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par David Miliband - publié le Vendredi 5 Juin à 06:00

Les Britanniques embrassent la coalition qui se développe à travers les religions






Oxford – Beaucoup de personnes cultivées sont venues dans cette salle pour parler des valeurs que partagent les religions abrahamiques. Ce n'est pas mon propos aujourd'hui. J'entends parler - avec humilité et respect, j'espère - de ma vision en tant que ministre des Affaires étrangères du processus politique qui consiste à développer des coalitions et à obtenir des accords à l'étranger pour satisfaire des objectifs de politique étrangère.

Cette question ne se pose pas seulement par rapport à nos relations avec des pays ayant une majorité de musulmans mais, aujourd'hui, je souhaite examiner comment nous, à savoir le gouvernement britannique, travaillons avec des pays majoritairement musulmans - gouvernements et personnes - et dont il se peut que nous ne partagions pas toutes les valeurs.

Je commencerai par parler de la reconnaissance de la différence qui est fondée sur la conviction qu'il ne peut y avoir une seule réponse à la question ''Comment devrions-nous vivre?''. Je pense vraiment qu'il y a des valeurs universelles que l'on peut retrouver dans des cultures et des religions différentes. Je pense vraiment qu'il y a des droits de l'homme fondamentaux que tous les gouvernements et tous les individus doivent observer. Toutefois, comme le Premier ministre, Gordon Brown, l'a soutenu avec fermeté, il existe une société globale où les valeurs et les droits universels laissent encore de la place à des modes de vie incroyablement riches et différents.

Le défi que nous devons relever est de comprendre que, bien qu'il n'y ait pas un seul modèle pour une bonne vie, il doit tout de même y avoir un modèle (et un meilleur modèle que celui dont nous disposons aujourd'hui) pour les personnes ayant des vues différentes qui découlent de systèmes de croyance différents, afin de travailler ensemble.

C'est un privilège pour moi de représenter un pays marqué par une extraordinaire diversité et doté d'une remarquable histoire. Mais soyons clairs aussi concernant les préjugés que l'histoire de la Grande-Bretagne génère, non seulement dans les pays majoritairement musulmans mais aussi ailleurs. Les décisions prises il y a des années sur la King Charles Street se font encore ressentir au Proche-Orient et en Asie du Sud. Au tracé des frontières sur les cartes, imposé par les puissances coloniales, a succédé, entre autres choses, l'échec (précisons qu'il ne s'agit pas que du nôtre) de la création de deux Etats en Palestine. Plus récemment, l'invasion de l'Irak et ses conséquences ont fait naître un sentiment d'amertume, de défiance et de rancoeur.

Ces événements sont associés à une histoire des relations entre l'Europe et le monde musulman marquées par la conquête, le conflit et le colonialisme. Mais il y a une autre histoire à raconter. Certes, elle n'efface pas le conflit, mais elle donne un récit différent.

C'est une histoire non de conflit ou de confrontation, pas plus que de coexistence ou de tolérance, mais d'échange et de contribution mutuelle.

C'est l'histoire de l'Iran du XVIIème siècle si bien retracée dans l'exposition qui se tient actuellement au British Museum; de l'Andalousie du XIIIème siècle, de la Sicile normande ou du siècle des Lumières; de saint Jean de Damas, conseiller chrétien d'un chef omeyyade; du dialogue entre l'empereur byzantin et le calife arabe, de la découverte de la pensée grecque par les premiers érudits musulmans. Ce sont des histoires d'ouverture, de diversité et de réussite: celles de cultures se mélangeant et s'enrichissant les unes au contact des autres.

La sécurité dans le monde d'aujourd'hui ne peut plus être garantie par les superpuissances mondiales seules, ni même par un ensemble de grandes puissances. Les menaces dues au changement climatique, au terrorisme, aux pandémies et à la crise financière sont trop importantes et trop diffuses.

La sécurité dépend donc de deux éléments indispensables. Premièrement, une coalition d'Etats et des mouvements politiques les plus larges possibles.

Cela implique qu'il faut être prêt à encourager la réconciliation avec des organisations dont il se peut que nous ne partagions pas les valeurs mais qui sont disposées à poursuivre les mêmes objectifs.

Deuxièmement, le consentement des citoyens. Dans les siècles passés, les alliances étaient forgées par les monarques, les traités signés par les rois et honorés (ou pas) par l'élite dirigeante. Mais à l'époque moderne, le pouvoir ne connaît plus une telle emprise.

En formulant ces deux éléments, la tension qui existe entre eux devient claire. La coalition la plus large possible comprendra, parfois, des groupes dont nous ne partageons pas les objectifs, dont nous trouvons les valeurs déplorables, dont nous jugeons les méthodes douteuses. Toutefois, il ne sera pas possible d'obtenir le consentement des peuples si nous ne pouvons pas faire preuve de cohérence et de conviction dans l'application de nos valeurs. Une application rigoureusement systématique de nos valeurs exclurait certainement du dialogue des organisations sans lesquelles tout progrès est impossible. Pourtant, si nous engageons toutes les parties utiles, sans tenir compte de nos valeurs ou des leurs, nous nous exposons au poids du réalisme le plus pur.

C'est en soutenant la politique et en rejetant la violence que nous vaincrons les tensions. C'est toujours lorsque l'acceptation silencieuse de la violence disparaît (en faveur de la politique) que les actions diplomatiques ont l'occasion de tenir. Même dans des pays non démocratiques, l'action des gouvernements est sans cesse conditionnée par les exigences du peuple.

Le point de départ, c'est de croire dans la politique. La noblesse de la politique apparaît dans la négociation du conflit à travers le dialogue, le remplacement du conflit par le compromis et celui de la force par la persuasion.

Il ne s'agit pas d'une impulsion évangélique. La politique entre sur scène là où les peuples avec lesquels nous partageons un monde sont en désaccord, parfois sur des questions d'une importance capitale. Il n'est guère facile d'assimiler un libéral laïc à une personne dont la foi est inséparable de la politique. Il n'y a pas non plus de moyen de déterminer qui a ''raison''. Il y a juste un dialogue et la recherche d'un terrain d'entente.

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* David Miliband est ministre des Affaires étrangères et du Commonwealth. Cet article abrégé fait partie du discours prononcé au Centre d'études islamiques d'Oxford et est distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews)


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