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par Omayma Abdel-Latif - publié le Vendredi 17 Avril à 06:00

Les Sœurs chez les Frères musulmans






Beyrouth - En 2007, l'organisation égyptienne des Frères musulmans a déclaré adopter le principe de l' « égalité complète » entre hommes et femmes tout en préservant la singularité de leur rôle social. Les Frères ont aussi affirmé la nécessité d'autonomiser la femme, afin qu'elle puisse acquérir, dans la sphère publique, des droits qui ne seraient pas en contradiction avec les valeurs fondamentales de la société.

La déclaration évoquait également « l'opinion généralement négative des femmes que véhicule la société », affirmant qu'il convient de la faire changer en faisant pleinement prendre conscience à la société des droits des femmes au-delà du droit à l'éducation, qui est déjà largement accepté dans la société égyptienne. Pourtant, deux années après cette déclaration de principes et 85 ans après que Hassan al Banna, un instituteur égyptien, eut fondé la confrérie en1924, la structure organisationnelle des Frères musulmans n'a toujours pas défini le rôle et le statut des femmes en son sein.

La première section féminine des Frères musulmans, le Groupe des Soeurs musulmanes, a été créé en 1932. Depuis lors, les militantes ont toujours été au premier rang du combat social et politique du mouvement des Frères musulmans mouvement en Egypte, qui a pour but d'instaurer en Egypte un système politique démocratique fondé sur un cadre de valeurs islamiques.

Les militantes qui préconisent l'instauration d'un régime politique islamique par la confrérie estiment que l'islam a apporté la justice aux femmes. Si, aujourd'hui, elles ne jouissent pas de l'égalité, c'est, selon elles, plus en raison des réalités culturelles, politiques et sociales dans lesquelles se meut le mouvement qu'en raison du mouvement lui-même.

Malgré tout, les membres de la confrérie, hommes et femmes confondus, sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter du manque de représentation des femmes, s'efforçant d'augmenter leur présence dans les organes dirigeants et, à terme, dans la vie politique du pays. Dans l'immédiat, ces femmes revendiquent un rôle consultatif officiellement reconnu dans la hiérarchie de l'organisation.

Heureusement pour les Soeurs, certaines des femmes qui font partie de la confrérie sont aussi épouses ou filles de hauts dignitaires du mouvement.

Ainsi les filles de hauts dignitaires comme Khayrat al-Shater et Essam al-Erayan, par exemple, sont des Sœurs militantes. La toute première représentante de la confrérie à une fonction politique, Jihan al-Halafawi, est la femme d'Ibrahim al-Zaafarani, dirigeant haut placé de la section des Frères à Alexandrie. Grâce à ces relations, les femmes parviennent à se faire entendre, en dépit de l'absence de tout mécanisme institutionnel de consultation des femmes aux niveaux supérieurs de la hiérarchie.

De plus, un nombre croissant de Frères sont désormais persuadés que le statut actuel des femmes dans l'organisation est un point faible qui doit être sérieusement abordé. La confrérie est l'objet de critiques constantes en raison de sa position sur les questions d'égalité, d'autant qu'elle se présente comme politiquement libérale, alors qu'elle est considérée comme conservatrice sur la question des droits de la femme. Ces militants favorables à la cause des femmes se recrutent surtout parmi les cadres moyens du mouvement. Ils demandent une place plus importante pour les femmes dans des positions de responsabilité et sur les listes des candidats des Frères musulmans aux élections nationales.

De nombreuses personnes voient dans cette redéfinition du rôle des femmes au sein du mouvement comme une sorte de “rébellion des Soeurs”. Mais, dans l'ensemble, les membres de la confrérie considèrent cet appel à une participation accrue des femmes comme normal puisque le mouvement évolue avec le temps afin de tenir compte d'un électorat dynamique et de facteurs politiques et sociaux en pleine mutation. .

Ces militantes expriment de réels griefs et veulent vraiment changer les choses. Mais elles ne sont pas prêtes pour autant à sacrifier l'unité et la cohésion du mouvement pour obtenir une représentation plus visibles parmi les Frères musulmans et les candidats politiques. Elles sont nombreuses à croire fermement que l'obtention de ces droits n'est qu'une question de temps. Lorsqu'elles appellent à l'action, c'est dans la ligne de leurs loyautés institutionnelles et du changement dans la continuité, et encore un changement modéré.

Et leurs appels sont entendus. En Egypte, aux élections législatives, les Frères musulmans ont présenté une femme, Jihan al-Halafawi, pour la première fois – essentiellement sous la pression exercée par de nombreuses Sœurs. Bien que le gouvernement se soit arrangé pour qu'elle ne passe pas (parce qu'elle était candidate des Frères, et non parce qu'elle était une femme) en truquant les urnes, en harcelant ses partisans et en arrêtant son mari et directeur de campagne, Mme Al-Halafawi a reçu un fort soutien du public. Et si aucune des deux femmes candidates (et notamment Makarem al-Deeri en 2005) présentées par les Frères musulmans n'a été élue, la popularité et le soutien qu'elles ont obtenus ont créé un précédent de taille.

C'est à cause de la culture conservatrice qui prévaut dans la confrérie, aggravée par un contexte sociopolitique répressif – que le mouvement semble parfois reproduire– que les femmes de la confrérie ne parviennent pas à obtenir une juste représentation correspondant à leur contribution au combat politique du mouvement. L'intégration des femmes dans la structure organisationnelle de la confrérie contribuera à modifier un regard qui est tout aussi patriarcal et antidémocratique que le régime qu'elle défie. Elle aboutira enfin à la reconnaissance du rôle unique que jouent les femmes dans les luttes sociales et politiques du mouvement.

La question est maintenant de savoir si l'apparition d'une jeune génération de militants – hommes et femmes – débouchera à terme sur une nouvelle force politique qui pourrait se révéler cruciale pour les Frères musulmans dans leur ensemble et avoir des répercussions indirectes sur la culture sociale et politique de l'Egypte.


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