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Mohammed MRAIZIKA - publié le Lundi 28 Septembre à 15:27

Le migrant et l’humain. "Cry for Love" et "Homo Naledi"






Mohammed MRAIZIKA
Mohammed MRAIZIKA
Poussé par un instinct de survie, inassouvi dans sa propre patrie, le migrant s’en va s’incruster dans des paysages et des territoires inconnus et pénètre ainsi la quiétude de leurs occupants par effraction. Il y suscite la crainte et peu de compassion. Il dérange plus qu’il ne rassure. On exhibe sa dangerosité sur l’identité, sur la sécurité, et on ne révèle que les aspects les plus déviants de sa personnalité, excepté sa qualité d’humain. C’est à la fois Cerbère et Chimère, c’est le Minotaure, ces monstres de la mythologie grecque bien ancrée dans l’imaginaire occidental. 

En s’imposant de la sorte, par effraction et massivement, le migrant impose à la vieille Europe un dilemme cornélien : reconnaître son humanité, et donc lui apporter aide et assistance, ou le déshumaniser, pour mieux restreindre sa liberté de mouvement et tuer son espérance. A Berlin on chante "Cry for Love", partout on pleure la mort de l’enfant syrien, mais dans l’espace Schengen on dresse des barrières de fils de fer et on produit des lois restrictives et inhumaines. 

Le chemin que l’espèce humaine a parcouru de l’« Homo Naledi » (découverte archéologique, près de Johannesburg) à "Cry for Love" (chant antinazi) est en effet long, épineux et incertain. La courbe de l’évolution de cette espèce est instable. Aux pointes de progrès et de civilisations se succédèrent des descentes aux enfers (guerres, génocides, tueries et destructions…), toujours par le fait de l’homme.

Évidemment, dans l’absolu, l’espèce humaine partage des « spécificités » qui la distinguent de l’espèce animale. Mais, par-delà, l’homme a prouvé qu’il était capable de se transformer en animal féroce pour ses semblables. Il peut même, sous couvert de la science, devenir un pourfendeur acharné du genre humain. 

Avant même l'arrivée d’Hitler et du Parti Nazi au pouvoir des courants de pensée ethnocentristes et eugénistes (« l’enfant parfait », la « race pure ») ont légitimé, scientifiquement, l’impensable. Ils ont renié jusqu’à la qualité d’Homme à des groupes humains en raison de leur origine et la couleur de leur peau. Le culturalisme a refusé, à des fins de domination et de colonialisme, jusqu’au « statut d’humain » à des peuples en raison de leurs pratiques et traditions culturelles. 

C’est cette conception, réductrice et exclusive, de l’humain et cette approche prétendument scientifique qui nourrissent aujourd’hui les extrémistes, les xénophobes et les populistes de tous bords : de Jobbik (Hongrie) au Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, Pays Bas) en passant par le Front National (France), Le NPD (Parti National Démocratique Allemand) ou encore Le British National Party (BNP, Parti National Britannique). 

Ce sont ces groupuscules extrémistes européens, promoteurs des thèses eugénistes et culturalistes, qui sont aujourd’hui en premières lignes contre l’accueil des migrants. Ce sont leurs idées xénophobes et islamophobes qui alimentent les débats et ce sont leurs scores électoraux qui influent sur le jeu, les décisions et les calculs politiques. 
Et ce n’est pas faute d’avoir essayé de les combattre. Mais « chassez le naturel il revient au galop »…

Près de Johannesburg (Afrique du Sud), une équipe de chercheurs de l’Université de Witwatersrand vient de faire une découverte scientifique « inestimable » qui rappelle ce que le genre humain a en commun : un ancêtre. Cette découverte (Grottes de Rising Star), d’un « Homo Naledi » avec « un cerveau de la taille d’une orange, petit mais costaud », apporte un démenti absolu à leurs idées et thèses ethnocentristes. 

A Berlin, le groupe Punk les « Docteurs » (Die Ärtze), ressuscite un chant antinazi, "Cry for Love", de 1993, et en fait un Hymne repris par les Berlinois en l’honneur des réfugiés. Mais, près de Munich, à Dachau, c’est l’annexe d’un ancien camp de concentration nazi qui est proposée aux réfugiés comme lieu d’accueil. En Hongrie, à Roszke, une journaliste (de la chaîne N1TV), Petra Laszo, nostalgique de l’époque nazie, les idées du parti extrémiste « Jobbik » en bandoulière, s’amuse gaiement à faire des croche-pieds à des migrants malmenés par des policiers à la matraque facile. 

A Londres, au pays de Thomas Hobbs (1588-1679) et de John Locke (1632-1704), du bord de la Tamise, du Palais de Westminster, le fameux Big Ben (Clock Tower), imperturbable, continue à sonner les heures. Mais vaine attitude et inutile indifférence. Ni la "sécurisation" renforcée du port, des plateformes et du terminal de Calais, ni les 4,7 millions d'euros débloqués par Londres pour l’installation des barricades et de fils barbelés, n’entameront la volonté de ces milliers de migrants qui tentent la traversée de la Manche.

En France, l’extrême droite (FN) agite le même chiffon rouge, qui a fait son bonheur électoral, pour attiser la peur du migrant. Sa présidente évoque la «submersion migratoire » et glose sur la menace « islamiste » et les risques de l’immigration sur l’identité nationale. A Paris, la droite et la gauche parlementaires, minées par leurs divisions internes, les yeux rivés sur les régionales et 2017, s’ingénient à vendre l’hypothèse de la présence de «terroristes de Daesh » parmi les réfugiés et à s’activent pour dénigrer la décision de la Chancelière Allemande de les accueillir sur son sol.

Du côté du Golfe et des pays arabes ?  « Tout va très bien Madame la Marquise ». Silence assourdissant et indifférence coupable. Visiblement, « ces gens-là » (J.Brel) n’ont cure du sort de ces migrants rejetés par l’Europe comme des pestiférés, et humiliés devant la face du monde. Ces « gens-là » n’ont cure de la situation de ceux (plus de 4 millions) qui croupissent dans leur voisinage, dans les camps de réfugiés installés au Liban, en Turquie et en Jordanie, où tout est désolation et misère. 

L’aide et l’espoir (Des fonds pour ces 3 pays et pour le Programme alimentaire mondial) que peuvent espérer aujourd’hui ces déplacés et ces persécutés, viendront surtout du Nord, du côté de Bruxelles. 
Lorsque le philosophe adressa cette supplique à qui de droit : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !" (Citation attribuée à Voltaire, 1694-1778), il avait certainement de bonnes raisons de le faire. A méditer. 
   
Mohammed MRAIZIKA (docteur en Sciences Sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle)



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