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Mohammed MRAIZIKA - publié le Mercredi 12 Août à 14:33

Le discours royal du 30 juillet : l’Injonction et l’Appel à la raison




Le discours royal du 30 juillet est plus qu’un avertissement et un rappel à l’ordre. C’est un coup puissant dans une « fourmilière », une injonction et un appel à la raison. Pas besoin de lire entre les lignes. Le message est d’une clarté limpide. Le mal, ses causes et son objet y sont expressément désignés. Ainsi soit-il.



Le discours royal du 30 juillet : l’Injonction et l’Appel à la raison
Tout mal, dit le dicton, a un remède. Mais, il y a des remèdes de grand-mères et des remèdes de cheval. Les Ecuries d'Augias ont été nettoyées. Mais pas par n’importe quelle force ; par un surhomme, Hercule. En vérité, les grandes réformes que le Maroc a accomplies, et qui transformèrent profondément ses capacités de relever les défis, l’ont été sur initiative et instruction du Souverain Chérifien. Il eut dans la dynamique qui les a portées, depuis seize ans, de la méthode, de la vision, de la résolution et de la rigueur, autant de qualités indispensables à un chef d’Etat pour tenir le gouvernail. Aujourd’hui, le résultat est au rendez-vous : stabilité politique, progrès social et essor économique. Que Dieu bénisse Sa Majesté Chérifienne.

1- Quid des MRE
Le discours royal du 30 juillet confirme, une fois de plus, la noblesse de la Haute sollicitude dont le Souverain entoure les MRE. Il fait la démonstration que ni les distances, ni les vicissitudes du temps, n’arriveront à contrarier cette relation privilégiée qui lie le Souverain à plus de 10 % des enfants de la Nation.
Comment peut-il en être autrement. La communauté MRE, forte de plus de 4 millions et demi d’âmes, aux potentialités énormes, a toujours répondu à l’appel de son pays et de son Roi. C’est un « corps » vivant, dynamique et sain qui a connu les aléas de l’évolution des mœurs et des législations des sociétés d’accueil, qui a supporté les effets de crises économiques aigues et su rester ferme lorsqu’il s’agissait de préserver ou de revendiquer des droits sociaux et culturels (enseignement de la langue, pratique de la religion etc.).

En somme, cette Communauté MRE n’a jamais failli à son devoir national. Sa capacité de concilier les différences (sociales, linguistiques, culturelles…), voire les contradictions, est exceptionnelle. Cette capacité n’est pas fortuite. Elle est la résultante d’une histoire, d’une tradition et d’un sentiment particulier que traduisent son attachement aux valeurs cultuelles et culturelles nationales et sa fidélité à la devise sacrée du pays et à son drapeau.
La transhumance annuelle vers le Maroc, phénomène unique en son genre (Près de 450.800 entrées, via le port Tanger Med, entre le 5 juin et le 31 juillet 2015, soit une hausse de 20%), constitue l’une des manifestations les plus notables de cet attachement. Son apport à l’économie nationale (Les transferts de devises ont atteint 6,2 milliards de dollars en 2014 et connaissent une progression notable en 2015) et sa contribution au développement humain (soutien aux familles) confirment amplement cette fidélité.
Que devrait-elle faire de plus pour mériter plus de respect et de reconnaissance ?

2- Dire et faire
Le discours royal du 30 juillet a mis en exergue les failles et les dysfonctionnements inhérents à l’institution consulaire. Il a souligné aussi, avec la même force, les dangers qui guettent la Communauté MRE et menacent sa cohésion sociale et sa sécurité spirituelle. Et ce n’est que justice.
En effet. La Communauté MRE se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Certes, elle dispose de réels atouts pour passer avec succès l’épreuve que lui imposent les mutations sociétales. Elle en a fait la démonstration. Elle a même fait preuve d’exemplarité lorsque les difficultés déstabilisantes (xénophobie, islamophobie, poussée de l’extrémisme, crises économiques…) étaient à leur summum et le contexte international incertain (guerres, menaces terroristes...). Elle sut se distinguer par sa maturité, sa fidélité et son rejet de l’extrémisme sous toutes ses formes (politique et religieux). Mais, affirmer aujourd’hui qu’elle est hermétique et à jamais à l’abri des menaces c’est prendre des risques inutiles. Le discours royal du 30 juillet rappelle à juste titre cette réalité.
La Communauté MRE a, plus que jamais, besoin de consolider ses bases, d’amarrer solidement ses convictions, de s’armer, culturellement et spirituellement pour préserver sa jeunesse de la tentation extrémiste. Cela n’est pas une mince affaire. Pour y parvenir, il y a nécessité aujourd’hui de mettre en mouvement toutes les bonnes volontés et déployer tous les moyens disponibles, afin de la préserver des maux qui gênent son évolution et menacent sa stabilité.

Il est donc impératif de « secouer le cocotier » et de trancher dans le vif. Et ce ne sont pas les chantiers qui manquent.
- Le phénomène de « spoliation des biens MRE » est aujourd’hui un mal absolu, un facteur déstabilisation (sur le plan psychologique individuel et familial), un handicap pour l’investissement, une perte de temps et de confiance. Éradiquer ce phénomène, punir ses animateurs c’est redonner confiance aux MRE en la justice de leur pays ; c’est réparer les injustices qui ont coûté la vie à des MRE, spoliés et abusés.
- La question de la formation des cadres associatifs-MRE, ne doit pas indéfiniment être prise à la légère. Au contraire, elle doit s’imposer comme une priorité. La résoudre, c’est favoriser l’émergence d’un mouvement associatif fort, rassembleur, formateur, en mesure de devenir un relai puissant et un interlocuteur crédible à même de jouer un rôle d’avant-garde dans la « diplomatie parallèle » et culturelle.
- Réduire le nombre d’intervenants institutionnels dans la gestion des affaires MRE c’est fixer les responsabilités, rationaliser l’usage des budgets alloués, assurer la mutualisation des moyens, mieux gérer les ressources humaines et proposer un service de proximité (Consulats, RAM, Banques, Agences immobilières) efficace.
- Protéger les investissements MRE, faciliter leur séjour, rationaliser les services administratifs dont ils ont besoin au Maroc, traiter avec sérieux leurs doléances, sont autant de facteurs qui rendraient leur contribution à l’essor du pays plus conséquente.
- Rendre effectifs leurs droits politiques et civiques constitutionnalisés en 2011, c’est leur rendre justice, c’est satisfaire à une doléance légitime : l’exercice effectif de la citoyenneté et la jouissance véritable de la représentation institutionnelle.

- Favoriser le « Come-Back » des premières générations, ces « chibanis », hommes et femmes d’honneur, qui ont tant donné et peu reçu, est aujourd’hui un impératif. Il ne suffit pas de les décorer et de discourir sur leur bravoure sur les champs de bataille étrangers, mais de veiller à ce que leur retour au pays soit mieux préparé et que leurs droits acquis dans les pays de résidence soient préservés et valorisés ;
- Répondre aux besoins des jeunes MRE, en termes d’apprentissage de leurs langues et leur culture d’origine, de connaissance de l’histoire de leurs ancêtres et de leur pays, ne doit pas relever d’opérations de circonstance ou se limiter à des « universités d’été » et autres séjours. C’est à la mise en place d’une politique culturelle réfléchie et adaptée aux contextes locaux qu’il faudrait s’atteler d’urgence et veiller à ce que les liens affectifs unissant les jeunes à la mère-patrie ne soient jamais interrompus.

La fidélité de la Communauté MRE à sa mère-patrie, à ses racines culturelles et cultuelles n’est plus à prouver. La preuve en est largement faite.
Aujourd’hui, c’est au gouvernement de faire preuve d’audace et d’intelligence. Il doit tout mettre en œuvre pour répondre aux doléances et attentes légitimes de ces 10% de marocains dont le pays a grandement besoin
Que ce gouvernement sache que ce que les MRE revendiquent ce sont des droits reconnus, et non des avantages et services particuliers. Qu’il comprenne bien que les politiques culturelles qu’il a esquissées à ce jour à leur adresse restent en deçà de leurs attentes, des ambitions nationales et des aspirations de SM le Roi.
La balle est, en tout état de cause, dans son camp.

Dr Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en Sciences Sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle…)



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