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par Bilal Y. Saab - CGNEWS - publié le Lundi 26 Juillet à 12:53

Les Frères musulmans et les progressistes: partenaires pour le changement en Egypte?






Washington - Dans la presse mondiale, la rumeur bruit: à 82 ans, Hosni Moubarak, président de l'Egypte, souffrirait d'un cancer de l'estomac et du pancréas en phase terminale et ne vivrait plus assez longtemps pour voir la prochaine élection présidentielle. Une fois de plus, ces bruits posent l'éternelle question de la succession politique dans ce pays, le plus grand du monde arabe et l'allié arabe le plus important pour les Etats-Unis. L'Egypte a un besoin urgent d'une mutation politique qui, seule, pourrait préparer le changement et préfacer une nouvelle ère de réformes.

Les libéraux égyptiens, cette constellation hétérogène d'acteurs de la société civile, de penseurs, de bloggeurs et de militants politiques, sont devant un choix bien difficile pour la prochaine consultation nationale: soit refuser de collaborer avec les Frères musulmans pour partir seuls au scrutin, sans chances réelles d'obtenir une forte représentation à l'Assemblée nationale, soit s'allier à la Confrérie, au prix d'un compromis philosophique provisoire, pour présenter avec elle un candidat fort et susceptible d'être accepté de part et d'autre.

S'ils ne bénéficient pas du grand nombre de partisans, de la grande popularité et du potentiel de mobilisation des Frères, les progressistes auront bien du mal à faire passer le changement. Sans la Confrérie, le changement est possible, mais ce serait sans doute au risque de renforcer un mouvement dont le programme de plus en plus intégriste pénétrerait plus encore la vie politique du pays.

Devant ce choix cornélien les progressistes seront peut-être néanmoins tentés de collaborer avec la Confrérie, car leurs faiblesses sont nombreuses et parce que la Confrérie a récemment fait le geste de mettre en ligne une pétition de soutien à Mohamed El Baradeï, l'ex directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui mène à grand train une campagne pour la reforme et le changement. Les Frères ont récolté plusieurs milliers de signatures auprès d'autres factions de l'opposition, ce qui pousse les politologues à se demander si, enfin, la société égyptienne ne commencerait pas à donner corps à une opposition politique crédible.

Mais les progressistes, pour des raisons évidentes, se méfient d'un éventuel partenariat avec les Frères. Au plan idéologique, la Confrérie dans son ensemble ne s'est pas encore résolue à concilier son programme traditionnel, c'est-à-dire l'instauration de la loi coranique, avec ses prétentions à la démocratie. Ces dernières années, le mouvement a affirmé que son objectif en matière de réforme politique est l'instauration d'un Etat civil dans un cadre de référence islamique.

Que la Confrérie ne soit pas fermement engagée, au plan interne, en faveur d'un Etat civil est cependant amplement prouvé par la controverse qui a entouré la publication, fin 2007, de son projet de parti politique. Ce texte contenait bien plusieurs principes démocratiques tel que la séparation des pouvoirs, l'organisation d'élections libres et loyales ou le pluralisme politique – mais campait sur des positions antidémocratiques s'agissant du droit des femmes et des non-musulmans à briguer les postes politiques les plus importants.

Mais l'incertitude règne des deux côtés.

Si la Confrérie décidait de la soutenir plus vigoureusement, de tout son poids, la campagne de M. El Baradeï, cela pourrait l'entraîner dans un choc frontal avec le régime. Après tout elle est encore officiellement exclue de toute activité politique régulière, et le régime la tient sous étroite surveillance. En outre, pétition ou pas, elle hésite à coordonner ses efforts avec ceux du parti de M. El Baradeï lors des prochaines élections législatives, voire à soutenir M. El Baradeï lui-même comme candidat éventuel à la présidence en 2011. En raison de différences idéologiques toujours pendantes, les Frères refusent de qualifier d' « alliance » leur rapprochement avec M. El Baradeï.

Les réformateurs égyptiens auront du mal à battre le régime de M. Moubarak, qui a institué un contexte politique interdisant pratiquement toute compétition politique. Il y a néanmoins une petite chance. Si la Confrérie et les progressistes se rassemblent et engagent un dialogue plus profond en vue de trouver un terrain d'entente et de résoudre les divergences les plus criantes, on pourrait espérer une lumière au bout du tunnel. Même si ces deux forces aspirant au changement ne peuvent pas tomber d'accord sur tout, elles gagneraient à mettre au clair leurs positions les questions décisives que sont la politique, l'économie et la politique étrangère.

Si la convergence est suffisante, la Confrérie et les libéraux pourront aller de l'avant et répondre au désir de réforme de leurs partisans. Sinon, un divorce rapide rendrait service à la société égyptienne.

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* Bilal Y. Saab est doctorant et Assistant pédagogique au Département de gouvernement et de politique de l'Université du Maryland.


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