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Ali Noer Zaman - CGNews - publié le Mardi 28 Août à 12:49

Le pluralisme religieux raffermit la foi des croyants




Ali Noer Zaman - Tout ce qui est religieux en Indonésie aujourd'hui bruit du débat sur le pluralisme.



Les détracteurs de la théologie pluraliste, comme l'Indonesian Ulama Council (MUI), estiment que celle-ci est nuisible pour les fondements de la théologie islamique, dans la mesure où elle récuse le principe de l'existence d'une religion suprême, toutes les autres étant apocryphes. La fatwa (avis juridique religieux) de 2005, qui prescrit l'abolition de la théologie pluraliste, a éveillé la communauté musulmane aux dangers du pluralisme religieux. Cette fatwa, loin d'apaiser le débat, n'a fait qu'attiser la controverse.

Adian Husaini, du Conseil indonésien pour la propagation de l'islam (Dewan Dakwah Islamiyah Indonésie, ou DDII), représente une autre tendance qui recommande elle aussi l'abandon de la théologie pluraliste. Pour le Conseil, cette théorie pourrait conduire les musulmans à relativiser l'islam. Certains craignent qu'elle n'entraîne les musulmans à se convertir, à accepter, voire à adopter certaines pratiques religieuses étrangères, à participer à des prières communes ou à célébrer les fêtes religieuses d'autres confessions.

Le pluralisme religieux est une donnée propre à l'espèce humaine. Tout au long de l'histoire, de multiples religions se sont côtoyées. Les fondateurs des religions et leurs adeptes, tout en reconnaissant l'existence d'autres confessions, ne disposaient que de leur propre expérience pour donner des conseils sur les relations interconfessionnelles. Le plus souvent, la description historique de ces relations n'était formalisée qu'après des années de transmission orale et toujours sujette à des modifications. Dans la plupart des textes sacrés, ces récits d'interactions conflictuelles avec les gens d'autres confessions peuvent facilement être mal compris et interprétés comme une invite à l'anti-pluralisme.

Il est temps que ces paradigmes changent. L'accélération de la mobilité démographique place les adeptes de religions diverses en contact social les uns avec les autres dans des contextes différents – éducation, affaires etc. Des communautés multiculturelles existent dans toutes les grandes villes de la planète. De nos jours, les moyens d'information et les technologies de l'information conviviales permettent à chacun d'entrer en contact avec des correspondants d'autres religions grâce à des échanges écrits fondés sur l'empathie et le dialogue interreligieux.

Pour Paul F. Knitter, théologien catholique américain, des enseignements religieux différents et des pratiques religieuses différentes peuvent être considérées comme un fonds où nous puisons un enrichissement au dialogue et à notre propre vécu religieux. Toutes les religions peuvent maintenir ou approfondir leur intégrité propre par des rencontres avec d'autres confessions. Cependant, pour que cet idéal se concrétise, il faut pouvoir se dégager des anciens modèles de pensée religieuse. Ainsi, s'agissant du christianisme, Jésus est divin et sauveur du monde. Dans un contexte mondial, pourtant, il n'est pas le seul Dieu et sauveur, parce que Dieu a inspiré d'autres communautés aussi.

Les musulmans aussi doivent suivre une démarche semblable. Ils ne doivent pas considérer le Coran comme la seule révélation, unique détentrice, en matière religieuse, de la vérité absolue. Alors que l'être humain n'est qu'un infime interprète, Dieu est une entité infinie, dotée d'une sagesse infinie, insondable pour l'esprit humain. Ce que les humains reçoivent de Dieu n'est qu'une réduction de sa parole, transposée dans un langage socioculturel immanent propre à chaque individu et qui n'est pas le même pour tous. Il existe des révélations autres que le Coran, ce que confirme le Coran lui-même. Les messages du Coran, de la Bible et des védas, pour ne citer que certains textes sacrés, tous adressés à l'humanité tout entière, visent à instaurer la prospérité spirituelle et la paix pour tous. En d'autres termes, leur but n'est pas de convertir d'autres croyants, contrairement à ce qu'on a tenté de faire pendant des siècles.

Il faut que la conversion devienne un problème personnel, qui ne dépend que de considérations d'ordre social, culturel et individuel propre à l'intéressé. Au lieu qu'il soit interdit aux fidèles de quitter leur religion, il faudrait leur laisser à eux seuls le choix de la conversion.

Selon John Hick, théologien et philosophe des religions britannique, la théologie pluraliste s'efforce de comprendre que les différentes confessions sont la réponse et la perception de chaque communauté à la matérialisation de Dieu. La théologie pluraliste veut que le regard religieux, au-delà de la culture de la simple tradition, parvienne jusqu'à la vision de Dieu, source de toute foi.

Cela étant posé, nous ne devons pas juger la foi d'autrui à partir de nos propres repères religieux, mais à partir d'un regard universel. Cette démarche n'exige pas du croyant qu'il renonce aux enseignements de sa propre tradition. Ce qui doit changer, c'est le regard que chacun va porter sur la tradition d'autrui. La théologie pluraliste ne cherche en rien à affaiblir la foi des croyants; elle cherche en fait à l'affermir.

Par la diversité des religions, Dieu nous a montré qu'il répand sa grâce sans préférence. La théologie pluraliste est un don qui nous permet ne n'exercer aucune discrimination contre nos semblables en raison de leurs convictions religieuses. Dans cette configuration, chaque homme de foi a la même chance de gagner son salut. La théologie pluraliste est donc totalement étrangère aux théories du complot que répandent certains groupes, dont le DDII, qui croient en l'existence d'efforts concertés visant à conquérir des adeptes de leur confession.

La théologie pluraliste doit être favorisée et protégée. Elle ne doit pas être abolie.

* Ali Noer Zaman, écrivain, est spécialiste des questions socio-religieuses.



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