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Abdallah BOUHAMIDI - eMarrakech.info - publié le Mercredi 4 Novembre à 13:55

Le Halal, le Casher entre esprit des lois et sens des affaires




Abdallah BOUHAMIDI : Qui n’a jamais vu un coq courir dans la rue , le cou ensanglanté, sautant pour trouver de l’air, et avec quelle angoisse, se débattant pour échapper à la mort ? La rue dans laquelle nous habitions quand j’étais petit était en pente et il n’était pas rare que nous soyons spectateurs involontaires, impuissants et indifférents de ce genre de scène, d’une pauvre bête agonisante dévalant la pente .



Le Halal, le Casher entre esprit des lois et sens des affaires
Cela durait une éternité. Mais le coq était halal. Il y avait eu un rituel, une prière et le coup de couteau avait fait son œuvre. Mais la bête avait souffert l’enfer avant de finir dans le feu du tagine.

Les principes d’hygiène, de compassion et du sacré

Le halal (le licite) comme d’ailleurs la casher se base sur trois préoccupations qui sont autant de principes : L’hygiène, la compassion, le sacré.

L’hygiène, cela va de soi, a pour objectif de préserver les consommateurs de viandes venant d’une bête morte d’une maladie par exemple. Il est nécessaire pour qu’une bête soit halal, qu’elle soit saine. Chez les juifs d’ailleurs , ce principe est plus rigoureusement suivi que chez les musulmans parce qu’une viande n’est déclarée, de ce point de vue « casher » qu’après des vérifications post- sacrificielles des viscères faites par le rabbin.

Si ce principe, soit dit en passant état vraiment respecté, les viandes de poulet nourries avec des saloperies chimiques , connues de par le monde pour être nocives , sinon dangereuses pour la santé, seraient déclarées du point de vue religieux illicite à la consommation.

Voilà pour l’hygiène. Mais la compassion ?

Le rituel dans les deux religions veut que la bête ne souffre pas ou le moins possible. Et s’il y avait une règle dont il ne faudrait pas déroger, ce serait bien celle-ci au nom même de la valeur affirmée que « toute vie est chère à Dieu » et ce quelle que soit la religion du livre. Donc selon ce principe indiscutable, une bête qui a souffert ne devrait recevoir ni le label Halal, ni celui de Casher.

Mais c’est là où le bat blesse si l’on peut dire. S’il y a une nuance d’importance en la matière, c’est que chez les juifs, les règles sont bien plus strictes que chez les musulmans. Le sacrifice des animaux de consommation sont l’affaire d’un rabbin formé à sa tâche, sachant très exactement où trancher afin que l’agonie de la bête dure le moins longtemps possible. Cela ne veut pas pour autant dire que cela marche. Ils ont aussi la manie de suspendre les bêtes en pleine conscience avant de les égorger. Des études sur l’abattage des veaux montrent que cette méthode est source de souffrances intolérables dans la mesure où la bête suspendue se débat pendant qu’on l’égorge et ainsi augmente pendant de longues minutes, ses souffrances.

Chez les musulmans, le sacré arrive en tête des préoccupations mais égorger une bête peut être confié à n’importe quel béotien pourvu que la formule rituelle sacrificielle soit respectée. Le sacré se mêle donc du pratique, de la compassion et de l’hygiène. Chez les juifs, la nuance s’arrête là. Il faut que la bête , pour être déclarée « casher » ait conscience du sacrifice auquel on la soumet. Là, c’est carrément du sadisme où le sacré préside des paganismes immémoriaux.

La contradiction n’en est que plus flagrante. On prête donc dans un interstice du rituel, une conscience à la bête qui de ce fait « consent » à nourrir le peuple élu. Ceci, n’aura échappé à la sagacité de personne est en contradiction flagrante avec le principe même de compassion.

C’est là que le sacré intervient. Ce rituel est un sacrifice finalement quasi païen qui nous vient des temps reculés où les hommes donnaient du sang à leurs Dieux afin d’avoir leurs faveurs ou de calmer leur courroux.

Les leçon du sacrifice dAbraham

Les religion monothéistes, d’une certaine manière ont signifié avec le sacrifice d’Abraham que Dieu, Jehovah ou Allah , dont tout le monde s’accorde à penser qu’il est le même n’a besoin du sang de personne comme rançon exigée des hommes.

La question a été réglée d’une certaine façon , mais pas pour tout le monde. Seuls finalement les chrétiens ont su évoluer sur cette question, il faut le dire, puisqu’ils insistent plus sur l’hygiène et la compassion en n’opposant pas du tout ces deux valeurs au sacré.

Les musulmans et le Casher


Il y a une autre nuance, c’est que pour les musulmans, il est licite de manger la viande des juifs , mais pas celle des chrétiens. Les musulmans sont , de ce point de vue d’un esprit plus proche de … l’esprit que de la lettre de la loi.. Alors ? Encore un petit effort ???

Pour les juifs la question est complètement fermée. La notion de casher ne se restreint d’ailleurs pas aux viandes seulement mais s’étend quasiment à toute forme de nourriture. Quand j’étais jeune, nous vivions avec mes parents à Ksar-es-Souk, devenue depuis quelques années Errachidia. La communauté juive était très importante et représentait la moitié au moins de la population de la ville. Nous achetions notre viande indifféremment aux bouchers juifs comme aux bouchers musulmans. Et ce dans une cité où les communautés religieuses rivalisaient d’orthodoxie. Nos amis juifs, cependant venaient avec leur nourriture et leurs ustensiles quand nous les invitions à une fête par exemple et ceux qui s’aventuraient à manger de la nourriture non casher, donc musulmane, le faisaient en cachette des leurs , comme s’ils buvaient ou s’adonnaient à une quelconque drogue.

Donc la viande casher est consommée par les musulmans en cela qu’elle obéit selon eux aux principes d’hygiène et d’humanité. Pour le sacré, il suffisait de dire « Bismillah » avant de manger pour régler la question et pour donner le label de Halal.

L’esprit et la loi et la résistance au progrès

Pourquoi donc les deux communautés résistent-elles tant face au progrès qui ne ferait que renforcer l’esprit de leur loi ? Pourquoi, nous accrochons-nous à la lettre au détriment de l’esprit et n’adoptons-nous pas des méthodes modernes plus hygiéniques et plus humaines ?

Apparemment, rien dans les textes ne s’y opposerait. Bien au contraire, nombreux sont ceux qui pensent qu’une lecture intelligente des textes pourrait être source d’ouverture sur le progrès.

Subsidiairement à cette question, se pose celle du pourquoi, on désigne du doigt les musulmans et non les juifs qui ont des pratiques qui se rejoignent dans ce qu’il faut appeler la cruauté, involontaire, certes mais indéniable quant à ses effets sur les bêtes sacrifiées. On ne dit pas « abattues » ou « tuées », mais sacrifiées avec toute la charge du sacré dans l’acte comme dans le terme.

Le Kenya est , à ma connaissance , le seul pays musulman où, ont été adoptées des méthodes modernes d’abattage qui consistent en l’utilisation d’électronarcose qui rend la bête rapidement inconsciente de ce qu’il lui arrive et ainsi en abrège les souffrances. Pourquoi pas ailleurs ? Essentiellement parce que cela coûterait plus cher de se doter de ces moyens.

Entre le sacré le Buiseness

Pour ce qui est du Halal comme du Casher, il ne faut pas négliger leur côté buiseness, notamment dans les pays non musulmans et non juifs et où l’une et/ou l’autre communauté représente un marché. Au Canada par exemple où les juifs ne représentent que 8 % de la population, 75% des produits alimentaires proposés à la vente sont labélisés « casher ». Le surcoût du « casheroute » étant payé par les consommateurs juifs comme non juifs. Et ça représente pour un pays aussi important quelques millions de dollars annuels qui n’ont rien à voir avec l’esprit de la loi. C’est tellement vrai que des hommes d’affaires musulmans sont tentés par ce marché plus juteux que spirituel.

En France, la chaîne M6 a dernièrement annulé la programmation d’une émission concernant ce marché et ses dessous où il est dit que certains, plus attirés par le gain que par l’esprit de la loi, donneraient pour Halal des poulets et autres viandes qui ne le « seraient » pas. J’ai lu, et cela reste à vérifier que les viandes Halal sont abattues dans les abattoirs parisiens exactement comme les autres à ceci près qu’une cassette réciterait le coran en continu dans les salles qui leur sont réservées. L’idée n’est d’ailleurs pas mauvaise dans la mesure où les principes d’hygiène, d’humanité et de sacré sont respectés.



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