Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Rachida Dati : Le Roi Mohammed VI écrit une nouvelle page de l'histoire du continent en... | via @lemagMaroc https://t.co/gFJFDynMFj



Carl E. Arkantz - publié le Mercredi 24 Octobre à 00:00

Le ridicule ne tue pas… La haine… Oui !




Carl E. Arkantz - La perspective d’un vote du Congrès pour la reconnaissance du génocide des Arméniens semblerait s’éloigner, de nombreux parlementaires américains hésitant à confirmer leur intention de confirmer leur engagement. Les raisons sont nombreuses.



Le chantage de la Turquie d'entraver la circulation du fret vers la base d'Incirlik qui sert au Pentagone pour la guerre en Irak comme les gesticulations d'Ankara contre les Kurdes du PKK et ses menaces d'intervention sur le territoire irakien effraient certains membres du Congrès.

Pourtant, par le passé, du temps de Saddam Hussein, Ankara ne s'était pas privée de bombarder des positions kurdes en Irak sans que personne n'y trouve rien à redire. Mais la donne a changé. L'Irak est désormais la chasse gardée de Washington, bien que Washington n'y garde pas grand chose si ce ne sont les puits de pétrole. La chasse, elle, est bien ouverte à défaut d'être gardée, et ce sont les Irakiens qui en font les frais, et tout autant sinon plus du fait de terroristes se revendiquant d'Al-Qaïda que des Américains et de leurs alliés. Si ces derniers ont ouvert la boîte de Pandore, ce sont hélas des islamistes vindicatifs qui crucifient d'autres musulmans. Les Américains sont sans doute condamnables d'avoir agi en dehors du droit international, et d'avoir provoqué le chaos. Il ne faut pas oublier néanmoins le régime dictatorial de Saddam Hussein, quand bien même le Rais a été le petit soldat de l'Occident dans la guerre contre l'Iran. Devenu trop encombrant, l'Occident aura préféré s'en débarrasser. Comme il s'est débarrassé du Shah d'Iran.

L'Iran ou l'Irak n'ont jamais été les alliés de la Turquie. Pour les prêcheurs de l'union islamique voilà une pierre dans leur jardin. La Turquie aura beau essayer de rameuter les pays musulmans autour de sa bannière, elle ne pourra leur faire oublier les années d'humiliation de son passé colonial sur la péninsule arabique, le Maghreb et les Balkans. L'Empire ottoman n'était-il pas concurrent de deux autres grands Empires qu'étaient la Russie et l'Autriche-Hongrie ? N'a-t-il pas usé de sa position pour avoir l'appui de la France ou de l'Empire britannique contre la Russie ? N'a-t-il pas bénéficié de l'aide et du soutien de l'Allemagne ?

Aujourd'hui, la Turquie, qui n'est que l'ombre de cet Empire mais continue à bâtir un rêve pantouranien, est devenue par nécessité l'allié des Etats-Unis, et réciproquement. D'abord, il fallait cantonner la menace soviétique ; désormais, il s'agit de contrer la menace terroriste. Le PKK fait partie de cette menace-là, si l'on en croit les Turcs, les Américains et l'Union européenne. Ce serait oublier que les Kurdes, qui ont aujourd'hui droit à leur terre et au respect de leur identité, ont été manipulés par le gouvernement Union et Progrès, dirigé par Talaat et Enver pour participer à l'extermination des Arméniens. Les Kurdes ont fait amende honorable en demandant le pardon aux Arméniens.

Ce geste-là la Turquie ne l'a pas fait. Elle continue non seulement à nier un crime qu'elle a endossé, mais elle continue à entretenir le mensonge en finançant de puissants lobbies pour tenter d'étouffer la vérité. On peut effacer des traces matérielles, travestir des documents et des archives. Les chancelleries européennes et américaines détiennent toutes les preuves du crime. Plus encore, les victimes et leurs descendants sont et demeurent cette mémoire ineffaçable. Dans la bouche de ces victimes le mot de turc avait une connotation d'effroi et d'horreur. Aujourd'hui, bien que le mot arménien est une insulte en Turquie, des intellectuels turcs vont à la rencontre des Arméniens et entretiennent avec eux cette mémoire afin d'essayer de tisser des liens de confiance, d'amitié et de respect. Il est utile d'en citer quelques-uns: Ohran Pamuk, prix Nobel de littérature 2006, Elif Shafak, écrivain, Ragip Zarakolu, éditeur, Taner Akçam, historien, Ali Ertem, Eren Keskin, militante des Droits de l'Homme. D'autres suivront, malgré les menaces, malgré la haine, malgré le meurtre. Hrant Dink a payé de sa vie son engagement pour la vérité et son désir de rapprochement entre Turcs et Arméniens.

Que m'importe les messages de mépris et les railleries ! Que m'importe de ne pas être aussi célèbre que Henri Kissinger… Que m'importe… tant que j'ai ma conscience pour moi.


Tagué : carl e. arkantz

               Partager Partager