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Hamid Soussany - publié le Dimanche 3 Avril à 19:33

Les attentats de Bruxelles et le CCME: entre déni et dérive






Hamid Soussany
Hamid Soussany
L’heure est grave. Surtout pour les Marocains d’Europe. Les derniers attentats, celles du Bataclan et de Bruxelles ont scellé, dans l’imaginaire des Français et des Belges, le lien entre terrorisme et l’immigration marocaine devenue coupable d’engendrer des monstres. Sans quoi, comment comprendre que des inconnus puissent suspendre des têtes de cochons sur le portail de la résidence diplomatique marocaine ? Cet incident, ignoblement symbolique, est très parlant. Ses auteurs, par cette provocation, entendent signifier la responsabilité marocaine dans les tragédies qui ont frappées ces deux pays où l’immigration marocaine est l’une des plus importantes. D’autant que le geste est commis le lendemain d’une conférence organisée par la chancellerie marocaine sur le modèle marocain et la lutte contre le terrorisme.

On aurait souhaité que ce soit le CCME, dont c’est la mission d’être un espace de réflexion et de propositions qui soit, comme par le passé, à l’initiative d’une rencontre de ce type qui est conforme à ses prérogatives.

Or, nous sommes nombreux à observer, avec un profond désenchantement, l’immobilisme qui frappe le CCME. Ce vide ne peut être comblé par l’activisme facebookien et débordant du Secrétaire général et unique dirigeant aujourd'hui du CCME. Un espace où on trouve toutes les prises de positions : sur le gouvernement Benkirane, sur le Sahara marocain, sur les attentas qui ont ensanglantés deux pays amis du Maroc… Sans compter les vœux qu’il nous adresse tous les vendredis que Dieu fait et pour lesquels il est ici remercié. Non pas que ces sujets ne soient pas dignes d’intérêt, mais en tant MRE, nous sommes en droit de nous interroger si toutes les positions prises par Monsieur Boussouf sont au nom de l’institution ou si elles expriment un avis personnel.

Les prises de position du secrétaire général du Conseil de la Communauté Marocaine à l'Etranger, consistent à clamer « Pas de lien entre immigration et radicalisme » ou encore « la marginalisation des immigrés dans des ghettos a poussé les jeunes vers la radicalisation ». Un parfait spécimen du déni et de la fuite en avant qui, et c’est le danger, peut être interprété comme une justification sociologique aux attentats meurtriers qui sèment la mort et la haine. Une position qui verse dans le populisme irresponsable au mépris d'une analyse de fond sur l'échec des religieux musulmans en Europe à faire émerger un islam tolérant qui cohabite dans des sociétés d'accueil avec ses valeurs laïques et ses composantes multi-confessionnelles.

Monsieur le SG pointe la responsabilité des Etats européens comme la France, la Belgique et les Pays-Bas, coupables à ses yeux « de s'opposer à l'intervention des pays comme le Maroc et l'Algérie dans l'organisation et l'encadrement des affaires religieuses, ce qui a ouvert la voie à un islam wahabite et radical venant du moyen orient ».

Dire cela c'est aller trop vite en besogne avec un mélange d'amnésie et d'ingratitude :

Faut-il rappeler que Monsieur le secrétaire général fut par le passé recteur de la mosquée de Strasbourg et qu’à ce titre, il a participé à la mise en place du CFCM (conseil français du culte musulman). Le rassemblement des musulmans de France d'obédience marocaine est majoritaire au sein du sein du CFCM, dont l'actuel président est marocain. Personne ne peut nier les efforts des autorités françaises à faire émerger un islam français et à son organisation propre. L'échec du CFCM ne peut qu'être amputé aux musulmans eux-mêmes, déchirés par les influences liées aux enjeux de pouvoirs, en relation directe avec les pays d'origine.

M. Boussouf fut aussi salarié de la Fondation Hassan II et à titre responsable des questions religieuses en Belgique. Par ailleurs et depuis 2008, date de la création du Conseil des Oulémas d’Europe, dont le siège est dans l’une des prestigieuses adresses de Bruxelles, il est notoire que que Mr Boussouf garde une influence certaine dans le dit Conseil. C’est dire que c’est un homme d’influence et de connaissance sur la question de l’Islam en Europe en général et de l’Islam en France et en Belgique en particulier.

Ces dernières années, la construction et la gestion des deux grandes mosquées en France, ont été confiées au Maroc: La grande mosquée de St Etienne devenue la grande mosquée Mohammed VI, construite et gérée par le ministère des Habouss et des affaires religieuses marocaines. Et puis la grande mosquée de Strasbourg construite sur un terrain de 10 000 mètres carrés alloué par la ville de Strasbourg. Elle peut accueillir jusqu'à 3000 fidèles. L'Arabie saoudite sollicitée a contribué à sa construction à hauteur de 1 million d'euros. Inaugurée en 2012, par Abdallaf Boussouf, en présence de Monsieur Manuel Valls en tant que Ministre de l'intérieur. C'est dire que les accusations citées plus haut à l'égard de la France n'ont aucun fondement. Ils relèvent, une fois de plus du déni.

D'autre part, dans un texte, probablement une réponse à Pierre Vermeren qui a mis le doigt sur les origines rifaines des terroristes de Molenbeek, M. Boussouf n’a pas hésité à manipuler les faits historiques pour mieux obscurcir le présent. Il fait remontrer l’immigration marocaine à la seconde guerre mondiale. Il évoque ainsi la glorieuse participation des goumiers et des tirailleurs marocains, plutôt issus du moyen Atlas que du Rif dans la libération de l’Europe. Or, la réalité historique est toute autre: les armées d’Afrique, tabors ou Goumiers, celles de Monte-Cassino ou Gembloux en Belgique n’ont strictement rien avoir avec ces kamikazes, enfants de l’immigration économique. C’est faire injure à l’armée royale marocaine qui, après l’indépendance, a intégré la plupart des effectifs que de suggérer donc cette filiation.

Sans compter par ailleurs et étant donné les circonstances, le sang des innocents de Bruxelles, du Bataclan ou des terrasses parisiennes d’aujourd’hui ne saurait, sans une forme d’indécence, être l’occasion d’évoquer le sang versé durant la seconde guerre mondiale sans oublier celle de 14-18.

L’essor de l’immigration marocaine, dont nous vivons les soubresauts aujourd’hui, date des conventions signées par le Maroc avec plusieurs pays européens dont la Belgique et qui datent des débuts soixante. Les enfants qui mènent le jihad dans une terre où ils sont nés, entre 1980 et 1990, et qu’ils considèrent aujourd’hui comme impie, sont les enfants de l’émigration économique.

Et ce n’est pas le discours lénifiant sur l’apport de l’immigration pour l’Europe et sur tous ces parents qui ont bâti l’essentiel de l’infrastructure européenne, qui ont creusé les mines de charbon et de potasse, qui se sont épuisés sur les chaines des voitures de Renault Billancourt qui s’impose aujourd’hui. Surtout chez un responsable dont la mission est de tracer des perspectives pour une meilleure intégration des Marocains dans leurs pays de résidence respectifs.

Ce n’est pas non plus, à nos yeux, dans son rôle et en la circonstance de désigner comme responsable premier « l’hypocrisie politique » des pays européens en général et de la Belgique en particulier, coupables d’avoir fermé les yeux sur la pensée salafiste contre des intérêts sonnants et trébuchants accordés dans les pays du pétrodollar.

Pas plus de pointer la seconde responsabilité qui consiste dans l’instrumentalisation de la religion faite par les Occidentaux de la logique radicale et takfiriste dans des combats géostratégiques contre les Russes en Afghanistan, validant ainsi le syndrome de Frankenstein, sous-entendant que c’est cette logique qui a fait le lit d’Al Qaïda avant l’avènement du monstre Daech. Cette théorie, pour juste qu’elle est, n’explique pourquoi l’immense majorité des victimes la pensée radicale sont d’abord les Musulmans et que celle-ci n’épargne pas la Tunisie, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Yémen, la Libye, l’Egypte, la Turquie, l’Indonésie….et le Maroc lui même.

Quand bien même, ces accusations qui peuvent être versés dans le dossier doivent-elles s’exprimer dans la bouche d’un responsable qui a le statut d’un secrétaire d’Etat ? Est-ce son rôle d’accabler des pays amis alors que le sang des victimes est encore chaud. On aurait espéré une condamnation plus ferme. Surtout ne pas donner le sentiment de justifier l’injustifiable. Car et en bref, tous le monde, selon cette analyse, est coupables sauf les immigrés, les musulmans et les jeunes qui, en fin de compte, ne sont que des martyres expiatoires, sacrifiés sur l’autel des défauts occidentaux.

C’est là une dérive intellectuelle, produite par une dérive de la gouvernance dans une institution qui apparemment n’a plus ni statut, ni management, ni instances décisionnelle, ni membres, ni projets, ni vision, ni enfin de stratégique globale.

L’immigration marocaine mérite mieux. Dans sa majorité, elle cherche à s’intégrer paisiblement dans les pays d’accueil. Ceci ne l’empêche pas d’avoir des liens solides avec le Maroc et en particulier avec la Monarchie. L’engouement enfiévré autour des visites royales au consulat d’Orly ou à Amsterdam sont là pour en témoigner. Cet attachement est, de toute évidence, mal récompensé par les institutions qui gèrent ce dossier.

Les attentats de Paris et de Bruxelles exigent une remise à plat et un ajustement de la politique publique marocaine à l’endroit des Marocains de l’étranger. Le budget consacré aux institutions chargées du dossier est colossal. Cet effort est l’honneur du Maroc. Il est dans le même temps l’attestation de la honte des institutions chargées du dossier tant le résultat de leurs actions est des plus que médiocres. En est responsable, l’indigence politique et intellectuelle des responsables ministériels qui se succèdent, l’inamovibilité des responsables de la Fondation Hassan II, la gouvernance malheureuse du CCME dont on attendait tant. Des institutions gérées par des gens, qui vivent au pays, qui n'ont rien à voir, et au mieux qui n'ont plus rien à voir avec l'immigration et son vécu.

Nous avons un besoin criant d'intellectuels et de philosophes musulmans en mesure de produire un discours courageux, sans sacrilège, pour une relecture des textes coraniques qui tienne compte du temps et de l'espace. Nous ne pouvons nous permettre de continuer à ''évacuer'' des questions essentielles, au nom d'une fausse fierté, sur les origines de cette violence aveugle qui fout en l'air le vivre ensemble et qui met en danger l'avenir de nos enfants. Il ne s'agit pas de faits isolés mais des faits à répétition synonymes d'un mal profond. Il nous faudra aussi ouvrir les yeux sur le traumatisme des opinions publiques des sociétés d'accueil, qui fait le lit des partis d'extrême droite, dont la conquête progressive du pouvoir aura des conséquences très néfastes sur notre quotidien et celui de nos enfants.


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