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Mohammed Mraizika - publié le Samedi 16 Août à 09:55

Le traquenard du 10 août




Mon premier est une décision royale, mon second une succession de journées aoutiennes, ma dernière édition ressemble à un traquenard, devinez qui je suis ?



Le traquenard du 10 août
La journée du 10 août se voulait, depuis son institution en 2003, un moment de rétrospection et de prospection avec pour vocation l’identification des attentes et des difficultés auxquelles se heurtent les MRE. Une décennie après, il serait bien inconvenant de ne comptabiliser que les journées marquées du sceau de l’échec faute de préparation sérieuse ou à cause de récupération éhontée voire du désintérêt. Il y eut dans différentes régions du royaume des rencontres qui permirent l’expression des doléances et le recensement des besoins des MRE. Mais là où le bât blesse c’est l’incapacité des instances concernées de transformer l’essai en traduisant les idées qui ont pu émerger à ces occasions en politiques publiques.

Une journée particulière
Ce 10 août 2014, à Rabat, ce qui était à craindre arriva. Les non-dits, les rancœurs et les susceptibilités cumulés, ont pris, dans un climat de pugilat et d’anathème, le pas sur la convivialité et le débat. Ce qui était censé être une journée festive et commémorative, une rencontre ordinaire consacrée à une génération de MRE pionnière et patriote, se transforma en une scène de désolation. Les images et les propos incongrus qui prolifèrent depuis dans la presse écrite et électronique ne laissent planer aucun doute sur le degré de défaillance et de désobligeance atteint ce jour là. Certes. La salle était exiguë, l’affluence importante, l’arrivée des ministres tardive, le service d’ordre inexpérimenté. Autant d’éléments négatifs qui plaident pour la thèse de l’énervement. Mais cela n’explique pas tout.

Une première lecture, hâtive, autorise à ne voire dans ce qui s’est produit ce 10 août à Rabat qu’une malencontreuse affaire de « don et contre-don » (notion d’anthropologie) - ici provocation contre réplique cinglante- impliquant le dirigeant d’une institution dédiée aux MRE, le CCME, qui, refusant de céder à la provocation et l’intimidation, eut le courage d’apporter la contradiction et de croiser le fer avec ceux qui interpellaient désobligeamment.
A priori, cet incident devait, compte tenu du contexte général, être mis d’office dans la rubrique pertes et profits sur le compte d’habitudes et de manières de débattre, impropres, devenues la marque de fabrique de certains qui poussent l’impertinence et la supercherie jusqu’à prétendre parler au nom et place des MRE.
Combien de fois, en effet, de simples conférences dédiées aux MRE se sont transformées en pugilats par la simple volonté de tels perturbateurs hargneux et haineux, soucieux avant tout de leur paraître ? Etant entendu qu’ils auraient beaucoup de mal à se prévaloir de la moindre plus value apportée aux causes et affaires des MRE.
Enfin. N’a-t-on pas vu des ânes défiler sur une artère prestigieuse de la capitale au nom de la liberté d’expression ?
Que n’a-t-on pas entendu comme inepties et quolibets dans l’enceinte parlementaire ? Que dire de l’anathème et des propos désobligeants déversés dans les colonnes de journaux par des responsables politiques irresponsables ?
En vérité, la culture du dialogue semble déserter de nombreux lieux et tribunes. Cette culture fait aujourd’hui défaut jusqu’au sein des formations partisanes, des coalitions politiques et de la majorité parlementaire qui gouverne le pays.
SM le Roi n’a-t-il pas alerté il y a peu sur les dérives langagières des élus et leurs effets désastreux sur la vie politique et sur la sérénité des débats parlementaires ?

Le traquenard
Une autre hypothèse, qui pousse le raisonnement à son paroxysme, verrait plutôt dans cette affaire, et donc dans l’incident qui a marqué la journée du 10 août 2014, le résultat d’un véritable traquenard tendu au SG du CCME par une poignée d’individus venus spécialement régler des comptes et « casser du CCME ».
Théoriquement, la présence du chef du gouvernement et de ministres apportait la caution politique nécessaire à la réussite de l’événement. Cette présence témoignait en tout cas de l’intérêt réservé par les hautes sphères de l’Etat à cette journée et aux MRE. Tous ces éléments laissaient présager d’une rencontre studieuse privilégiant l’entente entre les différentes instances en charge des affaires MRE, qui n’ont, au moins ce jour-là, de souci, et d’agendas, que celui de rendre hommage à une génération de MRE exemple de fidélité et d’abnégation.
C’est ce sentiment de consensus et de concordance que laissaient entrevoir les allocations officielles en rappelant d’entrée la vocation de la journée et le sens de ses travaux. Entendez par là favoriser le dialogue et l’échange en vue d’éclairer le politique et l’aider à faire sortir la situation des MRE âgés des impasses juridiques, fiscales et socioéconomiques dans lesquelles elle est embourbée.
Visiblement, ce n’était ni l’intention ni le projet de ceux qui, la fleur au fusil, les manches retroussées et le verbe virulent, mettaient le dirigeant du CCME en ligne de mire avec la ferme volonté d’en découdre.
Force est donc d’affirmer que cette manière de concevoir le débat et de « défendre » les intérêts des MRE est insupportable. On ne peut et on ne doit la cautionner, sous aucun prétexte, car elle nuit à l’image des MRE et donne du grain à moudre à ceux qui s’acharnent à contrecarrer la traduction de leurs droits.

Le comble de la tartufferie
Dans son allocution le SG du CCME a abordé un aspect capital de l’histoire et de l’apport de la première génération de MRE, ces « bâtisseurs » qui ont tant donné et tant sacrifié pour que se libèrent et prospèrent les pays d’accueil et pour que vivent dans la dignité des milliers de familles marocaines et se développe dans la stabilité leur pays d’origine. Seulement, ses détracteurs n’ont retenu de l’exposé que ce qu’ils souhaitaient entendre. A aucun moment il n’était question pour eux de poser en termes argumentés les raisons de fond qui font obstacle aujourd’hui à la mise en œuvre de l’article 163 consacré au CCME. A aucun moment ils n’ont soulevé la question de l’ineffectivité de la série d’articles qui posaient clairement le principe de la participation politique (Articles 16, 17,18) et de la représentation institutionnelle (Conseils et autres CA), y compris parlementaire, des MRE. Principes d’ailleurs affirmés par les discours royaux depuis novembre 2005.

Par contraste, les propos du Chef du gouvernement, qui sonnaient creux, ont été vite avalés et applaudis. Alors que ces propos sont le témoignage d’un reniement caractérisé et le signe flagrant de l’absence d’une volonté politique visant à donner corps et âme à des droits civiques, de surcroît constitutionnalisés, qui ont pour vocation de faire entrer les MRE dans la pleine citoyenneté et dans la légalité devant la marocanité.
Ce comportement laisse dubitatif. Il relève de la tartufferie. En effet, On cajole et on applaudit ceux qui dénient aux MRE des droits, qui renient leurs engagements politiques, qui ont le pouvoir de décision et on s’attaque à des personnes parce qu’elles représentent une institution qu’ils ne portent pas dans leur cœur.

Finalement la journée du 10 août, version Rabat, est une journée de dupes. Les MRE ont perdu ce jour plus qu’une bataille pour des droits constitutionnels.
Les chauffeurs de salles et consorts peuvent être fiers de leurs méfaits. Ils ont réussi à entretenir l’illusion que le populisme et le louvoiement valent plus que la sincérité. Ils ont bien manœuvré pour donner à la journée du 10 août une allure de combats de coqs et ainsi la faire sortir de ses rails, la déviant de ses objectifs et l’inscrivant dans des agendas politiques inavoués. A ce titre, ils portent, seuls, devant les MRE et devant le pays, la responsabilité de son échec.

Mohammed Mraizika
Chercheur en Sciences Sociales



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