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Abderrahmane Haddad - publié le Samedi 16 Février à 12:02

Les agents des forces de l’ordre, victimes des évènements de Gdeim Izik




Le 8 novembre 2010, à l’aube, l’ordre d’assaut pour démanteler le camp de Gdeim Izik#*, aux alentours de Lâayoune, est donné. La décision a été prise suite à une série de négociations où nombre de promesses furent présentées et tenues par les autorités aux campeurs en termes de logement et d’emploi. Mais en vain. Mieux encore, et avant de donner l’assaut, des appels à quitter le camp ont été lancés. Ces appels sont restés lettre morte. L’intervention était donc inévitable.



Abderrahmane Haddad
Abderrahmane Haddad
Mais dans quelles conditions ? Signalons de prime abord que l’opération s’est déroulée sur autorisation du procureur général du roi qui a même délégué un substitut pour superviser la légalité des actes de démantèlement. Mieux encore, point culminant de bonne foi, des  instructions ont été données aux agents de l’ordre de ne pas porter les armes à feu. Une telle décision laisse supposer plusieurs interprétations. Peut-être les forces de l’ordre s’attendaient à une opération de routine de dispersion de manifestants qui pourrait le cas échéant donner lieu à quelques accrochages d’intensité négligeable. Nul ne pouvait en effet imaginer un scénario à l’algérienne caractérisé notamment par les tueries barbares du temps   des Groupes Islamiques Armés (GIA). Peut-être la décision a été politiquement prise afin d’éviter toute surenchère en matière de non-respect des droits humains et d’attaques contre des civils par des forces armées.

La commission d’enquête mise en place par la Chambre des représentants afin d’éclairer l’opinion publique sur les dessous et les causes de l’affaire a confirmé dans son rapport public cet état de choses. La commission a souligné que le démantèlement du camp de Gdeim Izik s’est fait dans « des conditions pacifiques qui honorent les forces de l’ordre, et au cours d’une durée record de 55 minutes sans faire de victimes parmi la population ». La commission parlementaire, confirme « la non utilisation des armes à feu par les forces de l’ordre aussi bien lors du démantèlement du camp de Gdeim Izik que pendant les événements de Lâayoune ».

Mais de l’autre côté, les assaillants furent bien préparés. Et les agents de l’ordre en feront les frais. Des milices armées d’armes blanches de toutes les tailles, de bouteilles de gaz et de cocktails Molotov ont fait face à la volonté de l’Etat de mettre fin à une situation illégale et à rétablir l’ordre. Inutile de revenir sur les scènes de barbarie et de vandalisme qui ont suivi, et ce par respect à la douleur des familles des victimes. Les images et vidéos enregistrées sont plus éloquentes à ce propos.

Onze membres des forces de l’ordre périront lors de ces événements. Des témoignages recueillis aussi bien par les médias que par la commission parlementaire d’enquête ont catégoriquement fait état de la non-utilisation d’armes à feu par les agents de sécurité et ont révélé que le nombre des blessés parmi les forces de l’ordre a atteint le chiffre de 238, dont 134 membres de la Gendarmerie royale, 56 membres des forces auxiliaires, 26 de la police et 10 éléments de la protection civile.

La Coordination de défense des familles des victimes a déclaré que sa revendication essentielle est celle d’un procès juste et équitable afin que justice soit rendue aux victimes. Rappelons qu’un procès, dans le cadre duquel 24 citoyens, d’origine sahraouie, doivent répondre des chefs d’inculpation susmentionnés, a débuté le 1er février 2013. Ses séquences continuent en attendent que la juridiction militaire prononce son verdict.

* Les événements de Gdeim Izik du 8 novembre 2010 sont des affrontements qui se sont produits à proximité de la ville marocaine de Laâyoune et qui ont opposé une minorité d’activistes, affiliés au Front Polisario, aux forces de maintien de l’ordre. A l’origine, une partie défavorisée de la population de Laâyoune avait mis en place, dès le début du mois d’octobre 2010, un campement, à quelques kilomètres de cette ville, afin de manifester des revendications socioéconomiques à l’adresse des autorités locales. Or, le campement sera progressivement infiltré par des activistes du Polisario, en plus de toute sorte de contrebandiers et de repris de justice. Ces fauteurs de troubles, voulant imposer leur loi, sont allés jusqu’à prendre en otage les familles sahraouies voulant évacuer les lieux après que l’Etat ait donné une suite favorable à leurs exigences sociales. A partir de là, et dans un souci de préserver la vie des citoyens et de rétablir l’ordre public, les forces de sécurité ont procédé au démantèlement du camp. A noter que, lors de l’intervention, les agents de sécurité n’ont pas fait usage des armes à feu. Ils ne disposaient au contraire que d’équipements conventionnels comme les matraques et les canons à eau. Ce qui explique qu’aucune balle n’ait été tirée. Or, c’était sans compter sur la sauvagerie dont ont fait preuve les émeutiers qui, après le campement, ont incendié la ville de Laâyoune causant, au passage, des dégâts matériels considérables. Le bilan de ces évènements sera catastrophique puisque 11 éléments des forces de l’ordre seront tués et 159 blessés. 2 civils ont également trouvé la mort.

Abderrahmane Haddad
Professeur à la faculté de droit de Meknès
Conseiller auprès du Centre d’Etudes Internationales



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