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Abdellah Tourabi - publié le Samedi 9 Juin à 21:42

Le faux courage de Benkirane




Au milieu du 13ème siècle, et après avoir ravagé l’Irak et la Syrie, la redoutable armée mongole était aux portes de l’Egypte. Sayf-eddine Qutuz, sultan d’Egypte, a réuni alors ses ministres et ses officiers pour préparer une guerre difficile et périlleuse. Mais les coffres de l’Etat étaient vides et l’argent disponible était insuffisant pour équiper une armée capable de faire pièce au puissant ennemi.



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Pour renflouer les caisses, il fallait donc augmenter les impôts et créer des taxes supplémentaires, chose impossible sans une fatwa, un avis des oulémas qui l’autorise. Le prince s’adressa alors à la plus grande autorité religieuse de son temps, le Cheikh Ibn Abdessalam, pour lui fournir la permission d’imposer de nouvelles taxes et lever les fonds nécessaires au Jihad.

Le cheikh Ibn Abdessalam, surnommé « le sultan des oulémas », émettra alors une fatwa célèbre, d’un courage inédit.  Selon cette fatwa, en cas de nécessité ou de guerre, le prince peut augmenter les impôts et demander une contribution au peuple, mais à condition que le prince lui-même, ses ministres, ses officiers et les riches du pays rendent tous leurs biens à l’Etat et se mettent au même niveau d’effort et de sacrifice demandé aux gens. Les livres d’Histoire racontent que le sultan Qutuz a accepté l’avis du Cheikh Ibn Abdessalam, en ne gardant que son cheval et son épée pour mener une guerre victorieuse contre l’ennemi mongole, définitivement battu lors de la bataille d’Ain Jalout en 1260. 
 
 
Cette histoire pourrait bien être utile à Abdelillah Benkirane, au moment où son gouvernement et lui ne cessent de parler de crise, d’effort et de sacrifice. D’autant plus que Benkirane connait bien le Cheikh Ibn Abdessalam pour l’avoir fréquemment cité dans ses écrits et discours pendant les années 80, du temps où le PJD n’était qu’une petite association contestataire.
 
Quand le Chef du gouvernement dresse un constat pessimiste, mais réaliste, de l’état des finances publiques et notamment de la caisse de compensation, il a bien raison de le faire et il faut le saluer pour cela. Benkirane agit alors en homme d’Etat responsable et honnête, qui ne flatte pas ses électeurs et ne les berne pas avec un discours et des mesures populistes qui éclateront comme une baudruche le jour où le Maroc sera réellement en état de faillite. Sur cela, rendons au Chef du gouvernement ce que lui est dû.
Sauf que le courage de Benkirane, quand on creuse un peu, est un faux courage. Il relève plutôt de l’audace de ceux qui sont fermes avec les faibles et laxistes avec les puissants. Il s’agit chez Benkirane d’interpeller les petites gens qui ne peuvent pas répondre, et se taire honteusement quand il faut s’adresser aux privilégiés capables de rétorquer et de réagir. L’effort et le sacrifice selon Benkirane sont exigés de ceux qui s’y résignent tous les jours : les démunis qui végètent et survivent, et les classes moyennes fragiles qui suffoquent sous le faix des crédits. A aucun moment, le Chef du gouvernement ne pipe mot sur une taxation juste et légitime des riches, sur les généreux cadeaux fiscaux prodigués aux groupes immobiliers ou sur les exonérations dont profitent les grands fermiers et riches exploitants agricoles. Car comment demander aux gens de croire à une crise, à une menace de faillite de l’Etat, quand ils voient devant eux un étalage indécent et obscène des richesses ? Comment convaincre les pauvres et les classes moyennes d’envisager des restrictions et des privations quand ils lisent dans la presse les fastes du mariage d'un tel où les lubies luxueuses d'un autre? Comment expliquer à un ouvrier ou à une femme de ménage, rémunérés au SMIC, que leur sacrifice est nécessaire et a un sens quand ils savent qu'un entraineur de foot gagne en un an ce qu'ils toucheraient après plus de 700 ans de labeur? Il ne s'agit aucunement de populisme ou de démagogie, mais de questions imposées par  la situation des inégalités et la justice sociale au Maroc. 
 
 
Le sens profond de la fatwa du Cheikh Ibn Abdessalam, c’est aussi le devoir d’exemplarité des gouvernants. Quand on exige  des efforts aux gens, il faut en être avant tout le modèle, l’incarnation et le symbole. Quand on s’adresse au peuple, en lui demandant de se serrer la ceinture, d’accepter des hausses de prix, de se préparer à une grande crise, il faut donner l’exemple par soi-même et par les siens. A son arrivée au pouvoir, François Hollande a diminué de 30% son salaire et ceux de ses ministres, car il voulait incarner le modèle du Président soucieux des finances d’un Etat en crise. Il  n’a pas argué alors de ce pathétique raisonnement liant le prestige des ministres à leurs salaires, comme l’a fait Benkirane.  Car la politique c’est aussi, et surtout, des symboles, des gestes qui entrainent l’adhésion et l’enthousiasme, une conduite cohérente qui ne laisse pas les gens dans le doute ou le scepticisme. Or, le discours de Benkirane laisse un goût amer, celui de l'incohérence, de l'impuissance et de la distinction entre ceux qui sont destinés à raquer et à subir et les autres, éternels nantis, caste de privilèges et de profits.



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