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César Chelala - CGNEWS - publié le Jeudi 27 Décembre à 10:19

Le viol de Qatif: un mal pour un bien ?




César Chelala : Récemment, en Arabie saoudite, une jeune femme de Qatif qui avait été violée par sept hommes a été condamnée à une peine de prison et à 90 coups de fouet, portés par la suite à 200 parce qu’elle avait dénoncé son affaire aux médias. En qualifiant la sentence de “barbare”, la ministre canadienne du statut de la femme, Josée Verner, n’a fait qu’exprimer l’opinion de la plupart des gens sur cette affaire.



L'avocat de la victime, Abdulrahman al-Lahim – une figure de proue dans la défense des droits de l'homme dans le pays - a été interdit de procès. Sa licence a été révoquée, privant ainsi la jeune femme de toute défense juridique. "Interdire à l'avocat de représenter la victime devant la cour équivaut au crime de viol lui-même", a déclaré Fawziah al-Oyouni, membre fondatrice de l'Association saoudienne de défense des droits de la femme, qui vient de se constituer.

Le procès a déjà provoqué une réaction. Selon Saud al-Faisal, ministre des affaires étrangères de l'Arabie saoudite, le pouvoir judiciaire saoudien va revoir le cas. Même s'il faut s'en féliciter, puisqu'il y a un espoir de faire changer le verdict, il n'en reste pas moins qu'il a affirmé que "…cette affaire est exploitée contre le gouvernement et le peuple saoudiens".

Un système de tribunaux religieux administre la justice dans ce pays. Les juges sont nommés par le roi sur recommandation du Conseil suprême de la magistrature. Tant les juges que les tribunaux jouissent d'un pouvoir discrétionnaire total dans l'administration de la justice, sauf dans les cas où c'est la charia qui fixe d'avance la sanction, pour les meurtres, par exemple.

Il faut replacer l'affaire de Qatif dans le contexte élargi du rôle et des droits de la femme en Arabie Saoudite, pays où l'interprétation du Coran est plus stricte que dans presque tous les autres pays arabes, surtout s'agissant des droits de la femme. Le statut juridique des femmes est la résultante d'un ensemble de circonstances tribales, sociales et historiques dans lequel la religion joue un rôle important.

Cette affaire, comme d'autres affaires semblables, a attiré l'attention sur le système juridique saoudien, fortement influencé par un clergé attaché à une interprétation restrictive du droit islamique. De ce fait, le statut de la personne n'étant encadré par aucun code, les jugements sont fréquemment arbitraires. De plus, le système ignore le concept de précédent.

Au-delà, le système judiciaire saoudien est à l'image du conflit plus large qui oppose le modernisme aux droits et aux coutumes tribaux. En Arabie Saoudite, l'islam n'est pas pratiqué comme ailleurs. De fait, cette interprétation très étroite de l'islam a été sévèrement critiquée par ceux qui affirment que le Coran définit sans ambiguïté les droits de la femme.

Selon les défenseurs des droits de la femme, le Coran est riche en versets qui affirment qu'hommes et femmes sont égaux en droit et en responsabilités. Ils évoquent en particulier le dernier sermon du prophète Mahomet, dans lequel il affirme : "Traitez bien vos femmes et soyez gentils avec elles, car elles sont vos partenaires et vos assistantes dévouées".

Bien que le gouvernement saoudien ait récemment pris des mesures pour améliorer la condition de la femme, notamment par la création de tribunaux spécialisés dans les affaires de violence conjugale, l'adoption d'un nouveau code du travail et la création d'une commission des droits de l'homme, cette affaire prouve à l'envi que la justice pour les femmes n'est pas pour demain.

Il est vrai cependant que les progrès sont nombreux: elles participent de plus en plus aux systèmes commercial et éducatif et sont bien décidées à conquérir des droits politiques. Et pourtant, bien qu'elles représentent 50 % des diplômés, elles ne totalisent que 5 % des effectifs de l'emploi.

L'affaire de Qatif offre aux Saoudiens une occasion unique, non seulement de réparer une injustice, mais aussi d'avancer dans la réforme du système judiciaire, afin que des abus de ce genre – si contraires aux principes et à l'esprit de l'islam – ne se reproduisent plus jamais. Plus spécifiquement, elle peut servir à aiguillonner un changement bien nécessaire dans le Moyen-Orient.

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* César Chelala, co-lauréat du prix de l'Overseas Press Club of America, est le correspondant étranger du Middle East Times International en Australie.


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