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Abdesslam Idrissi - publié le Vendredi 7 Mars à 18:01

Le prédicateur du néant, un roman de plus de trois cents pages de Abdesslam Idrissi à paraître prochainement



Un roman qui ambitionne de présenter une analyse sociologique de la société marocaine avec des outils littéraires. En voici un extrait.



Mimoun, la sueur au front, appela le garçon qui était très sollicité pour nous servir. Je lui demandai un jus d’orange et Mimoun, tout en étant chagriné par l’histoire du petit Moh, en fit de même. Le café était plein de touristes et donnait directement sur le commissariat où Moh était détenu. Mimoun ne s’était pas aperçu de cette coïncidence malheureuse.

La table placée à notre droite était occupée par un groupe de touristes étrangers qui, tout en buvant leurs jus d’orange, attendaient impatiemment le commencement des spectacles à la grande place. Ils portaient tous des chapeaux pour se protéger du soleil. Un vieillard qui avait consommé son jus, fumait tranquillement sa pipe. Sa compagne, dans la force de l’âge, regardait les passants et les saluait en hochant la tête. Un autre touriste presque du même âge, se grattait le visage non rasé et des sortes d’écailles en tombaient. Un troisième, plus jeune, portant une chemise froissée et un bermuda, s’amusait à se gratter la tête pour en enlever les pellicules. Il avait des croûtes partout sur les cheveux. Quand il se frottait un coup et qu’il secouait la tête, des pellicules tombaient. Il avait aussi des lentes et pour les enlever, il utilisait un peigne fin avec un baume pour les décoller. Lorsqu'il passait le peigne, de minuscules confettis tombaient en neige sale sur le col de sa chemise et sur ses épaules. De grandes squames jaunâtres et grasses proliféraient sur l’ensemble de sa tête et il ne pouvait résister à l’envie de continuer à gratter les zones infestées pour se soulager. Sa compagne, d’une rare beauté, avait honte de ce comportement et le regardait d’un air mécontent pour l’inciter à s’arrêter. Le jeune homme ne comprenant pas son amie, continua à se gratter de plus belle. La jeune femme était dégoûtée et cracha sur le sol. Elle était si écœurée qu’elle renonça à boire le verre d’eau qu’elle portait à sa bouche pour se désaltérer.

A notre gauche, une table était occupée par un jeune couple de touristes qui discutaient paisiblement autour d’un thé à la menthe. Un cireur de chaussures les aborda pour leur proposer ses services, ce que l’homme, très élégant par ailleurs, accepta avec un grand sourire et lui confia ses chaussures pour les faire briller. Lorsque le cireur de chaussures eut finit, le monsieur, en seigneur, le remercia et lui donna cinquante dirhams. Le jeune cireur était tellement content de la générosité du monsieur qu’il a failli, en s’en allant, trébucher sur la marche de la chaussée. Les cafés de la grande place offraient ainsi des spectacles contrastés où sont mêlés, saleté et propreté, charité et avarice, honnêteté et cupidité, vertus et vices. Il y avait de tout.

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