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Mohamed Sihaddou - Ingénieur en Télédétection Aérospatiale - - publié le Dimanche 8 Mai à 21:00

Les Auditions de l'IER à Al-Hoceima : véritable réparation ou psychothérapie collective?




Mohamed Sihaddou - Le travail de mémoire et d'exorcisme sur les exactions commises dans le Rif durant le règne de Hassan II s'avère très difficile. Tenter d’effacer ou de se débarrasser de ce passé peu glorieux par des séances psychanalytiques de groupe super-médiatisées ne peut se substituer à une vraie justice et à une réparation des préjudices que toute une population et une région entière ont subi durant plus de 40 ans.



Les exactions et les atrocités qui ont été commises par les autorités marocaines dans la région dépassent toute imagination (soulèvement 1958, évènement 1984, politique de l’émigration, marginalisation…) et ses origines authentiques remontent, sans doute, à la révolution rifaine conduite par Abdelkrim El-Khattabi en 1921.

L'armée marocaine réprima violemment le soulèvement rifain de 1958, par tous les moyens y compris les bombardements de l’aviation pour en finir vite avec les insurrections et les velléités d'autonomie de la région par rapport au Pouvoir central. La région se retrouve de ce fait exclue de la vie politique marocaine et marginalisée durant tout le règne de Hassan II.

Ce soulèvement qui se termina en 1959 dans un bain de sang marqua à jamais le Rif. Cependant, ce qui reste très visible encore aujourd’hui et marque la région profondément est la politique de l’émigration pratiquée par les autorités marocaines. Incontestablement, après ces évènements tragiques, les stratèges du pouvoir marocain ont instrumentaliser une politique de l’émigration contre le Rif et ceci afin d’acheter la paix sociale tout en vidant cette région de sa population jeune, constamment protestataire et agitée socio-politiquement.

Aujourd’hui encore, on demeure confondu devant l’ampleur de ce mouvement migratoire qui a déferlé comme un véritable raz-de-marée dans le Rif. Un sujet qui reste encore très sombre dans l’histoire contemporaine marocaine est l’organisation de cette émigration massive par les autorités marocaines. Pourquoi, cette émigration massive et échelonnée sur plusieurs années reste encore sous l’effet d’une censure?

Dans le contexte de cette émigration massive, on comprend pourquoi le Rif, dans son état actuel, souffre d’un déséquilibre profond concernant ses structures démographiques et socio-économiques. Ce déséquilibre se manifeste par le manque flagrant d’hommes actifs et par conséquent la majorité de la population sédentaire est essentiellement composée de femmes, d‘enfants et de vieillards qui sont totalement dépendants des revenus de l’émigration.

Les évènements de 1984 à Al-Hoceima (répressions collectives, arrestations arbitraires et jugements sommaires) ont mis en exergue une situation déjà insupportable depuis des années par la population autochtone du fait de la marginalisation de la région sur tous les plans de la vie politique, économique et sociale.

Le rôle de l’Instance Equité et Réconciliation qui se limite à établir un inventaire des violations des droits de l’homme commises entre 1956-1999 et à rédiger un rapport de recommandations et de directives, est à mon avis le travail routinier des organisations de droit de l’homme, de journalistes et de chercheurs en sciences sociales et humaines.

La population rifaine ne veut pas seulement entendre ce qu'elle savait depuis longtemps sur les formes d’exactions qui ont été commises dans la région, mais des actions concrètes de réparation (politique de développement durable, investissement des capitaux de l’émigration…) au-delà d'une simple indemnisation matérielle des individus, car toute la région est victime d’un certain système politique instauré depuis l’indépendance.

Une reconnaissance officielle de l’Etat marocain de ces erreurs du passé et de son mépris vis-à-vis du Rif et le rétablissement de la mémoire d’Abdelkrim El-Khattabi s’imposent comme condition essentielle si l'on veut pouvoir un jour tourner la page de ces années noires de l’histoire marocaine et franchir une nouvelle étape dans la transition démocratique.

Moi qui suis originaire de cette région, je sais combien il est très difficile d’en parler voire même impossible d’évoquer les souvenirs des exactions que les victimes ont subi. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une région de tradition très conservatrice et fière de ses valeurs de bravoure ancestrale.

Il est indéniable, que la population rifaine est partagée entre impatience et scepticisme de témoigner sur les atrocités qu’elle a subi mais la vérité, toute la vérité, sur ce qui s’est réellement passé durant toutes ces années là, c’est le pouvoir et lui seul qui la détient.

Si les auditions ont des effets positifs sur le soulagement des victimes, cependant elles créent des frustrations légitimes chez ceux qui ne sont pas appelés à témoigner. Ce lourd passé de plus de quarante années de violations de la dignité humaine du citoyen ne pourra être effacé de la mémoire des rifains que lorsque la région rifaine sortira totalement de son isolement et de sa marginalisation politique, économique et sociale.


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