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Mohamed SIHADDOU - Ingénieur en Télédétection - Toulouse - publié le Mardi 1 Novembre à 00:51

Le mirage européen et le malheur africain




Mohamed SIHADDOU - Ce n’est pas seulement la plaque africaine qui entre en collision avec la plaque eurasienne mais aussi la misère africaine avec la prospérité européenne. Ce ne sont pas seulement les espèces tropicales qui envahissent les zones tempérées à cause du changement climatique mais aussi les êtres humains qui veulent échapper aux famines, aux maladies et aux sécheresses engendrées par cet effet climatique qui alarme les scientifiques.



Derrière les murs de barbelés dressés sur les terres marocaines, les médias européens, ou plutôt les médias hypocrites se transforment en donneurs de leçons barricadés dans une Europe forteresse. Les critiques fusent contre le Maroc pour sa gestion de l’immigration clandestine et la propagation de l’idée d’une invasion africaine fait rage dans la presse européenne, comme si la population africaine entière menaçait la sécurité et la prospérité de l’Europe.

Les derniers évènements de l’assaut des clôtures de la honte de Ceuta et Melilla par les Subsahariens ont entraîné une spirale de rebondissements politico-médiatiques et des accusations sévères des ONG: des images, des analyses et des critiques vives contre le Maroc. Les télévisions européennes passent en boucle les images d'africains errant dans le désert et la presse européenne se déchaîne contre le Maroc. Le traitement médiatique de ces évènements tragiques par les Européens dénote clairement que l'Europe cherche à se dérober. Cette volte-face des européens qui veulent faire de l'humanitaire hypocrite chez le voisin du sud vise simplement à jeter l’opprobre sur l’autre pour se déculpabiliser.

Et au bout du compte, c’est le Maroc qui se trouve tout seul face à un problème humanitaire de grande ampleur et son image est sérieusement écornée. La Maroc est accusé à tort et à travers par les organisations humanitaires pour sa gestion maladroite de l’immigration clandestine. Le Polisario, poussé par ses maîtres à penser d’Alger qui profitent de l’occasion au mépris de toute considération humanitaire, entre en ligne médiatique pour amplifier encore plus les accusations contre le Maroc.

Un coup très dur porté au Maroc, victime au même titre que les pays africains d’une certaine politique européenne. Mais les Européens, principaux responsables de cette tragédie humaine, comme d’habitude, se hissent en donneur de leçons et déversent des larmes de crocodile sur le malheur des africains. La réalité c’est que l’Europe ne veut pas d’une immigration non-sélective et fait subir au Maroc les conséquences d’une politique répressive par laquelle elle a choisi de traiter cette question. En somme, le Maroc est pris entre une Europe riche qui se verrouille et une Afrique pauvre qui s’éclate. De ce fait, il subit une double pression, celle de l’afflux massif des Subsahariens sur son territoire et celle de l’Europe qui le tient responsable de la sécurité de ses frontières.

Aujourd’hui, ces images insoutenables posent des interrogations non seulement sur les politiques européennes en matière d’immigration mais également sur les politiques générales des pays du Nord envers les pays du Sud. L’immigration n’est, en fait, ni un choix libre des africains, ni la faute d’une Afrique pauvre, mais l’une des conséquences tragiques de l’histoire humaine et de l’injustice de l’ordre économique mondial envers les pays du Sud.

L’Europe projette au loin un mirage de prospérité, de liberté et de droit de l‘homme qui fait rêver tant d’africains. Le drame des Subsahariens qui tentent d’atteindre ce mirage lointain a mis en lumière le fossé qui sépare cette Europe chimère, riche et égoïste de l’Afrique pure, pauvre et généreuse qui encaisse l’injustice de la mondialisation et qui subit depuis toujours les malheurs de l’humanité: de l’esclavagisme au colonialisme, de l’apartheid au racisme, et du pillage systématique des ressources naturelles par les puissances coloniales à leur surexploitation systématique par les multinationales.

Comment, face à ces évènements dramatiques de l’immigration subsaharienne, ne pas se rappeler de l’époque de l’esclavagisme, du colonialisme et de l'apartheid, autant de crimes contre l'humanité endurés par les populations du continent africain. Ces populations continuent encore aujourd’hui d'être victimes des mêmes politiques et des mêmes pratiques des esclavagistes et des colonialistes de jadis. Comment ignorer que le drame de l’immigration des Subsahariens n’est qu’un degré de plus dans l’horreur et les crimes contre l’humanité que subit l’Afrique depuis toujours, alors qu’au cours de ces dernières années des milliers d’africains sont morts de soif dans le désert du Sahara et par noyade en mer Méditerranée.
Si la traite transatlantique des esclaves africains était une tragédie unique dans l'histoire de l'humanité, l’immigration à travers la Méditerranée produit depuis un certains temps la même tragédie. L’esclavagisme et le colonialisme ont provoqué le plus important déplacement forcé des populations africaines de toute l'histoire de l’humanité et ont causé la mort de millions d'africains pendant les conquêtes des Amériques et les deux guerres mondiales. L’immigration à travers la Méditerranée continue aujourd'hui de produire les mêmes images de souffrance des africains de jadis. Ces hommes et ces femmes qui veulent atteindre ce semblant d’eldorado européen fuient un continent ravagé par les guerres, les maladies, les sécheresses et les dictatures maintenues au pouvoir pour garantir les intérêts des puissances occidentales et les profits des multinationales.
Hier comme aujourd’hui, qu’il s’agisse de la traite négrière ou de l’esclavage des temps modernes, le capitalisme sauvage fait le tri dans des camps sur le sol européen ou délocalisés, prélève dans les pays d’origine ceux qui répondent le mieux à ses besoins. Hier, on enlevait les forces physiques d’Afrique et aujourd’hui on y sélectionne les forces vives. La politique de l’immigration sélective est en bonne marche dans plusieurs pays occidentaux (Allemagne, Canada, Etats-Unis…). Cette politique machiavélique issue du libéralisme sauvage va pénaliser encore plus l’Afrique dans son développement en la privant de ses cerveaux, de ses médecins, de ses infirmiers, de ses ingénieurs, de ses informaticiens…
L'Afrique est balkanisée pour satisfaire aux exigences de la division du travail, des géostratégies des puissances occidentales et des monopoles exclusifs des multinationales pour l’exploitation des ressources naturelles. Le développement de l'Afrique est entravé au travers des politiques néo-coloniales et des pratiques économiques néo-libérales qui se résument ainsi: le pillage de ses ressources naturelles par les multinationales et l'épuisement de ses ressources financières par les organismes bancaires internationaux au travers des dettes à l’infini. Les pays africains sont sommés par le FMI et la Banque Mondiale de pratiquer les politiques d’ajustement structurel et d’austérité qui enfoncent encore plus leurs peuples dans la misère; ces pays africains subissent sans cesse les pressions des organismes internationaux pour le remboursement des dettes déjà largement remboursées par le pillage et les profits tirés par les multinationales des ressources naturelles africaines. Quel cercle vicieux !
Tout le monde est conscient que les politiques des puissances occidentales entretenues par les exécutants locaux et les sous-traitants internationaux sont à l'origine du sous-développement dont souffre l'Afrique encore aujourd'hui: les marchands d’armes qui alimentent des crises permanentes, les multinationales qui pillent les ressources naturelles sans relâche et les spéculateurs qui fixent les prix des ressources africaines (cacao, café, bois, or, diamant, pétrole…) dans des bourses lointaines situées dans de grandes capitales européennes et américaines (Londres, New York, Bruxelles, Amsterdam…).
Les puissances coloniales se sont injustement enrichies aux dépens des sociétés et des ressources africaines. L’Europe, qui a exploité les richesses humaines et naturelles de l’Afrique tout au long des siècles derniers, est moralement redevable à ce continent. Le réveil des consciences exige des anciens esclavagistes et colonialistes la réparation équitable et l’indemnisation des africains pour les injustices et les préjudices subis, et cela en participant au développement de ces pays qu’ils ont crée de toute pièce.
Une autre Afrique libre et prospère, dont ses ressortissants sans visas vont et viennent aussi librement que les Européens, est possible par l’application vigoureuse et stricte des conventions et des accords internationaux. Il faut reconnaître le droit des africains à quitter leurs pays, à franchir les frontières, à circuler et à s’installer librement; autant de droits reconnus dans la déclaration universelle des droits de l’Homme et dans les conventions internationales mais bafoués chaque jour. Enfin, espérons qu’un jour les pays africains pourront disposer de leurs ressources et décider de leurs politiques sans l’ingérence des grandes puissances, ni des multinationales.


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