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Abdelhak Najib - publié le Mardi 26 Mars à 11:40

Le Maroc et l’électrification de l’Afrique de l’Ouest






Le Maroc et  l’électrification de l’Afrique de l’Ouest
L’expérience avérée du Maroc dans le domaine de l’électricité, est un atout de taille pour plusieurs pays africains, dont le Sénégal.  D’ailleurs, l’épopée d’électrification de la région ouest-africaine par l’Office national d’électricité (ONE), devenu en septembre 2011, l’Office national de l’eau et de l’électricité, a débuté à Dakar. En effet, dès mai 2008, l’Office marocain a signé avec l’Etat sénégalais un contrat pour l’électrification, la distribution et la gestion de l’électricité dans les départements de Saint-Louis, Dagana et Podor, pour une durée de vingt-cinq ans. Un projet colossal dont les retombées bénéficient déjà à 360 000 personnes. L’investissement, estimé à 160 millions de DH, est venu concrétiser la volonté du Maroc de devenir le premier partenaire en électrification de l’Afrique de l’ouest, puisque déjà en 2006,  l’ONE avait réussi à décrocher une concession de production de 7 mégawatts (MW) à Nouadhibou, en Mauritanie. A cela s’ajoute sa présence à Freetown, en Sierra Leone, pour une production de 15 MW. Cette politique d’exportation de la maîtrise de l’ONE donne corps à une stratégie bien étudiée et affichée du Maroc, visant à profiter de leurs connexions dans les réseaux, espagnol et algérien, pour se positionner comme un carrefour énergétique entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne.
 
Percée africaine 
 
En 2011, la dynamique enclenchée par le Maroc prend un nouveau tournant. En effet, le « Forum Maroc Elec III » de Dakar a déclenché une ruée des entreprises marocaines vers le Sénégal, et vers d’autres pays voisins, comme le Bénin, le Burkina Faso ou encore le Mali. Certes le Maroc avait déjà démontré ce dont il était capable en matière d’électrification rurale, dans le cadre du Programme d’Electrification Rural Global (PERG). Ainsi, face à l’offensive des hommes d’affaires marocains, le Sénégal,  lancé dans un programme de désenclavement de ses régions rurales, a sollicité d’autres partenariats qui se sont inscrits dans la durée.  Cette troisième rencontre du « Forum Maroc Elec III », s’est tenue sous le thème de la « Fraternité et Partenariat durable et équitable». L’objectif en était très simple et pragmatique puisqu’il s’agissait d’apporter l’expertise marocaine dans le domaine de l’électricité et des énergies renouvelables aux responsables sénégalais. Ce qui a donné naissance à des accords décisifs dans des domaines comme le câblage, l’installation des réseaux et la formation des employés devant assurer la relève. Ensuite, d’un point de vue plus global, le Maroc a étendu son expertise à d’autres pays africains, qui ont suivi l’exemple du Sénégal. Cette rencontre aura ouvert la voie aux investisseurs marocains, au Sénégal et ailleurs en Afrique centrale et de l’ouest. Rappelons que les représentants de l’ONE, ceux de la Confédération Africaine d’Electricité (CAFELEC) et la délégation marocaine composée des membres de la Fédération national de l’électricité et de l’électronique marocaine (FENELEC) ont manifesté leur volonté d’élargir le champ du partenariat en matière d’électricité et ont participé à accélérer le processus de développement de nombreux secteurs d’activité. 
 
Programme à long terme 
 
Le projet d’électrification pour les zones rurales au Sénégal a été développé dans la seconde moitié des années 2000. « Cependant, il s’agit d’un Programme qui concerne l’électrification en général et qui a pour objectif de garantir l’approvisionnement en énergie électrique du pays au moindre coût et à élargir l’accès des populations à l’électricité, notamment en milieu rural», comme l’avait expliqué, Marie Bassene, 2ème Conseiller à l’ambassade du Sénégal au Maroc. Compte tenu de la situation au Sénégal, l’ONE  a très vite occupé le terrain et a travaillé afin de permettre l’alimentation électrique de plusieurs infrastructures communautaires de base, ainsi que l’installation de lampadaires solaires pour l’éclairage public. Tous ces équipements de base, ont pour but de satisfaire les « (…) besoins domestiques et lucratifs, l’amélioration des conditions de vie des populations et la réduction de la pauvreté » comme le soulignait l’ancien président sénégalais, Abdoulaye Wade. 
 
Travail accompli 
 
Les chiffres sont là pour attester de l’efficacité du programme sénégalais et de la maîtrise de son partenaire marocain, l’ONE en l’occurrence. Le Sénégal a ainsi porté le taux d’accès à l’électricité dans le monde rural de 7 % en 2000 à 22 % en 2010. L’objectif  de dépasser ce taux d’électrification rurale de 50 %, fixé pour 2012, fut atteint. Pour le Maroc, dans cette configuration, le marché sénégalais est une tête de pont aux produits marocains, donnant accès à la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), forte d’environ 70 millions de consommateurs, et par-delà à plusieurs autres pays africains. « Le Sénégal a un besoin énergétique important, alors je pense que les deux pays ont tout intérêt de collaborer dans le même sens pour profiter de l’expérience de l’un et de l’autre. En effet, le Maroc considère le Sénégal en tant que plateforme très intéressante pour développer nos exportations», a expliqué Youssef Tagmouti, Président de la FENELEC.

 
Le travail qui reste à faire et qui explique aujourd’hui ce périple du roi du Maroc est de taille. Il faut juste jeter un œil sur les déficits en énergie et en électricité en Afrique sub-saharienne pour se rendre compte du marché qui s’offre aux investisseurs marocains. En effet, en Afrique subsaharienne, la capacité de production électrique est très faible. Seuls 24 % des Sub-sahariens ont accès à un réseau électrique. Les dirigeants subsahariens veulent remédier à cette contre-performance en faisant passer le taux d’accès à l’électricité à 35 % de la population d’ici à 2015. Ce qui représente un investissement de 47 milliards de dollars par an, soit entre 6 % et 7 % du produit intérieur brut (PIB) total de la région. Ce qui n’a pas échappé aux Marocains qui mettent toutes les chances de leurs côtés pour décrocher de gros contrats pour les dix prochaines années. 
 
Marchés porteurs 
 
De fait, l’avenir s’annonce lumineux. D’un côté, le PERG engagé en 1996 est désormais quasiment achevé. En 2013, son taux de couverture est de 98 %.  D’où l’urgence de passer à d’autres projets d’envergure. C’est également dans cette perspective que s’inscrit la visite royale au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon. On le sait, en dépit d’une forte concurrence internationale, le PERG a été entièrement mené par des entreprises marocaines, ce qui a permis à ces dernières de développer et de prouver leurs compétences dans l’ingénierie, la gestion et la réalisation de travaux d’électrification. 
 
Les chiffres de la FENELEC nous apprennent que plus de la moitié des entreprises privées du secteur se sont tournées vers l’exportation de matériels et de services. Leurs contrats s’étendent sur tout le continent, en particulier dans les pays de l’UEMOA et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), où les normes des systèmes électriques sont compatibles avec les technicités marocaines.  Ceci est d’autant plus intéressant pour les pays africains que les opérateurs privés marocains proposent à leurs clients africains, outre une offre industrielle complète, des solutions de financement originales qui s’inspirent de l’exemple marocain, où l’ONE finançait à hauteur de 50 % du montant global, les collectivités territoriales (25 %), et les citoyens (25 %).
 
« Label Maroc »
 
Ces prouesses techniques ont eu de grandes retombées sur le Maroc, qui, en une décennie, a fait progresser son ingénierie de façon exemplaire. De même qu’il a accéléré la cadence du travail, pour respecter les délais de livraison des partenaires africains. Il fallait produire rapidement et à moindre coût. Ce qui a poussé les professionnels marocains à développer des concepts innovants, en termes de financements. Et quand on sait que c’est surtout le financement qui pose problème en Afrique, on mesure toute la subtilité de la stratégie marocaine. 
  
Aujourd’hui, si le Maroc jouit d’une grande crédibilité en Afrique, c’est surtout grâce à l’engagement diplomatique du roi Mohammed VI. Multipliant les contacts avec ses homologues africains, il garantit aux entreprises marocaines de pénétrer davantage un marché énorme, dont le potentiel défie toute concurrence. De plus, pour les professionnels et les entrepreneurs, le plus urgent est de mettre en place une politique rapide et efficiente dans laquelle les attachés commerciaux des ambassades et le gouvernement sont à même de les soutenir dans l’accompagnement et de la promotion du « label Maroc ». 

 Abdelhak Najib
 Journaliste


Tagué : Abdelhak Najib

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