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Zakaria Abouddahab - lematin - publié le Vendredi 11 Février à 07:47

Le fardeau «polisarien», l'Algérie et l'autodétermination interne




L'observateur a des raisons aujourd'hui de se demander si l'agitation sociale en Afrique du nord cessera ou continuera à entraîner dans son sillage plusieurs régimes maghrébins ? Le monde d'aujourd'hui, de par la porosité des frontières, l'augmentation des risques transnationaux, la rapidité de propagation des crises et l'effet d'entraînement que cette agitation peut engendrer ou le développement spectaculaire des technologies de l'information et de la communication, érode les souverainetés étatiques traditionnelles et ébranle les modes classiques de gouvernance. Aucun pays n'est à l'abri, même ceux qui comptent parmi les nations démocratiques.



Le fardeau «polisarien», l'Algérie et l'autodétermination interne
L'envolée des prix des produits alimentaires de base, élément déclencheur de la contestation sociale actuelle, trouve sa racine dans la libéralisation progressive des échanges agricoles. Mais d'autres facteurs peuvent l'expliquer : augmentation du prix du pétrole et donc du prix des intrants agricoles, conséquence de la crise financière et économique mondiale, rétrécissement des marges d'exportation dû à la contraction des marchés, entrée en scène de la Chine à la suite de son accession-réintégration à l'OMC en 2001 ou caractère euro-centré des exportations des économies maghrébines. En somme, les forces profondes de la mondialisation rendent malléables les économies ; d'où la nécessité de mettre en place des filets sociaux et d'instaurer des réformes continues et pérennes. La capacité d'un pays à faire face aux pressions concurrentielles s'apprécie à l'aune de plusieurs paramètres d'ordre politique, économique, social ou institutionnel.

Le Maroc présente certainement une singularité par rapport à certains autres pays nord-africains, secoués, comme chacun sait, par une tornade sociale sans précédent. Les causes en sont multiples, tenant aussi bien à des facteurs externes qu'à des logiques d'ordre interne. Toutefois, sur le plan politique, le Maroc a mis en œuvre des réformes que les pays de la région, Égypte comprise, n'ont pas réalisées.
Les leçons de l'histoire du Royaume ont fait que celui-ci n'a jamais sombré dans le chaos. Le Maroc a donc anticipé, à travers des réformes politiques et institutionnelles pro-actives, toute implosion politique généralisée. Que l'on cite la création de deux chambres au Parlement à la suite de l'amendement constitutionnel de 1996, la création du Conseil consultatif des droits de l'Homme en 1990, l'inclusion de l'opposition dans la normalité politique en 1998, inaugurant, pour la première fois dans le monde arabe, l'alternance politique consensuelle, la mise en place de l'Instance équité et réconciliation (IER) en 2004 et l'apurement du passé des violations des droits de l'Homme par le biais de la justice transitionnelle ou l'institutionnalisation du dialogue social. Ces réformes ont donc permis de mettre en place des garde-fous à même de moduler la contestation sociale et de filtrer les demandes y afférentes.

Elles ont été renforcées par le lancement de chantiers sociaux destinés à résorber le déficit social : lancement de l'Initiative nationale pour le développement humain, la lutte contre l'analphabétisme, la généralisation de l'Assurance maladie obligatoire ou le réaménagement du Code du travail. Le Maroc agit donc par incrémentalisme et ses dirigeants réagissent, le moment opportun, aux nouvelles demandes sociales exprimées. De même, sa politique régionale a été toujours marquée par la promotion des valeurs intégratives au détriment du séparatisme et de l'effritement. Néanmoins, parfois, des événements échappent au contrôle ou à l'anticipation : événements de Fès de 1990, attentats terroristes de Casablanca de 2003 ou événements de Laâyoune de novembre 2010.

Concernant ces derniers événements, toutefois, plusieurs indices révèlent l'implication d'éléments «polisariens» dans ces troubles. Or ces éléments, on le sait, n'agissent pas seuls et leur connexion avec les services secrets algériens est une hypothèse vraisemblable.
Le Maghreb vit en ce moment une agitation sociale assez particulière. De nouveaux moyens de protestation on fait leur apparition (immolation). L'ampleur des événements en Tunisie, ayant précipité la chute du régime de Ben Ali, est toutefois sans précédent. Que dire de l'Algérie qui, tout en étant en proie aux mêmes convulsions sociales, continue à s'enfermer dans une logique stratocratique insensible aux revendications sociales ? En dépit de rentrées de devises exceptionnelles, portant les réserves monétaires à environ 60 milliards de dollars, l'Algérie ne parvient pas à contenir le mécontentement social.
D'ailleurs, le rapport annuel de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme a mis en exergue moult insuffisances et des manquements graves, dont la corruption et les disparitions forcées. Mais ces handicaps ne tiennent pas seulement à des considérations de pure politique interne. Elles sont aussi la conséquence du soutien inconditionnel qu'apporte Alger aux séparatistes du Polisario.

Les fonds acheminés vers les camps de Tindouf gagneraient à être déversés aux jeunes Algériens qui souffrent du chômage et de l'oisiveté, constituant de la sorte une bombe à retardement. En outre, cette posture de l'État algérien, traduite entre autres par la fermeture unilatérale des frontières terrestres avec le Maroc depuis 1994, sape les initiatives régionales à même de libérer le potentiel intégrateur du Maghreb et, partant, de créer des possibilités supplémentaires pour l'emploi, de générer des taux additionnels de croissance et de drainer plus d'investissements directs étrangers profitables à toute la région. Au fond, que récolte l'Algérie, en termes de dividendes stratégiques, à la suite de son soutien au Polisario durant plus de trente-cinq ans ?

Le jeu est à somme nulle car, en scrutant l'histoire du Maghreb depuis 1975, l'on remarque que l'implication active de l'Algérie dans le conflit saharien a bloqué la dynamique d'intégration régionale dans cette région. Les événements actuels au Maghreb n'en sont que l'un des résultats.
Le peuple algérien ne peut pas continuer indéfiniment à supporter le fardeau séparatiste, alors que la priorité nationale aujourd'hui en Algérie réside notamment dans le développement social et économique, la démocratisation, la construction, la consolidation de l'État de droit et le renforcement des institutions. Fini le temps de la politique de prestige ou du tiers-mondisme où, pour accroître le capital de relations symboliques, pétrole et gaz aidant, Alger a épousé la cause d'un mouvement sécessionniste pour affaiblir son voisin de l'ouest, et ce au détriment des intérêts bien compris des deux peuples séparés par des frontières factices. Les coûts de cette politique sont énormes. Les pays maghrébins gagneraient ainsi à juguler, ensemble, les menaces transnationales qui guettent la région du Sahel et la Méditerranée occidentale.

Dès lors, le soutien algérien au Polisario est d'autant plus injustifié qu'on sait aujourd'hui les connexions de plus en plus évidentes entre ce groupuscule et les activités en rapport avec le banditisme et la criminalité au large du Sahel. Le monde traverse aujourd'hui une zone de turbulences qui affecte tous les systèmes sociaux. Les pays qui résistent à cette bourrasque sont notamment ceux qui appartiennent à des ensembles régionaux de taille critique. Or le Grand Maghreb ne gagnerait-il pas à renforcer ses maillons au lieu de tourner le dos à la Raison de l'histoire ?
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(*)Le Centre d'Études Internationales (CEI) est un groupe de réflexion et d'analyse basé à Rabat. Acteur actif du débat sur l'intégration maghrébine, le CEI s'intéresse également aux nouvelles problématiques liées à la sécurité internationale, notamment l'immigration, le terrorisme et la fragmentation étatique. En 2010, le CEI a publié, auprès des Éditions Karthala, un Ouvrage collectif intitulé : "Une décennie de réformes au Maroc (1999-2009)".


Tagué : Polisario, Tindouf

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