Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Appel à renforcer le rôle des jeunes dans le suivi de l’Agenda 2030 à... | via @lemagMaroc https://t.co/CmCOvzqFM2 https://t.co/80Vlht9g1c



Karim Boukhari - publié le Vendredi 14 Septembre à 13:32

Le roi reprend la main




Abdelilah Benkirane est un Premier ministre qui parle. Ça nous change, comparé aux véritables carpes qu’auront été les Youssoufi, Filali, Jettou, Lamrani, El Fassi, etc. Tous ces chefs taiseux avaient réussi à dresser un mur de silence derrière lequel ils ont fini par disparaître corps et âme.



Le roi reprend la main
Le roi ne parlait pas, alors eux non plus, le silence devenant chez eux un mode de gouvernance et un exercice à part entière de la politique.

Benkirane, lui, casse cette logique de fer. Il parle. Il fait dans ce que les sociologues appellent le “signifiant”, manière savante de dire qu’il produit du sens. Et il n’arrête pas…

Le Premier ministre a expliqué à plusieurs reprises que la communication entre les proches du roi et lui n’était pas d’une fluidité exceptionnelle*. Il s’est plaint à demi-mots de ce que le roi ou ses conseillers le court-circuitent, lui, le Chef de gouvernement, pour donner des directives à ses ministres. Bien entendu, Benkirane ne nous apprend strictement rien, l’omniscience du roi, de ses proches et de ses conseillers, leur omnipotence et leur hégémonie aussi, étant un secret de polichinelle. Oui. Mais Benkirane parle pour nous le dire quand même, nous qui “savons” mais n’avons pas l’habitude de l’entendre dans la bouche d’un Premier ministre. Jusque-là, tout va bien, la prise de parole d’un Chef de gouvernement pouvant être assimilée à un début d’émancipation par rapport au joug du Palais…
 
Et puis tout se déglingue. Benkirane, qui parle décidément trop, se ravise très vite - quelqu’un lui a-t-il tiré les oreilles ? - et signe un ahurissant communiqué d’excuses, au roi et à ses conseillers, pour leur expliquer, et nous expliquer à nous aussi au passage, que ses propos ont été déformés. Et que tout va bien dans le meilleur des mondes. En substance, le Chef du gouvernement marocain adopte l’attitude de l’écolier devant son maître : “Je n’ai rien fait, rien dit, mais excusez-moi quand même !”.
 
Ce lamentable épisode qui a eu lieu durant l’été n’est qu’un avatar de la dépravation des mœurs politiques au Maroc. L’argument selon lequel le Chef du gouvernement “s’excuse” pour couper la route à ceux (mais qui ?) qui voudraient, soi-disant, installer une ligne de fritures dans ses rapports avec le roi, est bidon. En réalité, Benkirane fait de la politique en parlant là où ses prédécesseurs la faisaient en se taisant. Il n’est pas mieux loti qu’eux. Eux se réfugiaient dans le silence, lui dans le verbe. Et il est aussi démuni qu’eux en face de la surpuissance jamais démentie du roi et de ses représentants.
 
Si la réalité politique d’un pays est le strict reflet des rapports de force qui l’animent dans le présent, il y a de quoi s’inquiéter. La cause de la démocratie n’a pas avancé d’un pouce. Elle a même reculé. Et c’est manifeste. De la répression des manifestations de rue à la domestication des principales forces politiques, en passant par la multiplication des nominations en dehors du circuit gouvernemental (la dernière en date est celle de Driss Jettou, parachuté à la tête de la Cour des comptes à l’insu du gouvernement) et le retour à la tradition dans ses représentations les plus archaïques (dernier exemple en date, la Bey’a, dont le cérémonial pèse toujours des tonnes), le Palais reprend peu à peu ses vieilles habitudes. Les mauvaises. Celles d’avant le Printemps arabe. Celles de toujours.


Tagué : Karim Boukhari

               Partager Partager