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par Beena Sarwar - publié le Vendredi 10 Décembre à 06:00

Le blasphème au Pakistan: une loi dont il faut se débarrasser

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Karachi - Le 29 novembre, la Haute Cour de Lahore a bloqué la procédure d'amnistie que le gouvernement se proposait d'appliquer à Aasiya Noreen, une chrétienne pakistanaise accusée de blasphème contre le prophète Mahomet. Quelques jours auparavant, des groupes extrémistes avaient manifesté dans les rues de Lahore en menaçant de se livrer à des actions anarchiques si le gouvernement la graciait. Pas plus tard que cette semaine, un imam d'une mosquée de Peshawar offrait une récompense de presque $6,000 à quiconque la tuerait si la sentence de mort n'est pas exécutée.

La sentence de mort imposée à Mme Noreen par un tribunal de première instance du Penjab au début novembre remet sur le tapis la question brûlante des lois sur le blasphème, cette tache sur l'arsenal statutaire de ce pays.

Un député du parti au pouvoir, le Pakistan People’s Party (PPP), Sherry Rehman, a présenté un projet de loi visant à abroger ou tout au moins réformer ces lois, les modifications proposées prévoyant de prendre en compte l'intention des accusés.

Selon le code pénal du Pakistan, la dégradation ou la profanation d'un lieu de culte ou d'un objet à caractère sacré était considérée comme un acte pénalement répréhensible, en vertu de l'article 295 de la loi coloniale héritée des Britanniques; l'article 295-A traitait de l'appel à la haine religieuse et l'article 295-B de la profanation du Coran.

En 1982, sous la dictature militaire du Président General Mohammad Zia ul-Haq, un nouvel article 295-C a été adopté, qui prévoit la pénalisation de toute diffamation du prophète Mahomet, qu'il y ait eu ou non intention de la part de l'accusé, ce crime étant puni d'une peine de réclusion perpétuelle. En 1986, le même régime Zia a ajouté la peine de mort aux sanctions prévues à l'article 295-C.

En 1992, lorsque l'option de la détention à vie est tombée en désuétude, la peine capitale est devenue obligatoire pour toutes les personnes condamnées au titre de l'article 295-C. Le Federal Shariat Court, tribunal institué par le général Zia et ayant pour mission d'appliquer avec rigueur les principes islamiques, avait en effet décrété que la mort seule était un châtiment à la mesure de celui qui aurait tenu des propos inconvenants contre le prophète Mahomet.

Selon une étude de la National Commission for Justice and Peace (NCJP), 1.058 personnes, dont 50 pour cent se revendiquaient musulmans, ont été poursuivies au titre de l'article 295-C depuis 1986. Bien que personne n'ait encore été exécuté officiellement pour crime de blasphème, les milices et les lynchages ont pris au moins 32 vies de personnes accusées de blasphème, voire de "manque de respect" à l'islam.

Ainsi, bien que Aasiya Noreen ait présenté un recours en grâce contre la sentence de mort rendue par le tribunal d'instance, sa vie et celle de sa famille proche - son mari et leurs quatre enfants - restent sous la menace des milices.

La sévérité des lois sur le blasphème, relève la Commission indépendante des Droits de l’Homme du Pakistan (HRCP), a fourni "à des gens peu scrupuleux le moyen de régler leurs comptes personnels". Cette observation se fonde sur les investigations de la commission elle-même et sur la constatation que les allégations de blasphème sont généralement “préméditées”, proférées en raison de griefs personnels, de rivalité économique ou de motifs politiques.

Parmi des exemples récents, on relève le lynchage, en avril 2009, de Najeeb Zafar, jeune patron d'usine de Sheikhupura au Penjab, assassiné par ses propres ouvriers après qu'un salarié mécontent l'ait accusé d'avoir profané des versets du Coran imprimés sur un calendrier.

Quelques mois plus tard, une foule en furie rasa deux villages chrétiens de Gojra au Penjab, tuant neuf chrétiens, à la suite d'allégations suivant lesquelles certains chrétiens avaient profané le Coran. Tous les indices évoquent cependant un plan prémédité pour évincer ces villages de la région, l'administration, de son côté, faisant la sourde oreille aux avertissements et aux objurgations des observateurs.

Le flou juridique et la confusion en matière religieuse sont tels que des accusations de ce genre suffisent à faire de l'accusé un coupable aux yeux du public. L'intervention de chefs religieux connus et politiquement engagés assure que la police n'intervienne jamais contre les responsables de ces actes.

Malheureusement, malgré les appels lancés par des militants des droits de l'homme et des personnalités connues, ainsi que par une bonne partie de la population pakistanaise, il y a peu de chance que ces lois soient abrogées. Le PPP ne dispose que de la majorité simple à l'Assemblée nationale et d'une minorité au Sénat. Et la plupart de ses partenaires de coalition ne soutiendraient jamais une telle mesure, de crainte d'être considérés comme “non-islamiques”.

Même si le PPP réussissait à abroger ou à réformer les lois sur le blasphème, ce qui serait quand même un bon début, cela ne suffirait pas à faire changer les mentalités. Il faut faire beaucoup plus. Le gouvernement doit remettre en chantier toute la politique de l'enseignement ainsi que les programmes, qui continuent d'enseigner la haine du non-musulman et qui instaurent des comportements intolérants non seulement dans les écoles confessionnelles, mais aussi dans les institutions d'enseignement ordinaires. Il doit aussi dépolitiser la police, afin qu'elle soit en mesure de travailler dans le respect de la loi au lieu de subir l'influence, voire les ordres, des dirigeants politiques ou religieux locaux.

Quand tout est dit, le gouvernement doit tout bonnement faire respecter l'Etat de droit. Il doit poursuivre, juger et châtier ceux qui incitent à la violence, donnant toute sa valeur à la mauvaise foi qui sous-tend trop souvent les accusations de blasphème.

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* Beena Sarwar est journaliste et réalisatrice de documentaires. Elle travaille actuellement avec le Jang Group au Pakistan. Elle a collaboré à plusieurs enquêtes relatives à des accusations de blasphème. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 10 décembre 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=289...


Tagué : cgnews

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