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Omar Mahmoud Bendjelloun - publié le Lundi 10 Avril à 00:00

Le rêve de la jeunesse et l'instabilité de l'Histoire




Omar Mahmoud Bendjelloun - La démocratisation c'est l'intégration de la liberté et de la justice dans les relations politiques, économiques et sociales des jeunes avec le restant des hommes.



Le fait de saisir son destin en tant que classe, de combattre l'oppression avec courage ou de confirmer son attachement à l'évolution vers la démocratie, fut-il un acte d'ensemble issu d'une philosophie à utopie prononcée ou la réaction d'une jeunesse par rapport à un conformisme hérité d'une organisation sociale inadaptée au développement de la pensée? La jeunesse a répondu, durant ce siècle, par une spontanéité invitant l'observateur à élaborer différentes conclusions, ne pouvant éviter celle qui confirme que la nature, sinon le déterminisme, hisse les générations qui se lèvent au rang de conscience de l'humanité. Parmi les différentes interprétations, cet enthousiasme anti-conformiste s'est manifesté par l'action en faveur de la démocratie. Instituer la démocratie, c'est réussir le fait que les hommes puissent tracer eux-mêmes la règle commune de leur action conciliant la liberté et la loi, le mouvement et l'ordre.

C'est de faire en sorte que, malgré les tares d'une histoire non commune, d'une mémoire peu collective, de langues et de dialectes aussi bien divers qu'allogènes, les gens puissent croire en une loi commune, ne cherchant jamais dans une dictature une trêve et un lâche repos. Instaurer la démocratie, c'est proclamer que les citoyens auront assez de liberté d'esprit et d'espoir pour s'occuper de la chose commune. Et si cette démocratie voit le jour à travers les régimes qui nous ont réprimés, c'est que nous assurons le postulat de son adaptation aux conditions d'un monde qui se globalise au prix de ne point prendre en compte l'évolution parfois anormale des peuples. Oui, la démocratie est un grand acte de confiance et en même temps d'audace, de sacrifice et de courage. L'essai en était si audacieux que les jeunesses, il y a quelques décennies à peine, ont révolutionné le monde en écartant l'idée de la fin de l'Histoire. Que serait donc notre réalité sans le printemps de Prague, le 23 mars 65, la résistance palestinienne, la révolution cubaine, mai 68, la prise de Tienanmen à Pékin, la chute de l'Apartheid et j'en passe de ces moments où la jeunesse a influencé le cours de l'Histoire? Que serait le sens de l'universalisme et certainement de l'Humanité sans ces jeunes qui ont pris la Sorbonne, ont aboli le régime de Peter Botha, ces étudiants qui se sont opposés au centralisme chinois ou soviétique, ceux de l'UNFP qui ont contribué dans les années soixante à la création d'un Etat palestinien arabe et libre, malgré l'humiliation que connaît actuellement le monde arabe, aux côtés des jeunesses du FPLP?

Ce ne fut ni des rêves idylliques ni vains, mais une foi en la justice et peut-être le socialisme, issue d'une idée simple construite sur un sentiment d'injustice qu'on veut dép asser par ce que nous propose le contenu du modèle démocratique. La démocratisation de la nation, c'est l'intégration de la liberté et de la justice dans les relations politiques, économiques et sociales des jeunes avec le restant des hommes. La démocratisation est celle des institutions, mais aussi celle des entreprises, de l'emploi, de la production, de la propriété... La démocratisation se doit de devenir un processus qui intègre la jeunesse et prend en compte sa nature sociologique de classe. A un système qui divise par crainte que la jeunesse et le peuple libre développent une conscience dans ce sens, la coopération sociale des différentes classes, au-delà de leurs intérêts égoïstes, est une alternative solide, comme l'aurait compris Sartre en soutenant les étudiants de mai 68 ou encore les jeunesses ittihadiennes en soutenant la classe ouvrière lors de la structuration de la CDT. Des idées qui sont qualifiées d'audacieuses vu le conformisme régnant, et élaborées par des esprits libres qui doivent ébranler tant d'intérêts et d'habitud es en exigeant l'espérance socialiste avec courage. Celui-là même qui tend vers la construction des jeunes en ensemble, travailleurs, étudiants, cadres, philosophes ou chômeurs, unis face à l'exclusion qui s'exprime parfois dans la douleur et l'amertume comme le laisse véhiculer la situation de l'élite nationale face au Parlement ou encore le mouvement de la jeunesse française contre le CPE imposé par le gouvernement de droite qui s'est inspiré de la philosophie européenne de l'emploi suite à l'échec de la Constitution. Le courage, c'est d'aller à l'idéal en comprenant et en gérant le réel ; c'est de chercher la vérité et de la dire et ne pas subir la loi du mensonge triomphant. Le courage c'est d'exiger les formes et les manières qui assureront le passage de l'ordre existant à l'ordre nouveau. La «Low Cost Generation», comme nous définiraient certaines Organisations internationales, tombe dans le piège de la précarité en laissant la maîtrise de l'avenir à ceux qui perpétuent la gestion de particularismes matérialistes sans réelles influences sur le développement du commun ni la construction du durable. Une génération qu'on ne peut contraindre à l'exil, au fanatisme ou au suicide sachant que les enjeux et l'évolution de l'Humanité sont saisissables de par la logique. Une jeunesse qu'on ne peut lui imposer de s'autosatisfaire du carriérisme, de la consommation et du matérialisme économique. Une classe qui n'acceptera pas que le modèle unique à forte potentialité médiatique soit la seule source de progrès et de développement et que l'influence sur l'Histoire est une affaire de grands et de puissants.

 L'intégration de cette nouvelle génération de jeunes par des idées comme «l'ascenseur social» ou «le nouveau monde» comme seules sources d'utopie contribue au développement du fanatisme irrationnel voire de l'auto-destruction. Le rêve socialiste ayant transformé des sociétés, imposé la démocratisation de différentes corporations, institutions ou nations, reste l'alternative et ne peut être la cible de l'idéologie néo-libérale qui réduit le rêve à un instinct basique et quasi- animal éloigné de toute construction intellectuelle ou rationnelle. La jeunesse, exprimant les caractéristiques d'une classe homogène malgré les différences structurelles aux niveaux socio-économique et culturel, devrait agir dans l'union à l'instar des impératifs qu'affronte le prolétariat (notamment en col blanc) ou les mouvements de gauche. Le courage et l'audace étant les traits d'une jeunesse qui se lève malgré les conseils de prudence que nous donnent certaines déceptions, doivent permettre aux forces neuves de travailler à la construction dans la continuité, de la méthode, la démocratie et l'universel classe d'une génération solidaire. L'union des jeunes peut se faire dans le travail comme dans les lumières pouvant ains i lui procurer une gloire comparative à celle attribuée aux générations qui ont connu l'éloge de l'Histoire. Hommage donc aux jeunes contre l'impérialisme et la dictature, pour la démocratie et le progrès, pour leur résistance contre l'horreur ! Ce ne sont pas des rêves et des repères décevants ni affaiblissants, mais des revendications constituant un idéal justifié par l'Histoire.


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