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Ahmed Naji - publié le Mercredi 3 Avril à 08:18

Les délocalisations d’unités industrielles françaises au Maroc : Une mise en commun des atouts compétitifs






Les délocalisations d’unités industrielles françaises au Maroc : Une mise en commun des atouts compétitifs
 Premier investisseur au Maroc, pour un volume de 919 millions d’euros en 2012, la France représente plus d’un tiers des investissements directs étrangers à destination du Royaume où nombreuses entreprises françaises sont déjà installées. Signalons que 36 des 40 entreprises du CAC 40 y disposent de filiales. Les entreprises françaises au Maroc sont présentes dans plusieurs domaines d'activités, notamment les télécommunications, l’industrie pharmaceutique, le secteur bancaire et les assurances, le tourisme, le textile, l’agroalimentaire, l'environnement ainsi que l'énergie. Pour les opérateurs économiques français désireux d’implanter des unités de production en dehors de l’Hexagone, le Maroc, qui s’est doté de toute une batterie de mesures incitatives pour attirer les investissements directs étrangers, est une destination de choix. L’usine Renault de Tanger symbolise d’ailleurs parfaitement cet engouement justifié des opérateurs industriels français pour le Royaume et donne une réelle consistance à la notion de co-développement.

En ces temps de crise économique persistante, les délocalisations d’unités de production n’ont pas bonne presse en France. « La meilleure chose qu’un gouvernement puisse faire, c’est d’éviter de donner l’illusion que nous pouvons empêcher les changements », précisait à juste titre l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair. La mondialisation des marchés est un fait, ainsi que la concurrence acharnée par les prix qu’elle entraîne. Or, c’est justement en période de crise que la demande des ménages se dirige vers les produits des meilleurs marchés, imposant aux entreprises françaises autant que marocaines de s’adapter ou de disparaître.

La question des délocalisations ne se pose plus, actuellement, pour les entreprises des pays industrialisés, en termes de volonté d’accroître leurs capitaux, comme ce fut le cas pour les multinationales américaines dans les années 1960. Elle leur est plutôt imposée comme stratégie de survie, à travers la diminution des coûts de production. Une démarche dont bénéficie aussi le consommateur français quand il achète des produits peu chers fabriqués en dehors de l’Hexagone. Ce qui lui permet d’améliorer concrètement son pouvoir d’achat. C’est également une démarche adaptée afin de pénétrer de nouveaux marchés ou de s’étendre dans ceux où les entreprises françaises sont déjà présentes, car, contrairement à ce que d’aucuns croient, les délocalisations ne sont pas uniquement justifiées par la quête d’un coût salarial moindre. La préservation des parts de marchés est un impératif pour la France, fortement concurrencée même sur ses marchés traditionnels. Ainsi, après avoir représenté 15,3% des importations du Maroc en 2010, 13,9% en 2011, cette part s’est encore réduite en 2012 à 12,5%, faisant reculer la France du premier au second rang des fournisseurs du Royaume, derrière l’Espagne. A notre avis, l’essentiel pour des Etats comme la France est le choix du pays d’accueil des unités de production délocalisées. A cet égard, le Maroc offre des avantages certains pour les opérateurs industriels français, en plus de la contrepartie d’être lui-même un important client des exportations françaises.

Stratégiquement situé entre l’océan Atlantique et la Méditerranée, son commerce extérieur se faisant à 95% par voie maritime, au carrefour entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen Orient, le Royaume offre également aux entreprises françaises, qui y ont installé des unités de production, la possibilité d’accéder aux marchés de tous les pays avec lesquels il est lié par des accords de libre-échange, parmi lesquels les pays arabes, la Turquie et les Etats-Unis. Ce qui représente une demande solvable de centaines de millions de consommateurs. Par ailleurs, les entreprises françaises en question bénéficient d’une main-d’œuvre de près de cinq fois moins chère qu’en France et parlant français. Les pouvoirs publics ont mis en œuvre des politiques d’incitations fiscales et douanières en direction des investisseurs étrangers. En outre, l’Etat prend parfois en charge certaines dépenses liées à l’investissement, aux frais d’acquisition du terrain, à l’infrastructure externe et à la formation professionnelle, à travers le Fonds de Promotion de l’Investissement. Le Fonds Hassan II pour le développement économique et social apporte, pour sa part, une contribution significative aux investissements étrangers réalisés dans certains secteurs industriels, dans le cadre de la promotion des métiers mondiaux du Maroc.

Cette politique s’est avérée payante, le Maroc étant devenu, par exemple, le spécialiste francophone des centres d’appels, avec à la clé la création de dizaines de milliers d’emplois. Le développement des nouvelles technologies de l’information et des télécommunications a, en effet, rendu aisée la délocalisation des activités de service. La proximité géographique du Maroc, situé à moins de trois heures de vol en moyenne des principales capitales européennes, augmente tout autant son attractivité auprès des investisseurs français. D’ailleurs, pas moins de 44.000 citoyens français résident au Royaume, dont près la moitié à Casablanca.      

Pays en plein développement économique, avec un marché dynamique de 34 millions de consommateurs, le Maroc entretient des relations très particulières avec la France, qui est son premier partenaire économique et donateur d’aide public au développement. Les liens multiformes entre les deux pays partenaires relèvent donc plus d’une démarche de co-développement que d’une logique concurrentielle. Les délocalisations d’unités industrielles françaises vers le Royaume sont alors à considérer d’un point de vue coopératif, où la France met son savoir-faire industriel à la disposition du Maroc, qui la fait profiter en contrepartie de ses avantages comparatifs, selon une approche gagnant-gagnant. Et c’est ensemble qu’ils peuvent affronter la pression concurrentielle de la mondialisation des marchés et relever les défis du nouveau siècle.

Ahmed Naji
Journaliste


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