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MAP - Driss Hidass - publié le Lundi 26 Mai à 15:16

Les Jardins centenaires de Marrakech, des havres de verdure féeriques et luxuriants aux portes du désert





PH ar.wikipedia
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Marrakech - Les jardins centenaires de Marrakech, aménagés et réaménagés le long des siècles et de la succession des dynasties qui avaient régné sur le Maroc, constituent un musée à ciel ouvert qui témoigne de la passion raffinée de la culture arabo-islamique pour les jardins. Cette féerie luxuriante aux portes du désert est sans conteste un symbole très distinctif de la ville Ocre.

La particularité de ces jardins est dans le fait que leur aménagement répondait aussi bien aux besoins vitaux d'assurer l'approvisionnement de la Cité en eau et en nourriture fraiche grâce à de judicieux systèmes d'adduction d'eau douce depuis les montagnes de l'Atlas, qu'à une volonté d'un aménagement paysagé sur des centaines d'hectares avec une superbe architecture où des monuments imposants baignent dans une flore savamment agencée.

Les Jardins de l'Agdal

Les jardins de l'Agdal sont les plus grands de Marrakech et datent de huit siècles. Ils furent conçus par le Sultan Abdelmoumen (r. 1130-63). Ce dernier avait arraché la cité à ses fondateurs, les Almoravides, en 1147, et était le premier représentant d'une dynastie entreprenante, les Almohades, qui ont fait de Marrakech leur capitale, et ont laissé en héritage un remarquable patrimoine architectural.

Pour le nouveau Sultan, il était important de faire la démonstration, à travers cette œuvre, de son pouvoir tout en assurant un approvisionnement abondant de la cité en eau et en nourriture fraîche. Son impressionnant projet d'aménagement paysagé, couvrant quelque 500 hectares au sud de la cité, combinait ces deux impératifs d'une manière inédite.

L'eau, les fruits, les fleurs parfumées et le confort y revêtent une importance capitale. Contrairement au jardin typique de la culture islamique, tourné vers l'intérieur, les jardins de l'Agdal sont ouverts sur l'extérieur, s'appropriant des caractéristiques naturelles pour créer des jeux de perspectives et de dimensions, des siècles avant que les jardins européens n'en fassent de même.

Le site est entouré de neuf kilomètres de murs en pisé, ponctués de borjs (tours fortifiées) contigus à la ville elle-même. A l'intérieur de cette enceinte, le terrain est divisé en vastes parcelles par de larges allées bordées d'une rangée d'oliviers. Ces parcelles sont elles-mêmes divisées en parcelles plus petites, à la manière d'un damier, chaque case étant plantée d'une seule espèce d'arbres fruitiers, tels que des orangers, des citronniers et autres agrumes, des noyers, des oliviers, des amandiers, des figuiers et des grenadiers.

Cette esthétique est née des conditions arides de la région, des pratiques agricoles visant à arracher au désert l'oasis fraîche, bien arrosée et féconde rêvée par les nomades.

La dynastie précédente acheminait l'eau depuis le pied des montagnes de l'Atlas, distantes d'une trentaine de kilomètres, à l'aide de Khettara, un réseau de canaux souterrains. Le brillant architecte et hydraulicien Al-Haj Yaish serait l'ingénieux concepteur des jardins de l'Agdal, et notamment des deux immenses réservoirs surélevés qui dominent la partie centrale du site. A l'est, le Sahrij el-Gharsyya est connu pour son îlot central qui crée une illusion d'optique, les arbres semblant sortir directement de l'eau. Le plus grand des deux réservoirs, qui mesure 205m x 180m, est situé à l'est et porte le nom de Sahrij el-Hana.

La différence de niveau entre la surface de l'eau et les jardins en contrebas est assez importante, et on observe partout des traces du système d'irrigation complexe utilisant la gravité qui quadrille le site. Les bassins alimentaient également de nombreuses fontaines ornementales et des bassins plus petits, qui étaient souvent placés à proximité de petits pavillons.

La conception des jardins de l'Agdal est un véritable exploit qui a été reproduit dans tout le pays et jusqu'à Séville. Ces jardins étaient admirés pour leur formidable productivité, leur beauté et leurs grandes étendues d'eau, d'autant qu'ils se situent dans un environnement aride où plane la menace de la sécheresse.

Le jardin est ainsi un lieu de plénitude où tout est conçu pour être à la fois utile et agréable. La nature est présentée dans ce qu'elle a de plus chaleureux, comme une oasis de réconfort accueillant le voyageur du désert fourbu. Aujourd'hui, ce jardin, l'un des plus anciens du monde arabo-islamique, est classé depuis en 1985 au patrimoine mondial de l'UNESCO.
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La Ménara, sublime emblème de la Cité Ocre

La Ménara est la petite sœur de l'Agdal. Elle est conçue par le même Sultan, selon une conception similaire mais sur une étendue moindre (98 hectares). La Ménara est située au sud-ouest de la cité et exploite le panorama naturel du massif de l'Atlas, au sud, et des collines arides des Djebilet, au nord.

Tout comme dans les jardins de l'Agdal, l'eau est un élément crucial de la conception de la Ménara : à la fois utile et agréable. La pièce maîtresse du jardin est un réservoir de 195m x 160m, construit au-dessus du niveau du sol afin d'alimenter le système d'irrigation uniquement par l'action de la gravité. Quelques marches conduisent au bord de l'eau. Le réservoir est entouré d'une généreuse terrasse qui sert actuellement d'espace de promenade fort apprécié des Marrakchis et des visiteurs de la ville.

Contrairement aux jardins de l'Agdal, la Ménara est quasiment une monoculture, malgré la présence de quelques dattiers et de cyprès. Elle compte une quarantaine de variétés d'oliviers cultivés sur une centaine d'hectares.

A l'extrémité sud du grand bassin se trouve un remarquable pavillon, ou Menzeh, construit par le Sultan Sidi Mohammed en 1866 pour remplacer un ancien bâtiment datant probablement du XVI ème siècle.

Entouré de son propre jardin luxuriant enclos de mur, ce pavillon domine le bassin, et offre une vue du jardin qui ressemble à une sorte de diagramme géométrique tracé sur un tableau géant. Le réservoir rectangulaire est situé dans un rectangle plus vaste rempli de petites oliveraies quadrilatérales, et l'ensemble est coupé en deux, longitudinalement par une longue avenue qui semble se prolonger vers le paysage au-delà.

Servant d'abord de bassin d'irrigation, le plan d'eau central des jardins de la Ménara, tout comme celui des Jardins de l'Agdal , était destiné à l'apprentissage et à l'entraînement des soldats de l'armée Almohade pour les préparer à la traversée de la Méditerranée vers l'Andalousie.
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La palmeraie

Patrimoine écologique et historique de la ville Ocre, la palmeraie de Marrakech s'étend sur près de 13000 hectares et illustre parfaitement cette volonté de vaincre l'aridité du désert et ériger un havre de verdure luxuriant aux portes du désert.

Elle fut aménagée et plantée sous le règne du Sultan almoravide Youssef Ibn Tachefine. Elle est constituée de plus de cent mille palmiers qui étaient irrigués grâce aux "khettaras", l'ingénieux système de canalisations souterraines datant du XIIème siècle qui achemine l'eau depuis les montagnes de l'Atlas le long de dizaines de kilomètres.

Ce Joyau de la nature présente plusieurs spécificités et se distingue des autres palmeraies par la grande richesse de ses palmiers et la diversité de sa faune et de sa flore. Ce patrimoine naturel datant de l'époque des Almoravides (11ème siècle) est un écosystème unique qui présente une grande richesse faunistique et floristique: 120 espèces végétales, 13 espèces de mammifères, dont 3 endémiques rares ou menacées, 44 espèce d'oiseaux, 20 espèces de reptiles et 4 espèce d'amphibiens.

Durant les dernières décennies, ce site emblématique a subi une perte estimée à plus de 19 pc de sa surface en raison de la détérioration du système d'irrigation des Khettaras, l'urbanisation galopante et l'abandon des activités agricoles au sein de cet écosystème à cause de la sécheresse.

Pour sauvegarder ce patrimoine écologique et historique, un programme ambitieux a été lancé dès 2007 par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l'Environnement, en partenariat avec plusieurs acteurs locaux.

Les Jardins de Majorelle

Au début du siècle dernier, la ville de Marrakech s'est enrichie par un ''jardin œuvre d'art'', qui semble être une réplique artistique de ces jardins luxuriants ancestraux de la ville Ocre. En 1919, le peintre français Jacques Majorelle (1886-1962) s'installe dans la médina de Marrakech dont il tombe amoureux.

En 1922, il achète une palmeraie en bordure de la médina et fît construire par l'architecte Paul Sinoir sa villa style architecture mauresque art-déco. Il y aménage son habitation principale au premier étage et un vaste atelier d'artiste au rez-de-chaussée pour peindre ses immenses décors.

Amoureux de la nature, il crée son jardin botanique inspiré des jardins arabo-islamiques avec une luxuriance tropical autour de sa villa. ''Un jardin impressionniste'', ''une cathédrale de formes et de couleurs'', structuré autour d'un long bassin central, avec plusieurs ambiances végétale variées. Ce jardin est une œuvre d'art vivante, composé de plantes exotiques et d'espèces rares qu'il rapporte de ses voyages dans le monde entier. Les jardins de Majorelle constituent actuellement l'un des sites touristiques les plus visités de Marrakech.

Les jardins de Marrakech présentent un aspect saillant de l'identité de la ville Ocre et témoignent de l'histoire d'une ville fondée sur une vision particulière de l'aménagement de l'espace avec une nature omniprésente et des fresques de verdures au cœur de la cité. Le concept d'une éco-ville pensée et réalisé avec magnificence depuis des siècles déjà.

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