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par Saleem H. Ali et Hiba Zeino - publié le Vendredi 29 Mai à 06:00

Le voyage du pape au Moyen-Orient fait ressortir le besoin de coexistence religieuse

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Doha/Beyrouth – Le voyage du pape Benoît XVI au Moyen-Orient, la semaine dernière, a mis en évidence la nécessité d’améliorer, sous différents aspects, les relations entre musulmans et chrétiens. Bien qu’elles aient en partage d’appartenir à la lignée d’Abraham, l’histoire des relations entre ces deux communautés de confession, qui remonte aux Croisades, est en dents de scie. Même si le Coran reconnaît dans les chrétiens et les juifs des “peuples du livre”, quelques-uns de ses versets, sortis de leur contexte, sont fréquemment utilisés à l’appui d’une théologie exclusive qui marginalise d’autres confessions.

La visite du pape en Terre Sainte a eu lieu à un moment où il est souvent question de la migration de minorités chrétiennes quittant, depuis quelques décennies, une région à majorité musulmane pour gagner d’autres parties du monde. Dans son livre The Body and the Blood: the Middle East’s Vanishing Christians and the Possibility for Peace Charles Sennott soulève une question importante : pourquoi cela ? Sennot prétend que, dans des régions comme la Palestine, la population chrétienne est tombée de 17 % en 1948 à 2 % en 2009.

Quels sont les facteurs de ce déclin ? Pour certains, le haut degré d’éducation qu’ont toujours eu les communautés chrétiennes leur permet d’émigrer plus aisément en temps de tension économique ou d’instabilité politique. Mais il faut aussi tenir compte, peut-être, d’un sentiment de marginalisation dans des régions à prédominance musulmane. En plus de l’exode chrétien de Palestine, il y a un problème d’émigration en masse en Irak. L’invasion conduite par les Etats-Unis y a laissé à la merci des groupes extrémistes des minorités chrétiennes implantées de longue date.

Il est certains que les médias tendent à véhiculer les vociférations de ceux qui se situent aux marges extrêmes des deux confessions, aux dépens de la majorité religieuse. Mais il y a des raisons d’espérer en la coexistence religieuse dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Voici par exemple le Liban, pays traditionnellement polarisé en termes de sectes. Dans la perspective des prochaines élections parlementaires, les alliances politiques montrent que les divisions religieuses sont en train de reculer au profit de différences idéologiques, économiques et politiques qui s’entrecroisent. Dans un geste symbolique qui pointe vers la possibilité d’un régime laïc dans l’avenir, le gouvernement libanais vient de prendre, récemment, des mesures pour éliminer des papiers d’identité, sur simple demande des intéressés, toute référence à une appartenance sectaire. De plus, la revendication d’un mariage civil est devenue de plus en plus pressante, à l’encontre des lois actuelles, qui n’autorisent que des mariages religieux.

Soit maintenant le Qatar, pays du golfe Persique sanctifié dans la tradition wahhabite. Il accueille à présent six églises chrétiennes de diverses appartenances. Sans parler de l’offensive récente sur Gaza, qui a fait l’unanimité de la rue arabe, de toutes couleurs confessionnelles, contre la guerre entre Israël et le Hamas.

Alors que les sociétés contemporaines du Moyen-Orient commencent à embrasser le pluralisme à divers niveaux, il est essentiel que les programmes des écoles musulmanes s’attaquent aussi plus directement au problème de l’erreur d’interprétation. Les interactions positives entre musulmans et chrétiens au cours de l’histoire de l’islam doivent être valorisées. Ainsi, la première hijrah (émigration), qui fit sortir les musulmans de La Mecque, se fit en direction du royaume chrétien d’Abyssinie. L’empereur Najashi leur accorda refuge en cette heure de grand besoin.

Il existera toujours des différences théologiques entre les diverses confessions, différences que des acteurs externes tenteront de manipuler à d’autres fins. Cependant, dans une région aussi politiquement instable que le Moyen-Orient, il est essentiel de construire de meilleures relations entre ces deux groupes religieux parmi les plus nombreux du monde. Il importe aussi que l’unité entre musulmans et chrétiens ne se fasse pas au prix de l’aliénation des autres confessions : les relations collectives des gens de foi doivent transcender le détail des différences théologiques.

Le geste symbolique accompli par Benoît XVI lors de sa visite à Al-Aqsa et l’accueil positif que lui a fait l’imam doit être complété par une renonciation expresse, de part et d’autre, aux traditions négatives. Les fidèles des deux traditions confessionnelles sont également responsables d’avoir abusé des incidents de l’histoire pour répandre un sentiment d’aliénation réciproque. Dans un monde qui se mondialise, nous devons certes nous inspirer de l’histoire, mais sans pour autant permettre au passé de bloquer notre cheminement vers une relation plus humaine avec l’autre.

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* Saleem H. Ali, professeur visitant au Brookings Doha Center, est l’auteur de Islam and Education (Oxford University Press, 2009).

Hiba Zeino possède un diplôme de sciences politiques de l’Université Américaines de Beyrouth. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l’autorisation du Daily Star.

Source: Daily Star, 19 mai 2009, www.dailystar.com.lb
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=255...


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