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Daniel Noah Moses - publié le Samedi 19 Octobre à 13:09

Le boycottage au nom de l'anti normalisation nous nuit à tous






Daniel Noah Moses
Daniel Noah Moses
Jérusalem – J’organise actuellement une rencontre destinée à un groupe d’éducateurs – collègues et amis. Il s’agit d’enseignants, de directeurs d’écoles, de dirigeants d’organisations communautaires, d'éducateurs informels, de musiciens et d'artistes. Ces personnes sont particulièrement dévouées, bienveillantes et passionnées. Elles agissent selon des principes et travaillent activement à un avenir plus humain, plus juste et plus paisible pour eux, mais aussi pour ceux qu’ils aiment.

La préparation de cet événement nous amène à relever des défis qui nous viennent de toutes les directions. Il est rare que les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza obtiennent l’autorisation des autorités pour se rendre à Jérusalem ; les restrictions du gouvernement américain concernant les subventions entravent la mise en œuvre de tout programme ; les Palestiniens qui détiennent une autorisation ou une pièce d’identité israélienne sont confrontés aux défenseurs d’un boycottage culturel et académique en Israël.

Un tel blocus est lié à la campagne « anti normalisation ». Cette dernière consiste, d'une manière générale, en un nombre croissant de Palestiniens et de partisans qui encouragent le boycottage de toute université ou organisation éducative israélienne qui, travaillant avec des Palestiniens et des Israéliens, ne condamne pas explicitement l’Occupation. Leur argument : la participation aux programmes qu'elles proposent renforce le statu quo.

Le boycottage académique et la campagne « anti normalisation » contre les organisations éducatives sont nés d’une frustration et d’une colère incompréhensibles. Or, si le blocus économique est une chose, le blocus des organisations éducatives dévouées au dialogue est une tout autre affaire. Essayer de mettre un terme à de telles initiatives est entièrement contre-productif et absurde pour tous ceux qui veulent un avenir plus juste et plus humain sur la terre sainte.

Les arguments en faveur de ce mouvement de blocage culturel et éducatif visant des universités et des organisations éducatives se fondent sur des conceptions sérieusement erronées. La rencontre avec une personne de l’autre camp dans le cadre d’un événement organisé ne signifie aucunement l’acceptation du statu quo. La connaissance d’autres points de vue n’entraîne pas nécessairement l’adhésion. Ce genre de rencontres n'ont pas le plaisir pour seul objectif. Au contraire. Ces rencontres se soldent souvent par des larmes. Les participants qui témoignent de cette expérience mettent en avant la difficulté qu'ils rencontrent lorsqu'ils sont face à l’autre, et cela demande du courage.

Seeds of Peace – l’organisation pour laquelle je travaille – et d’autres organisations similaires construisent des tentes dans le désert. Nous créons des lieux sûrs où les personnes de part et d’autre du conflit peuvent se réunir, s’investir dans une démarche exigeante et parfois douloureuse, dire ce qui est et entendre des points de vue radicalement différents. Bien plutôt que d’accepter le statu quo, ces initiatives sont l'occasion rêvée de le transformer.

Les partisans politiques de tous les côtés essaient d'amener ces tentes dans leur camp. Mais il est indispensable qu'elles demeurent solides et robustes dans le désert, là où elles sont si rares.

La page de libre expression du politologue américain Ian Lustick intitulée « Two-State Illusion » (l’illusion des deux Etats), parue dans le New York Times, soulève un point pertinent : la solution des deux Etats est probablement morte. John Kerry, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahu vont peut-être nous surprendre. Mais quel que soit le scénario, Israéliens et Palestiniens doivent apprendre à vivre les uns avec les autres. Lustick écrit que, pour éviter un changement catastrophique, les deux camps doivent « voir le monde comme il est et s’adapter à lui ». Mais comment faire si l’interaction entre Israéliens et Palestiniens est aussi limitée et superficielle, et que leur perception de ce que c’est que l’autre camp signifie réellement est aussi restreinte ?

Selon mon point de vue, le boycottage des universités et des organisations qui offrent l’occasion pour un dialogue n'est autre qu'un nouveau mur qui s’élève. Notre défi consiste à savoir franchir les murs physiques, les enclos sécurisés et les obstacles bureaucratiques. Voici deux suggestions.

Tout d’abord, il nous faut une série de centres sur la ligne verte, où Palestiniens et Israéliens peuvent se rencontrer régulièrement sans avoir besoin d'autorisation ; il nous faut ensuite l’engagement de la communauté internationale pour subventionner ces centres afin qu’ils soient viables. Imaginons aussi un ensemble d’initiatives sur mesure, qui donnent l’occasion aux Israéliens et aux Palestiniens de se rencontrer et de s'affronter : avec des mots, avec des faits, avec des preuves, avec le poids des bons arguments, avec la pleine présence de leur existence en tant qu’êtres humains qui méritent la justice et la paix.

En second lieu, l’éducation doit être une piste dans le processus de paix – tout comme l’eau, Jérusalem et les réfugiés. Afin de favoriser l'inter compréhension culturelle, les dirigeants palestiniens et israéliens doivent rendre l’éducation compréhensible, mutuelle et faire de l’engagement civique une priorité active.

Il ne s’agit pas de mettre fin au conflit. Il s’agit de le transformer en quelque chose de plus constructif pour tous ceux qu’il concerne.

*Le professeur Daniel Noah Moses et le directeur de programmes pour éducateurs auprès de Seeds of Peace. Il vit à Jérusalem. Article rédigé pour (CGNews).



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