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Ahmed Hamdaoui - publié le Lundi 5 Mai à 12:12

Les anomalies et les effects pervers des classements internationaux des universités




Classer des Universités dans un même pays ou dans un groupe de pays qui ont le même niveau de développement ça peut se comprendre, quoi que… Vouloir classer les Universités dans le monde, c’est une aberration. Ces classements peuvent générer des dérives dangereuses dans la gestion des affaires universitaires dans les pays du sud.



Les anomalies et les effects pervers des classements internationaux des universités
Dans les grands pays où il y a un grand nombre d’Universités et de Grandes Écoles comme en Europe ou aux États-Unis, il existe plusieurs types de classements selon différents critères : Pourcentages de réussite, qualifications du corps enseignant, qualité de l’enseignement, valeur des diplômes et garantie de l’emploi, recherche scientifique, etc. Tous ces classements sont d’un grand secours pour les étudiants dans la recherche de l’Établissement où ils souhaitent poursuivre leurs études universitaires ainsi que pour leurs parents.

Quand on cherche à classer les Universités dans un continent ou dans le monde là on se heurte à de grands problèmes d’objectivité liés aux critères choisis pour le classement. En effet, si on prend le cas du classement le plus connu élaboré par l’Université Jiao Tong de Shanghai (Academic Ranking of World Universities), les critères choisis sont pratiquement inaccessibles pour la grande majorité des Universités mondiales. Même en Europe, ces critères sont contestés (nombre de Prix Nobel, nombre de publications dans les grandes revues prestigieuses comme Nature ou Science, nombre de publications dans des journaux scientifiques indexés, performance académique en rapport avec la taille de l’Institution, …). D’autres classements existent, mais tous présentent des défauts et sont contestés.

Plusieurs experts, éminents Professeurs et mêmes des Prix Nobel ont émis leurs critiques et leur désaccord avec ces classements.

Même contestés, ces classements commencent à influencer la politique de gestion des affaires universitaires dans plusieurs pays en vue de grignoter des points dans ces classements. Quand ces réformes se font en France ou dans d’autres pays développés, elles peuvent se faire sans trop de risques étant donné la solidité des Institutions universitaires. Mais quand ces réformes ou réactions se font dans des pays du Sud comme le Maroc, là les risques sont plus grands.

Le critère qui parait souvent le plus accessible pour grignoter des points c’est le critère de la taille des Institutions. En effet, certaines Grandes Écoles très performantes ou même certaines petites Universités peuvent ne pas être prises en considération dans ces classements à cause de la taille très réduite de leurs effectifs. On peut être tenté d’intégrer ces petites institutions performantes dans des grands ensembles universitaires. Au Maroc on commence à voir des projets d’associations de ce genre à Rabat et à Casablanca. Par ces regroupements on risque de tuer ces petites institutions performantes et de créer des grands blocs moribonds et ingérables. Au Maroc normalement c’est l’inverse qu’on devrait faire pour améliorer l’encadrement, la qualité des formations et faciliter la gestion des affaires humaines et la gestion financière et scientifique des institutions universitaires. Actuellement beaucoup d’Universités marocaines sont en effervescence à cause de ces problèmes liés à la mauvaise gestion des affaires humaines ou financières et à l’absence d’une bonne gestion SCIENTIFIQUE. Il est malheureux de constater qu’un Président d’Université soit obligé parfois de s’adresser à des banques de données internationales ou à des maisons d’édition (Elsevier …) pour connaître les pôles de compétences dans son Université ! …

Suivre les tendances mondiales sans y être préparé peut avoir des conséquences graves dans les pays en voie de développement comme le Maroc.

Pour finir, je souhaiterais parler du critère qui est le plus pondéré dans ces classements, à savoir les productions liées à la recherche scientifique. En effet, comment peut-on exiger des enseignants chercheurs d’engager des travaux de recherche et de publier les résultats de leurs travaux dans des journaux indexés dans l’absence des facilités les plus élémentaires et dans les conditions financières rigides et archaïques imposées par le ministère des finances
(http://www.lemag.ma/L-archaisme-des-lois-de-gestion-financiere-des-universites-marocaines_a74647.html).

Vouloir tout ramener aux publications scientifiques dans la gestion scientifique des Universités est une grave erreur. Publier devient maintenant une affaire de professionnels. Comment peut-on demander à des chercheurs travaillant dans des conditions « désertiques » à aligner les publications et à rentrer en compétition avec des laboratoires qui sont devenus de vraies machines à publier ?! …

En conclusion, il est parfois utile et sage de travailler en ignorant les exigences internationales le temps d’avoir une base solide et suffisamment de force.

Vouloir mettre certains pays du Sud en compétition avec les pays du Nord malgré les écarts énormes au niveau des moyens, reviendrait à mettre un marcheur ou même un marathonien sur une piste de course de vitesse pour courir un 100m …


Ahmed Hamdaoui
Université Cadi Ayyad
Marrakech



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