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Omar Alaoui - publié le Lundi 29 Juillet à 11:41

Le devoir d'écrire






Le devoir d'écrire
Les lettres occupent une place centrale dans ma vie.

L'écriture est un besoin quotidien. Elle est un moyen de fixer et de comprendre les choses, elle est mon oxygène. C'est pourquoi je ne conçois pas de séparer la politique et la littérature. Elle résulte d'une certaine complexité, et me permet de faire la réflexion nécessaire au discours politique qui a besoin d'être simplifié sans être facile. Quand on fait des études de relations internationales dans un pays chargé en civilisation comme l’Angleterre, on sait qu’il y a un lien mystérieux, quasi mystique entre la diplomatie et la littérature. Il y a une dialectique permanente entre l’art de la diplomatie et celle de l’écriture. Il y a chez l’écrivain, chez le diplomate et chez le politique (celui qui pratique la politique avec un grand P) un ailleurs, un loin de chez soi qui fait que nous nous devons d’ouvrir de nouveaux espaces.

La diplomatie et la politique sont des milieux qui vous déstabilisent, et on ne peut écrire si l’on n’est pas déstabilisé par la vie, on ne peut pas écrire avec des certitudes, avec des vérités : on écrit avec des incertitudes et des formes d’instabilité. On lit pour s’émerveiller mais le rapport à l’écriture est plus complexe pour un politique : l’écriture est un retour sur soi, une envie d’ailleurs, un retour à l’enfance, le goût du voyage et de l’aventure sont toujours en nous.

En politique, nous avons l’impression que les choses passent très, trop vite, qu’elles s’échappent, et qu’il faut les fixer, leur donner forme : les écrire c’est aussi une façon de les comprendre, c’est une obligation morale. C’est une discipline journalière, marquer tous les jours ce que l’on ressent, ce qu’on pensait hier pour mieux penser demain et anticiper l’avenir.

Ecrire est fondamental pour moi. Cela fait partie de ma respiration quotidienne. Comme il y a des « réfugiés politiques », il y a également des « réfugiés poétiques », la littérature est mon échappatoire. Le miracle de la politique, c'est de rester vivant. L'écriture m'y a aidé et continuera de m’aider, j’en ai l’intime conviction

J’ai compris que, hors de ce quotidien aveugle et sourd, il me fallait des mots, comme des ballons de couleur, pour toucher au cœur. Toucher au cœur, n’est-ce pas cela la politique ? Des mots de ces fous, qui s’en sont allés quérir au fond du désespoir la lueur qui ouvre le chemin, la passion qui fait sauter les verrous de la langue. Ces poètes qui m’accompagnent là où je vais, ces poètes que Arthur Rimbaud appelait si justement « les voleurs de feu ». Contre le naufrage de la mémoire, contre la faiblesse du temps, contre la peur et l’ennui, choisissons le combat qui grandit et qui fait grandir. Ayons le courage de partager les mots des poètes, tous ces voleurs de feu qui allumèrent les brasiers de l’âme, pour ne bâtir d’autre empire qu’à l’intérieur de soi.

Car oui voici pour moi le temps de l'aveu. Celui que l'on se fait à soi-même. Etre au monde ne va pas sans tremblement. Etre en politique et conduire la cité ne vont pas sans peur. Aujourd'hui comme hier, la calomnie frappe avec un seul but, déchirer l'homme et anéantir les institutions. Dans notre pays, elle est légion. Jeux anonymes, jeux de foule, mouvements de houle qui suit la rumeur. Ecrire, non pas une chronique de la peur mais le journal d'une veille sans répit, un journal contre la peur, un journal plein d’optimisme, de rêves, de poésie et d’ambitions, enrichi du regard de fidèles compagnons de route: tel est mon projet. Je veux partir avec les guetteurs de terre, les voleurs de feu, les guides rêveurs Char et Celan, avec les navires démâtés de Rimbaud, Verlaine et Witman, les pensées mélancoliques de Baudelaire, et les voix d'îles, d'archipels d’Aimé Césaire et les dunes et les fleuves de Mahmoud Darwich.

En politique, derrière l’urgence de chaque jour, je rêve d’une parole qui défriche, d'une parole qui élève, d’une parole qui sauve. Refuser la fatalité, exorciser la peur qui crie au fond de nous ! Avec le ciel et le vent, il y a d’autres vies à vivre.


Tagué : Omar Alaoui

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