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Sanae Rakba - publié le Dimanche 31 Mars à 21:31

Le Maroc, le pays où la détention politique est maquillée...






Cela fait déjà deux ans que le Maroc vit sous l’ampleur de plusieurs revendications et de manifestations pacifiques de jeunes marocains voulant changer à jamais le sort de leur pays. En 2011, le Maroc va assister à la naissance du mouvement du 20 Février ; un mouvement de jeunes militants voulant vivre dans la transparence, la démocratie, l’équité et le respect des droits de l’Homme et de la liberté d’expression. Depuis deux ans déjà, ces jeunes militants ont tout sacrifié afin d’atteindre leur premier objectif : la libération de la parole et la chute du mur de la peur chez une grande partie de l’opinion publique marocaine.

Hamza Haddi fait partie de ces jeunes militants du 20 Février, il transpire la générosité, l’amour mais aussi la créativité pour faire évoluer ce mouvement qui lui tient tant à cœur. L’an dernier, Hamza avait tout juste 17 ans quand on le fourre dans la boite à rangement des détenus politiques marocains. Mais sur son dossier judiciaire, plusieurs autres accusations expliquent sa détention : outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions et désobéissance civile, mais aucune allusion à la détention politique.

En fait, l’histoire d’hamza derrière les barreaux n’est pas le fruit du hasard ! Mais tout commence par un simple problème de logement qui va lui couter 4 mois de prison ferme.

Le père d’Hamza Haddi louait un appartement dans lequel il vivait avec sa petite famille à Hay Al Oulfa à Casablanca. Voulant reprendre son appartement, le propriétaire, qui travaille en tant que policier, exprime cette volonté en agissant en justice. Mr Haddi est en règle, paie la mensualité de son loyer sans aucun retard et le propriétaire n’a pas de motif sérieux qui puisse réellement lui donner raison de rompre le contrat de bail. Quelques jours après, Mr Haddi reçoit une lettre qui explique qu’il a pleinement le droit d’utiliser le logement jusqu’à la fin du contrat, mais deux mois plus tard, il en reçoit une autre, qui contrairement à la première, lui explique qu’il devrait quitter son logement dans les plus brefs délais. Apparemment, la justice marocaine aime bien jouer !

Jusque là, le cauchemar que va vivre Hamza est encore latent et va très vite être déclenché à l’instant même où l’huissier de justice, accompagné d’un policier, va venir sonner à la porte. Dans les escaliers de l’immeuble, un spectacle digne d’une série policière américaine ; une vingtaine de policiers tous monopolisés pour un petit souci de logement. S’agit-il de terrorisme ? Hamza et sa famille sont-ils des dealers de drogue dangereux pour l’ordre publique ?

Interpellé par ce magnifique tableau policier, Hamza, connaissant parfaitement ses droits, demande le départ immédiat des forces de l’ordre afin qu’il puisse discuter calmement avec l’huissier. Après plusieurs minutes de réflexion, l’huissier demande aux forces de l’ordre de quitter les lieux et demande à Hamza et à son grand frère de le suivre au poste de police afin de voir s’il était possible d’allonger la durée de l’utilisation du logement. Les deux jeunes garçons, ne connaissant encore rien aux prouesses de la justice marocaine, s’exécutent sur le champ croyant que tout cela sera réglé dans les prochaines heures.

Arrivés au poste de police, Hamza est séparé de son frère et attend seul dans un bureau avant qu’on ne vienne le menotter tel un assassin en lui annonçant qu’il devra passer la nuit dans une cellule avant de se présenter le lendemain au tribunal pour expliquer la situation au procureur du roi. Une fois dans la cellule, Hamza voit passer son grand frère devant lui, menotté à son tour pour être mis dans une autre cellule. Quelques heures après, son deuxième frère les rejoint afin de passer tous la nuit dans ce somptueux poste de police.

Le lendemain matin, au tribunal, le procureur du roi leur annonce leurs accusations en arborant un ton qui montrait qu’il savait que les trois jeunes garçons les ignoraient. Le frère ainé d’Hamza est accusé de désobéissance civile, d’outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, de tentative de suicide et de port d’arme blanche. Son autre frère est accusé de complicité à un vol, on va aller jusqu’à libérer son « prétendu complice », qui se trouve être le véritable voleur, pour le mettre à sa place. Hamza est le dernier à qui le procureur attribue les accusations, il est accusé, à son tour, d’outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions et de désobéissance civile.

Hamza ne comprenait plus rien à ce qui se passait autour de lui. Dans sa cellule, il est à la fois terrorisé mais également excité de voir la suite de cette histoire pathétique. Il est reçu un peu plus tard dans la journée par un responsable qui lui pose des questions un peu bizarres : Fais-tu le Ramadan ? Crois-tu en Dieu ? Des questions très déstabilisantes n’ayant ni sens ni intérêt dans l’affaire d’Hamza. La justice marocaine ne s’est pas contenté d’être injuste envers Hamza mais elle a osé s’immiscer dans ses libertés individuelles et de le punir pour en avoir usé en toute légitimité. La discussion avec le responsable sera longue, il demande à Hamza, par la suite, de lui donner tous les papiers et les cartes qu’il avait sur lui. Hamza obéit. Mais, une carte attire particulièrement l’attention du responsable. La carte incriminée est celle de l’AMDH (l’association marocaine des droits de l’Homme) dont Hamza est membre, reconnue pleinement et par le gouvernement comme étant une ONG d’utilité publique et Membre Observateur de l’ECOSOC/ONU

Bingo, Le responsable a trouvé le cheveu dans la soupe, le prétexte dont il usera pour montrer la colère qui va pleuvoir sur le pauvre Hamza. Il cria alors : Crois-tu que ce bout de papier me fait peur ? Crois-tu pouvoir être immunisé grâce à cette carte ? Hamza est éberlué par ce sketch maladif. Visiblement, respecter les droits de l’Homme ne fait pas plaisir à ce Monsieur !

Hamza va passer quatre mois en prison sans jamais connaitre la vraie raison de sa détention, ni pourquoi toute cette injustice l’avait choisi. Sorti de prison, il reçoit des appels de personnes inconnus tantôt menaçant tantôt le « conseillant » de ne pas participer aux prochaines manifestations du Mouvement du 20 Février …

L’histoire d’Hamza n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Le Maroc ne cesse de maquiller la réalité afin de préserver une image qui ne lui appartient pas. Un complot de la part de la justice marocaine ou plutôt de l’injustice marocaine afin de justifier la détention politique d’Hamza, sans pour autant oser dire qu’il est réellement accusé d’engagement politique au sein d’un mouvement d’opposition et d’une association pas très appréciés par le système marocain.

Néanmoins, aujourd’hui, les jeunes sont déterminés à combattre cette oppression voilée et qui crée confusion et révolte. Et aujourd’hui, Hamza ne lâche pas prise, il milite et militera pour que son pays puisse respirer, et espère encore y voir gravées les valeurs les plus basiques. Aujourd’hui, même libéré de prison, il sait qu’il n’est pas à l’abri du système. Mais, il continue à crier haut et fort jusqu’à ce que raisonnera partout au Maroc le son de la liberté et de la démocratie.

Le Maroc nage dans la schizophrénie ; les lois inscrites dans le code pénal ou civil ne sont pas toujours celles qui sont appliquées et les articles qui figurent dans la constitution sont nuancés de façon à ce que les marocains ne comprennent jamais leur vrai sens. La plupart des marocains sont très perplexe, ne savant pas ce qu’est la nature de leur pays. Le Maroc ne fait pas partie du printemps Arabe, mais le printemps marocain existe dans toute sa grandeur. Tout se passe dans un silence assourdissant ! Mensonges et complots sont au menu, et l’instabilité politique du pays reste encore taboue devant la médiocrité des valeurs du système judiciaire.
Le Maroc, le pays où la détention politique est maquillée...


Tagué : Sanae Rakba

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