenue, soviétique pour tout dire. Mais là, c’est le Japon, pays développé, consciencieux, possédant les moyens économiques technologiques et surtout les compétences humaines pour en principe gérer ce genre de joujou. Et l’on voit ce qui arrive aux japonais. Avant, il y a eu Three Mile Island aux USA… pour ne parler que des plus spectaculaires des accidents. Ceux qui ne défraient pas la chronique, qui n’attirent pas l’attention des médias parce qu’ils ne font pas beaucoup de morts… A moins qu’ils ne tuent de mort lente et forcément pas très spectaculaire, on n’en parle pas beaucoup.

La chaîne des dégâts « collatéraux »

Sait-on que dans les environs immédiats des centrales nucléaires, on assiste à des modifications génétiques des plantes, des animaux et des hommes et que des études ont été faites qui font dresser les cheveux sur les têtes ? Sait-on, mais cela arrangerait certainement certains, que l’on a noté une diminution significative des naissances de filles dans les environs de certaines centrales atomiques ? Sait-on aussi que l’on a assiste à un développement inquiétant de leucémie chez les enfants et les embryons dans cet environnement ? Qu’avons-nous besoin d’une énergie qui compromet à ce point notre avenir ?

« Rien ne va plus. C’est fini. Terminé. » (Der Spiegel

Au moment où j’écris ces lignes, l’Allemagne qui avait décidé il y a quelques mois de prolonger l’activité de ces plus anciennes centrales (8) , vient de faire une marche arrière assez spectaculaire. Pour le coup, on a entendu crisser les pneus d’Angela Merkel.

« Depuis que la terre a tremblé au Japon et que nous parviennent presque d’heure en heure de nouvelles informations terrifiantes, une chose devrait sembler claire, même au plus acharné des partisans du nucléaire : rien ne va plus. C’est fini. Terminé. L’homme n’est pas capable de maîtriser l’énergie atomique, aucun argument, aussi sensé soit-il, n’y changera rien. » Nous dit « Der Spiegel » selon qui tous les calculs et arguments pour le nucléaire se sont effondrés avec les réacteurs, 1, 3 et 4 de Fukushima.

L’Allemagne vient d’opérer un virage de 180 degrés en quelques jours sur sa politique que la forte contestation des écologistes n’était pas arrivée à infléchir. Angela Merkel (Physicienne de formation, faut-il le rappeler ?) vient de décider avec son gouvernement la fermeture immédiate non pas de une de deux ou trois centrales mais de Sept sur dix-sept d’un coup.. L’une, la plus ancienne. Sera fermée définitivement. Les autres seront soumises à un moratoire de trois mois. Bien entendu, on se pose la question s’il s’agit là d’une position de prudence ou bien d’une stratégie de contournement, le temps que la tension baisse, mais cela est de la politique. On sait qu’avant l’élection de Mme Merkel , son prédécesseur, Mr Schröder s’était engagé dans un processus d’arrêt du nucléaire et de reconversion des entreprises oeuvrant dans ce domaine assorti des subventions idoines. On sait aussi que Mme Merkel avait arrêté ce processus.

La Bulgarie a saisi l’occasion de la catastrophe japonaise pour commencer à envoyer gentiment paître la Russie qui voudrait lui vendre une centrale nucléaire clé en main, il est vrai pour 8 milliards d’Euros alors que les premiers devis n’étaient que de la moitié.

Même la Chine, annonce qu’elle doit réviser ses plans de développement du nucléaire. Seule la Russie qui a un programme de construction de quarante centrale déclare qu’à priori, elle ne compte pas changer d’orientation. Vu la gravité de la chose pour l’environnement de la planète, vu le danger que représente déjà pour l’ensemble de l’humanité les cimetières de sous-marins atomiques de la Baltique, une résolution des nations unies devrait l’en empêcher. Ça a l’air d’une boutade et ce n’est pas loin d’en être une, je le confesse, mais pas si gratuite que cela. L’avenir le dira, j’en suis certain.

Le nucléaire coûte cher.

Cette affaire coûte cher et les prix, avec les exigences de sécurité doublent en général entre le projet et sa réalisation. Même les centrales construites par les pays eux-mêmes n’échappent pas à ce phénomène, voir les centrales françaises dont les prix (et pour l’heure seulement eux) n’arrêtent pas de flamber.

Dans l’article que j’avais écrit dans ces pages (« Urgences vitales » mai 2008 ) je faisais référence au coût du nucléaire. Il est évident que cette énergie coûte cher, trop cher, à la construction, à l’entretien et au traitement des déchets. En cas d’accident bien entendu, les coûts sont incalculables et les « bénéfices », comme pour le Japon aujourd’hui en deviennent ridiculement dérisoire par rapport à ce que les réparations, si elles sont possibles, représentent, encore une fois pour un nombre incalculable de génération à venir. Je ne parle même pas des dégâts collatéraux, à savoir les effets en chaîne sur la santé et sur l’environnement.

Alors, le nucléaire pour le Maroc ?

Qui pourrait au vu de ce à quoi nous assistons tous les jours sur notre écran et dans nos journaux, en live, pourrait-on dire, oser encore nous entraîner dans pareille aventure ?
Aux yeux d’aucuns, et l’on a vu certaines réactions à mon premier article, le nucléaire est comme une formule magique qui pourrait d’un seul coup tirer notre pays d’affaire assurer notre indépendance énergétique, dessaler l’Océan Atlantique et autres chimères. Pour notre indépendance, les arguments ne manquent pas pour dire qu’elle serait pour le coup totalement compromise. Je renvoie le lecteur à mon premier article dans lequel ces arguments sont passés en revue.

Quel type de développement voulons-nous ?

Là est la vraie question, à laquelle aucune formule magique ne peut apporter de réponse satisfaisante. La puissance du nucléaire ne ferait pas du Maroc un pays développé du jour au lendemain. Le nucléaire aussi puissant soit-il est loin d’être fiable et puis il ne peut à lui seul suppléer aux insuffisances du système éducatif , à la dérive dans notre pays ni aux carences de nos institutions,. Or la seule énergie qui vaille, c’est l’énergie humaine. C’est sur elle et le bien être des citoyens qu’il nous faudra parier pour notre avenir et celui de nos enfants. Bien des pays qui possèdent cette énergie, malgré ses dangers et périls, n’en sont pas pour autant des pays développés, au sens où ils permettent à leurs peuples une vie meilleure et harmonieuse. La Corée du Nord qui est une « puissance » nucléaire connaît la famine de manière répétée pour ne donner qu’un exemple.

Monsieur Sarkozy, représentant multicartes en centrales nucléaires a rapidement vu que son commerce était en danger. Alors comme un seul homme, il vient de décider qu’il irait prochainement au Japon. Cet homme est décidément impayable… Après avoir vendu son âme au nucléaire, voici qu’en bon kamikaze, il n’a pas peur de lui sacrifier son corps.
Les fanatiques du nucléaire sont décidément indécrottables



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