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par Tony Kusmiran - CGNEWS - publié le Mercredi 3 Novembre à 10:57

Le temple et la mosquée

exemple silencieux de tolérance religieuse en Indonésie




Pontianak, Indonésie – Ces derniers mois, des accès de violence sont venus troubler la tolérance religieuse en Indonésie. Des groupes d’extrémistes musulmans ont commis des attentats contre des sectes minoritaires et la communauté chrétienne — avec la fermeture par la force d’églises et le saccage d'édifices religieux.



Tony Kusmiran
Tony Kusmiran
Réagissant à ces événements, le président Susilo Bambang Yudhoyono a souligné la nécessité de la tolérance religieuse, invitant ses compatriotes à adopter « la vraie philosophie du vivre ensemble » ; pendant ce temps, on le presse de toutes parts à poursuivre vigoureusement les extrémistes qui s’attaquent à des minorités religieuses ou ethniques.

Par tradition, l’Indonésie est une nation qui a connu un calme religieux relatif, la paix et la tolérance. C’étaient là les objectifs des fondateurs du pays. Pour l’essentiel, ils y avaient réussi : malgré sa diversité ethnique et religieuse, le pays n'avait guère connu de violence religieuse ou politique.

Le fait est que les expériences de coexistence pacifique, comme par exemple les relations entre les chrétiens dayak, les musulmans et la minorité chinoise de Sanggau, sont des exemples à suivre pour les autres régions du pays.

Sanggau est une ville reculée de l’est de la province du Kalimantan occidental. C’est là que fut fondé le parti Dayak, à l’époque de Soekarno, le premier président de l’Indonésie. Ce parti avait réussi, autrefois, à unifier les Dayak, la principale population de l’île de Kalimantan, connue aussi sous le nom de Bornéo.

Les chrétiens Dayak, tant catholiques que protestants, forment la majorité de la population de Sanggau. La minorité musulmane vit principalement dans les zones urbaines. Sanggau est encore plus diverse du point de vue de sa composition ethnique. La majorité est constituée par l’ethnie Dayak, tandis que les Malais et d’autres ethnies constituent des minorités importantes. Il y a encore plusieurs autres ethnies minoritaires : Chinois, Minang, Bugi, Javanais, Madourais, Soudanais. Dans toute cette diversité, les populations coexistent pacifiquement et vivent harmonieusement.

À Sanggau, les Chinois — qui s’identifient eux-mêmes comme catholiques, protestants ou confucéens — dominent l’économie. Beaucoup d’entre eux possèdent des boutiques dans le marché de la ville, et construisent dans ce marché le temple confucéen de Tri Dharma, géré par la Fondation Halcyon de Sanggau. C’est un bâtiment majestueux, sur les murs duquel deux gardes sculptés en tenue de combat assurent symboliquement la protection du temple.

Chose remarquable dans les environs : juste à côté du temple, il y a une mosquée, et pourtant les fidèles ne s’affrontent pas.

Selon Ahoh, négociant chinois de 60 ans qui travaille dans le marché, le temple existait bien avant la construction de la mosquée dans les années 70. “On ne s’est jamais dérangé les uns les autres, même si les gens peuvent trouver bizarre la présence d’une mosquée près d’un temple chinois“.

Il n’y a jamais eu de violence entre les deux populations. Le fait est que, même pendant le Ramadan, de nombreux restaurants et cafés chinois à côté de la mosquée restent ouverts, sans susciter cette violence militante qu’on peut voir dans d’autres régions de l’Indonésie à l’encontre des établissements qui ne ferment pas pendant le jeûne. Il y a même, à pas plus de 20 mètres de la mosquée, un restaurant où l’on peut manger du porc.

Ce qu’on voit au marché de cette petite ville éloignée de Sanggau est un bon exemple de la tolérance religieuse qui est la marque de l’esprit qui a présidé à la fondation de l’Indonésie.

Bien que la plupart des habitants de Sanggau n’aient probablement pas la moindre idée du discours par lequel, en Egypte, le président Barack Obama a cherché à réparer la cassure avec le monde musulman, leur pratique, dans le petit milieu de Sanggau, est bien dans l’esprit de ce qu’il déclarait alors : « Aussi longtemps que nos rapports se définiront par les différences qui nous séparent, nous ne ferons que conforter ceux qui sèment la haine et non la paix, ceux qui promeuvent le conflit plutôt que la coopération qui peut faire avancer toutes nos populations sur la voix de la justice et de la prospérité ».

Les gens de Sanggau se rendent bien compte qu’une coexistence pacifique vaut beaucoup mieux qu’un conflit. Fasse le Ciel que le bonheur de cette petite ville ne soit pas détruit par ceux qui ne comprennent pas la valeur de la paix.

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* Journaliste au mensuel Kalimantan Review, Tony Kusmiran mène actuellement à Sanggau un programme de communication fondé sur les communautés. 


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