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Ayoub El Mouzaïne - publié le Vendredi 14 Août à 16:07

Le petit bar

(extrait)






Demain, je sors. Demain ou après-demain, si j’ai le temps. Il ne reste dans la cuisine qu’un peu de fromage, un vieux morceau de pain, deux bouteilles de vin d’Alsace, un litre d’huile d’olive pour la gorge et sept bouteilles de bière pour le petit-déjeuner.

Avant de sortir, il faudra que je passe un moment devant le miroir pour vérifier l’état de mes muscles, voir dans mon reflet l’image de leur relâchement, m’assurer que je suis prêt pour l’action et le combat et que mon esprit est parfaitement clair et pur. Toujours aussi maigre. Le corps et l’esprit ne se font aucun écho. Dehors, c’est la guerre. Si elle a continué de sévir, les gens auront changé, ils auront été amputés de la main et du pied opposés, se seront fait crever les yeux par l’iris, ou alors leurs oreilles se seront allongées et il leur aura poussé des cornes en spirale. Ils me prendront pour une créature sans intérêt, disparue il ya vingt-cinq ans et qui n’a pas évolué depuis.

Comment peut-on changer ? En faisant les boutiques et les galeries, en écrivant des chants funèbres pour les vaincus dans les allées des cimetières ? C’est tout ? A qui céder la place avec tous ces cadavres de verre, ces papiers et ces photos : les résumés d’Être et temps, mon relevé de compte, les documents à fournir pour la naturalisation ; autour du lit, une reproduction du Voyageur contemplant une mer de nuages, des figures de serpents et de poissons géants des fonds marins, barrées par ses jambes étendues contre le mur comme deux bonnes bouteilles mises de côté par le désespéré pour son dernier repas. Je ne sortirai pas ce soir, je me mettrai au bureau et je finirai l’alcool de la maison en pensant à elle. Deux bouteilles dans la cuisine, cent au moins dans l’armoire, avec les vêtements et les livres. Je les aurai finies demain ou après-demain. Demain, quand j’aurai tout bu et que je me réveillerai, je relirai les lettres. Puis je me lèverai pour boire de nouveau, pendant que les gens normaux et les évolués iront vaquer à leurs affaires en lisant les nouvelles du Sud dans le métro.



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