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par Carla Haibi - CGNEWS - publié le Jeudi 7 Octobre à 21:47

Les douceurs de la tolérance




Brooklyn (New York) – Sur la Cinquième Avenue du quartier de Bay Ridge à Brooklyn, parmi les restaurants d’où s’échappent de bonnes odeurs de nourriture orientale, se trouve depuis 1992 une petite pâtisserie au nom de Sweet Arayssi. Rima Arayssi, 43 ans, est issue de la cinquième génération d’une famille musulmane de confiseurs, dont la maison existe au Liban depuis 1844. Ce qu’elle a réussi à faire ici va au-delà de l’affaire familiale : elle a transformé son magasin en une oasis de coexistence pacifique pour ses clients, dont le passé est chargé d’un lourd bagage de tensions politiques et religieuses. Ainsi, elle continue à vendre des pâtisseries cachères, comme l’avait fait son père, pour satisfaire à la demande des juifs libanais ou d’autres juifs arabes de Brooklyn.



A peu près tous les jours, des Libanais musulmans, chrétiens et juifs se croisent dans cette pâtisserie pour trouver refuge dans cette envie de douceurs indéniablement partagée, des douceurs qui évoquent pour eux leur identité culturelle commune et leur pays natal à des milliers de kilomètres de là.

A l’extérieur du magasin, des petits drapeaux libanais ornent la porte d’entrée. A l’intérieur, une odeur de ghee ou de beurre clarifié – ingrédient principal des pâtisseries libanaises – crée une atmosphère chaleureuse. Différentes sortes de baklava en pâte feuilletée, nappées d’un sirop onctueux, sont disposées dans de grands récipients sur un des comptoirs. Sur l’autre, sont présentés des biscuits au beurre, des gâteaux au safran, pignons et noix de coco et des pâtisseries aux graines de sésame pour ne citer que quelques unes des douceurs orientales disponibles dans ce magasin.

*Ahlan !(bienvenue), crie Rima Arayssi depuis sa cuisine, à l’arrière du magasin.

En ce matin de printemps, elle est devant sa cuisinière, en train de remuer un lourd plat de kneffe, met oriental servi typiquement au petit-déjeuner, composé de semoule enduite de ghee, de farine et de sucre, nappée d’une couche de fromage et cuite jusqu’à ce que la croute de semoule prenne une couleur dorée. Fraîchement cuisiné et servi chaque jour dans un petit pain de sésame arrosé de sirop de sucre, ce fameux met est à la fois bio et cachère, comme d’ailleurs le reste des produits vendus dans ce magasin.

Quand Rima Arayssi a repris l’affaire de son père en 1996, elle a appris à connaître la culture juive. Elevée au Liban, elle ne connaissait que très peu la communauté juive. Elle était enfant lorsque les juifs quittèrent le pays dans les années 1960. Pourtant elle se souvient des histoires que sa grand-mère lui racontait à propos de ses visites chez des voisins juifs qui éteignaient leurs lumières pour chabbat, leur jour de repos hebdomadaire. Rima Arayssi avait entendu des histoires de coexistence et de tolérance entre tous les Libanais du temps de la jeunesse de ses parents et de ses grands-parents – ce qu’elle n’a pas connu dans sa propre jeunesse et dont on n’a pas entendu parler ces dernières années.

Rima Arayssi vit la tolérance et la coexistence tous les jours. Musulmanes de naissance, ses sœurs et elle ont fréquenté une école jésuite au Liban, comme l’avaient fait auparavant son père et son grand-père – des chrétiens baptisés. Sa mère est une musulmane pratiquante, qui prie cinq fois par jour. Rima Arayssi a épousé un Libanais chrétien et a l’intention d’élever leur fille âgée de quatre ans dans l’esprit de la coexistence. « Je veux qu’elle comprenne que tous les gens sont pareils », dit-elle. « Il n’y a qu’un seul Dieu, mais nous avons chacun notre manière de parvenir à Lui. »

Etant donnée l’énorme succès de ses pâtisseries aux saveurs particulières auprès de la communauté juive de Brooklyn, elle a continué à faire ce que faisait son père, en obtenant la certification cachère pour satisfaire sa clientèle juive.

Elle a appris les principes de la cacherout, le code alimentaire cachère et changé le fonctionnement de son magasin pour être en règle avec la certification cachère. Il a fallu prendre des décisions difficiles. Elle a choisi de se limiter aux douceurs et de renoncer à la vente de certains mets libanais contenant de la viande pour lesquels il y avait pourtant une certaine demande. Selon la cacherout, la nourriture à base de viande ne peut pas être préparée dans une cuisine où sont utilisés des produits laitiers. Ainsi Rima Arayssi décida de ne se consacrer qu’aux pâtisseries.

La pâtissière trouve son rôle parfois délicat, notamment lorsqu’elle doit faire diversion quand on parle de politique, c’est une tâche compliquée quand la situation au Liban n’est pas stable. « Chez les Libanais les discussions deviennent vite animées et ce sont des gens très tendancieux lorsqu’il s’agit de politique » dit-elle, tout en ajoutant : « ce magasin n’est pas un lieu de discussion politique ». D’ailleurs, elle a débranché la télévision du magasin car les bulletins d’information libanais provoquaient des tensions.

Au lieu de la télévision, elle préfère offrir à ses clients – surtout ceux qui sont aux Etats-Unis depuis longtemps - des séquences nostalgie, en leur racontant des histoires sur le Liban et en leur parlant en arabe. « Certains viennent ici pour pratiquer la langue, » dit-elle. « D’autres me disent : « ça sent le Liban », quand ils entrent dans le magasin… »

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* Journaliste indépendante, Carla Haibi a également un blog (outoflebanon.wordpress.com).


Tagué : Carla Haibi, cgnews

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