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Youssef Jebri - publié le Mardi 19 Juin à 17:40

Le Maroc change !




Youssef Jebri - « Le Maroc change ! » Depuis quelque temps, cette formule qui ressemble étrangement à un slogan de campagne électorale est sur toutes les lèvres. Le gouvernement et les autorités du pays l’utilisent sans cesse.



Selon eux, grâce à l'avènement du nouveau millénaire et le changement de monarque, le Maroc serait entré de plein pied dans la modernité. Les experts internationaux usent également sans modération de cette affirmation. Chaque fois qu'ils sont interrogés, ils n'hésitent pas à déclarer que le progrès répand désormais ses bienfaits sur l'ensemble du pays. Dès lors, l'information se propage dans toutes les rédactions. Repris avec empressement par la presse et les médias, relayé et diffusé à toute la planète via Internet, ce slogan est en passe de devenir une vérité absolue.

Oui, le Maroc change. Pêle-mêle, Abdallah Taïa révèle et assume ses préférences sexuelles ; Hassan II n'est plus ; les exilés politiques sont revenus ; Driss Basri est parti, malheureusement Driss Benzekri aussi. Bigg chante ; les sat et les satates ont enfin trouvé leur porte-voix. Les plus aisés n'ont plus besoin de quémander un visa pour pouvoir s'habiller en Zara ou en Dolce Gabbana. Dorénavant les boutiques de Derb Ghallef et Bab M'rrak'ch doivent faire face à la concurrence des grandes surfaces. Les hypermarchés et les supérettes poussent comme des champignons. Bien qu'il en fasse les frais, l'épicier du quartier ne pense pas pour autant que le pays ait changé. S'il pouvait exprimer son opinion sans crainte des conséquences, il dirait :

_ « Daqchi ghir kdoub ! Ce ne sont que des mensonges ! Mis en confiance, il s'aventurerait à la confidence suivante :
_ Ma clientèle m'est fidèle car je continue à lui vendre à crédit, condition de la survie de mon commerce. »

L'épicier sait que le pouvoir d'achat, malgré les dires des agents de l'Etat, n'a guère évolué. En réalité, il faudrait porter des œillères pour ne pas voir tant de misère criante, d'inégalités sociales flagrantes et d'injustices évidentes. A moins de mentir, personne ne peut déclarer que l'essentiel n'est plus pareil.

Pendant que la justice incarcère des citoyens pour outrage à la personne du roi, alors que la police frappe et arrête systématiquement les participants aux manifestations, la RTM, même devenue Al Aouela, continue d'ouvrir invariablement ces journaux d'informations sur les activités royales. Les réceptions et les inaugurations en lieu et place de l'information sonne comme un air de déjà vu. Comme cet air déjà entendu, devenu une idée convenue : la pratique de la  torture est largement répandue dans les prisons et les commissariats du pays. Qui a dit que les autorités marocaines sont soupçonnées de participer au programme américain de transfert illégal de prisonniers ? La communauté internationale semble outrée que l'administration américaine ait transféré des détenus vers des prisons marocaines. Sinistre réalité ! Le Maroc est toujours considéré comme un pays où les services de sécurité pratiquent la torture.

« Youtube censuré ? ! » Ceux qui croient ou qui prétendent croire que le Maroc change mettent sur le compte des vieilles habitudes toute atteinte aux libertés fondamentales. Ils expliquent qu'il est difficile de changer les mentalités. Ils tentent de démontrer combien les réflexes du passé, dont eux aussi affirment vouloir se débarrasser, sont ancrés dans la société. Ils oublient qu'à force de se répéter, les réflexes finissent par devenir des habitudes. Chaque année, la justice prononce des interdictions de parution et condamne des journalistes à des peines de prison. Les plus optimistes, ceux qui ne perdent pas espoir et persistent à croire en des jours meilleurs – y voient une embellie quand les peines prononcées sont assorties de sursis. Bien maigre consolation !

Chaque année, des milliers de Marocains prennent les chemins, parfois illégaux, de l'émigration. Pourtant, personne ne présente plus le Maroc comme un pays pourvoyeur de migrant. A l'étranger, le royaume est désormais considéré comme un pays de transit. Pourtant, 2007 n'échappera pas à la règle. Le retour massif des Marocains résidents à l'étranger lors de la période estivale attisera les envies de départs de ceux nombreux qui ne se voient plus vivre chez eux.
Au bout du compte, un changement majeur s'opère : à défaut d'éclaircie, le ciel s'assombrit. Les petits métiers – porteurs de précarité – se développent. Le système D et la solidarité pour échapper à la pauvreté demeurent les seules solutions pour lutter contre la paupérisation. Pire des diplômés bac + 2 et même +4 finissent opérateurs téléphoniques dans des centrales d'appels. Des fous furieux belliqueux qui affirment agir au nom de Dieu ont fait leur apparition. Ils sont entrés en scène et promettent la géhenne à tous ceux qui ne pensent pas comme eux. En attendant de se retrouver là-haut, à défaut d'agir en héros, ils organisent des attentats et sèment la mort ici-bas. Allah si tu leurs pardonne, je ne pourrais plus croire en toi.
Oui le Maroc change !

Le site internet de l'auteur


Tagué : maroc

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