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Hamza Rkha-Chaham - publié le Vendredi 22 Mai à 10:48

Le Maroc respirera désormais en Afrique




Le Roi Mohammed VI enchaine les tournées diplomatiques visant à consolider les relations économiques et renforcer les positions géoéconomiques et géopolitiques marocaines. Il devrait, par ailleurs, entamer une nouvelle tournée cette semaine pour consolider la vertèbre ouest-africaine et affirmer la prééminence d’un Maroc tourné vers le sud.



 "Le Maroc est un vieil arbre dont les racines se prolongent en Afrique et dont les feuilles respirent en
Europe" disait feu Hassan II pour traduire la dualité d’un pays que l’histoire rattache résolument à l’Afrique tout en le projetant sans cesse vers les nations européennes. La crise de Tanger de 1905 augure un Maroc en proie à l’européanisation de sa société, convoité puis démembré par un protectorat qui oppose ses communautés et fragilise sa gouvernance traditionnelle.  

 Ce protectorat plongera le Maroc dans un bain de modernité économique et politique, créant des structures de gouvernance et de production qui lui subsisteront pour finalement s’autonomiser et prendre, au fil des réformes, les couleurs locales. L’évolution de la constitution marocaine contemporaine est à cet égard symbolique, elle démarre en 1962 sous les plumes de Maurice Duverger, Jacques Robert et Georges Vedel pour finalement épouser, quelques constitutions plus tard, les reliefs locaux (amazighité, MRE, parlementarisme renforcé...).

En 1984 le destin du Maroc croise symboliquement celui de Winston Smith, personnage d’Orwell. Winston Smith renie Julia qu'il aime pour devenir, paradoxalement, admirateur du régime qui l'avait torturé. le Maroc, lui, quitte une Union Africaine qui venait de reconnaître la RASD et se jette, à Fontainebleau, dans les bras de ses anciennes puissances coloniales en énonçant dès lors sa volonté d’adhésion à l’Union Européenne. Le rejet de sa candidature quelques années plus tard marque les limites du processus d’européanisation du Maroc et de ses politiques, renvoyant le pays face à son destin africaniste, lui signifiant sa différence et lui rappelant ce faisant le sens de son histoire. Le Maroc continuera certes à se rapprocher de ses voisins européens mais veillera à diversifier ses relais diplomatiques en réaffirmant son caractère musulman, arabe et africain.

Le 21ème siècle observe le vacillement d’un ordre géoéconomique frappé par la multiplication de crises multiformes. Le Maroc prend conscience du risque autrefois latent, de se lier à un continent vieillissant et crispé par sa propre diversité. La récession qui frappe les partenaires européens contraint dès lors le Maroc à réaffirmer avec force ses racines almoravides et saadiennes, qui se prolongeaient autrefois aux portes de Gao et Tombouctou. En 2001, le Roi Mohammed VI inaugure des tournées en Afrique de l’Ouest qui le mèneront entre 2001 et 2011 dans plus de 15 pays. En 2014, il conclue des partenariats économiques avec le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Gabon consacrant ainsi le retour du Maroc sur la scène africaine et sa volonté de contourner l’Union Africaine en affirmant la prééminence de relations bilatérales d’exception. Aujourd’hui, 60% des investissements directs à l’étranger marocains se dirigent vers l’Afrique Subsaharienne.

L’Afrique entend s'inspirer du Maroc en bénéficiant du recul d’un Etat capable d’investir et d’employer une ribambelle d’entreprises chevronnées sur le continent (Royal Air Maroc, Maroc Telecom, Addoha, OCP, Somagec…). L’Office Chérifien des Phosphates annonçait le 6 mai dernier  - en marge de la Clinton Global Initiative qui se déroulait à Marrakech – qu’il allait consacrer 50 millions de dirhams pour soutenir 100 000 agriculteurs à travers 6 pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est. Le Maroc entend dès lors accompagner l’Afrique via une politique hybride alliant co-développement économique et solidarité panafricaine. Le Royaume qui compte les centres spirituels de la confrérie la plus répandue en Afrique de l’Ouest,Tariqa Tijjanyia, propose même de former les Imams africains au centre de Rabat.

L’Afrique, qui observe un décollage économique lié à la mise en valeur de ses ressources naturelles, la
densification et la pacification de ses territoires et l’avènement substantiel - bien que fragile - de la démocratie, constitue bien un réservoir de croissance pour le Maroc. En 2015, la croissance du Maroc devrait avoisiner les 5% pour rejoindre le taux moyen auquel l’Afrique croît depuis 5 ans. Le Maroc respirera en Afrique s’il prétend maintenir ce rythme de croisière, ce qui ne l’empêchera pas de prendre l’air, de temps à autre, en Europe. 

Hamza Rkha-Chaham
étudiant de HEC Paris



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