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Nadia Madani - publié le Samedi 27 Février à 21:13

Le choix de vivre






Le choix de vivre
C’est la fin de la semaine, Meryem rentre le soir à la maison. Le travail dans un service hospitalier d’hémodialyse est vraiment déprimant et harassant. Voir chaque jour ce tas d’hommes et de femmes souffrants dont la vie tient aux tuyaux d’une machine est dur à vivre à la longue, surtout pour une jeune fille comme elle, au cœur fragile et s’impliquant dans les douleurs des autres.

Beaucoup de ses collègues préfèrent passer le weekend dans des boites de nuit pour échapper à ces images de misère humaine, d’autres prennent des anxiolytiques et des antidépresseurs ou s’adonnent à l’alcool ; mais pour elle, c’est hors de question de fréquenter ces lieux ; elle jouit d’un rang élevé dans sa famille où elle est la première fille médecin ; ses parents lui font confiance et elle veut être à la hauteur de cette confiance, dans la mesure du possible toutefois.

Sa maman est toujours là, comme d’habitude, à regarder la télévision après une longue journée de travaux ménagers. Elle déteste voir souffrir sa mère et ne comprend pas toujours pourquoi cette dernière refuse de s’offrir les services d’une bonne. Ils ne sont pas dans le besoin pourtant ! Sa mère insiste à tout faire par elle-même ; et quand elle a tout fait, elle se plaigne du manque d’aide et du manque de compassion ! Meryem ne l’a jamais vraiment compris ; elle reste toujours un mystère pour elle. Elle désire la voir dans les plus grandes sphères du savoir et en même temps elle veut d’elle qu’elle soit une bonne cuisinière et une excellente ménagère pour un futur mariage.

L’autre jour, quand elle était allée voir une amie, elle l’avait trouvée en compagnie de sa mère entrain de mettre un manucure toutes les deux sous la charmante chanson dansante d’Enrico Macias «Les filles de mon pays ».

Elle aurait aimé vivre elle aussi des moments de complicité et de joie avec sa maman qu’elle aime tant, mais c’est un peu trop tard. Quand une relation est forgée, difficile de la refaire. Elle apprécie la mère de son amie, toujours élégante, en bonne humeur et répandant le bonheur autour d’elle…. En se négligeant, sa mère à elle, est devenue une source de souffrance pour ses enfants sans le savoir et sa compagnie empreint de tristesse.

Meryem salue donc et monte au premier étage pour s’enfermer dans sa chambre. Cela fait longtemps qu’elle étudie en médecine. De longues années passées à apprendre, à faire des stages, à rendre des services par-ci, par là. De longues années sans argent, soutenue par le sacrifice d’un père qui se fait de sa réussite sa plus grande gloire. Mais elle, dans tout cela ?... Jusque là, elle n’a fait qu’obéir aux désirs de la famille dans un grand déni de sa personne. Toujours correcte, toujours droite, toujours fidèle à ses principes. Mais la trentaine franchie, elle commence à se sentir seule ; presque toutes les amies se sont mariées ou se sont éloignées. Même les passions de la vingtaine commencent à s’émousser ; elle n’a plus d’enthousiasme pour les voyages organisés, pour les fêtes de famille ou pour les autres choses qui faisaient autrefois son bonheur. Elle a besoin d’aimer et d’être aimée. Rien ne peut remplacer l’affection d’un homme pour une femme.

Hicham, ce garçon- délégué médical- qu’elle vient de rencontrer au service il y a quelques mois et qui vient la voir presque chaque jour maintenant, ne correspond pas au modèle du conjoint qu’elle s’était toujours imaginée. Pas très distingué, certes, mais plein d’attentions pour elle ; pas très raffiné mais viril et courageux ; pas très séduisant mais affectueux et sincère, rassurant et protecteur. En plus, il vient de lui faire une demande de mariage et elle l’aime.

C’est lui en tout cas que son cœur a choisit et personne n’a le droit de contester son choix. Avait-t-elle seulement fait toutes ces années d’études pour qu’on lui ôte la liberté de choisir son homme ? Ce serait vraiment absurde.

Meryem sait d’avance que son père s’opposerait à une union de ce genre, c'est-à-dire une union avec quelqu’un qu’il verrait moins distingué pour elle. Mais elle en a marre qu’on décide tout le temps à sa place ! Et puis si elle n’est pas capable de défendre sa vie, c’est qu’elle est indigne de son titre de médecin, indigne de toutes les années d’études qu’elle avait faites et indigne de tous les livres qu’elle avait lus !

Elle rassemble son courage pour annoncer sa décision à son père… Puisse la lutte durer des années et des années avec lui, elle n’abandonnera jamais. Elle a fait le choix de vivre !


Tagué : Nadia Madani

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