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Mohammed MRAIZIKA - publié le Mardi 30 Septembre à 18:33

Le Front et la "fiction polisaroïde" mis à nu à Paris, par un documentaire : "L’Identité d’un Front"




Le film documentaire est un genre artistique majeur. Cela se confirme chaque fois qu’il daigne se mettre au service de son sujet et n’abuse que modérément des artifices qui font la gloire de la fiction cinématographique.Il devient un véritable outil pédagogique et didactique lorsqu’il se donne pour objet d’alerter, d’éveiller les consciences ou défendre des causes justes.« L’Identité d’un Front » en marchant dans ce sillage, en cumulant ces vertus, rentre par le haut dans le cercle restreint des documentaires qui font œuvre utile.



Le Front et la "fiction polisaroïde" mis à nu à Paris, par un documentaire : "L’Identité d’un Front"
Projeté le Samedi 27 septembre à la Cité Universitaire à Paris, « L’Identité d’un Front » a su, en effet, en 90 minutes, informer et convaincre, donner à réfléchir et rendre un peu plus compréhensif un sujet complexe(Le conflit sur le Sahara).
Du début à la fin, les images et le commentaire défilent avec une assurance et une fluidité bien assumées portées par la volonté du réalisateur (Hassan El Bouharrouti) et de sa complice et collaboratrice (LatifaAît-Baala), de faire œuvre utile, tout en évitant de jouer sur la corde patriotique, qui peut à tout moment céder si elle n’est pas portée par un socle (légitimité, légalité, conviction) solide, loin des slogans fades. Et surtout, loin de la complaisance habituelle qui veut que le personnage interviewé, soit élevé au rang de héros ou de référence indépassable.

A l’arrivée, c’est un Front « fonctionnarisé » et une posture paradoxale (Alger)qui sont mis à nu et à terre sans concession. Il ressort que cette « fiction polisaroïde», créée de toute pièce il y a presque quarante ans, n’a pu perdurer que par la grâce et la générosité de deux Etats belliqueux, la Lybie et l’Algérie. Il y apparaît clairement que le Front n’est qu’un alibi, une carte utilisée dans un jeu stratégique et géopolitique complexe animé par une dynamique bicéphale : la visée expansionniste d’Alger et la vision mégalomaniaque d’un leader libyen, à l’époque au sommet de sa gloire.
A priori, cette jonction d’intérêts contradictoires peut surprendre plus d’un. Comment deux frères ennemis (Boumediene et Kadhafi) à la tête de deux Etats se disputant le leadership de la région, voire du monde arabe, ont-ils pu s’entendre et concilier leurs ambitions ?
Question assurément difficile à démêler. C’est probablement la conjonction de plusieurs facteurs, internes et extérieurs à la zone, qui rendit possibles ce rapprochement (anti-Maroc) Alger-Tripoli et toutes sortes de manœuvres et d’alliances contre nature. Pour ne citer que les plus évidents : une poussée de fièvre « révolutionnaire » touchant par contagion plusieurs pays (Afrique, bloc de l’Est, pays non-alignés,Amérique du sud etc.), qui s’est traduite par une série de coups d’Etat militaires etune nouvelle redistribution des cartes géopolitiques au niveau mondial sous la houlette de l’URSS et des USA. A cela s’ajoute la fragilisation du régime marocain, du feu SM. Hassan II, objet de deux coups d’Etat successifs.

« L’Identité d’un Front » met en exergue quelques aspects de cette réalité géopolitique complexe. Il dépeint les motivations qui ont dicté la création du Front Polisario et les effets de son instrumentalisation par Alger à des fins de déstructuration de la région et de déstabilisation d’un pays voisin, le Maroc.
Ces questions et ces pistes de travail méritent une exploitation et un approfondissement plus conséquent, en termes de recherche scientifique et d’investigation, afin de mieux cerner la portée de ces conjonctions d’intérêts et ainsi mieux comprendre l’acharnement actuel d’Alger à entretenir à coup de milliards de dollars, une « fiction révolutionnaire » et un projet (création d’un Etat) surréaliste porteur des germes du conflit et de l’instabilité dans toute la région.

Il serait laborieux d’évoquer ici tout ce que les réalisateurs du documentaire ont enduré pour mener à bien cet excellent travail de recherche et de vulgarisation. Mais, il est heureux de relever que ce qui motive et anime des marocains de ce calibre ne se réduit pas à la rentabilité pécuniaire de la chose matérialisée, mais se rapporte à ce sentiment singulier que portent les marocains au plus profond de leur âme à un pays, le Maroc, qui a récupéré en 1975 sa terre ancestrale de belle manière (Marche Verte)et qui se trouve aujourd’hui résolument tourné vers son essor économique et humain.

Par contraste, en face, il y a un Front« polisaroïde », et des soutiens politiques et associatifs éparses qui s’abreuvent d’une source algérienne abondante en pétrodollars. Les rapports de ce clan polisaroïde avec Alger, sont du même ordre que ceux liant les mouettes au chalutier, qu’une métaphore illustre parfaitement : "Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est qu'elles pensent qu'on va leur jeter des sardines »... (« When seagulls follow the trawler, it is because they think sardines will be thrown into the sea » (Eric Contona, phrase prononcéeen 1995)

Le chalutier algérien ne fait pas semblant. Il jette avec largesse et donne sans compter, au grand désarroi du peuple algérien, pour entretenir cette « fiction » et ce « caillou » placé dans le soulier marocain. C’est ainsi que beaucoup de mouettes (individus et ONG) se sont engraissées en s’inféodant à Alger, et en donnant à la thèsedes séparatistes une résonance démesurée.

Ce qui convient également de retenir de cette œuvre artistique« L’Identité d’un Front », c’est aussi ce qu’elle n’a fait que placer en filigrane. En premier le devoir de mémoire et le droit au souvenir. Des thèses et des dizaines de documentaires ne suffiraient pas, en effet, à satisfaire à cet impératif et à ce devoir. Mais cela passe aussi, faute de mieux, par une pensée à l’adresse de ces milliers de soldats marocains,à ces patriotes de tousâges et de tous les coins du royaume, qui ont combattu le Front et sacrifié ce qu’ils avaient de plus cher, leurs jeunesse et leurs familles, pour que cette terrerevienne entière au giron de la mère-patrie. Associer à cet hommage les centaines de prisonniers civils et militaires qui ont passé les plus belles années de leur vie dans les geôles du Polisario, avec la bénédiction d’Alger, ne serait que justice.

Quant à ces personnages énigmatiques, ex-cadres du Front, qui témoignent dans le documentaire, qui ont fait repentance et qui, ce faisant,sont aujourd’hui à l’abri du besoin, jouissant d’avantages substantiels procurés parla proximité des rouages de l’Etat, il faut qu’ils sachent une chose. Si « La Patrie est magnanime », la mémoire de ceux qu’ils ont arrêtés, privé de liberté durant des années voire même torturés dans les sinistres Centres et prisons de Rabouni, du 9 juin, de Hamdi Abba Cheikh ou la fameuse « Ecole 12 Octobre », n’est pas faillible, que leurs prières angoissées montent au ciel chaque jour que le seigneur fait pour que justice divine soit rendue.Qu’ils sachent aussi que l’histoire, dans sa grande sagesse,laisse toujours des chapitres ouverts pour que les générations futures, et des hommes d’honneur,puissent y écrire ce que les impératifs politiques ont empêché.

« L’Identité d’un Front » peut désormais s’enorgueillir d’avoir pu fixer dans une œuvre documentaire un chapitre important de l’histoire nationale apportant de ce fait à une bibliographie bien maigre une pièce essentielle et un argumentaire de poids. Que ses réalisateurs soient donc remerciés pourl’excellent travailde vulgarisation qu’ils ont produit, en toute humilité. Ils ont fait leur devoir. C’est aux chercheurs, aux historiens et aux militants de prendre le relais, de donner à leur belle esquisse unecontinuation, une diffusion et une promotion à la hauteur de l’ambition, informative et pédagogique, qu’elle porte.
L’association AEMFa montré, ce Samedi 27 septembre l’exemple en favorisant sa projection publique dans l’un des plus beaux lieux de débat de la capitale, accueillant et dynamique, la Maison du Maroc, avenue Jourdan.
Une telle démarche et un tel projet doivent susciter de l’émulation. Ils doivent essaimer les régions et les pays en vue de faire connaîtreet enseigner à la jeunesse marocaine ce que le mot « Empire Chérifien » signifie, ce que la stabilité politique a de meilleure, de lui faire part des défis auxquels le pays doit faire face aujourd’hui pour assurer son essor économique et humain. Ils doivent aussi sensibiliser les organisations internationales sur ce qui se trame dans les camps de Tindoufet dans les geôles du Polisario en termes d’atteintes à la dignité humaine.

Un cri de fureur et de dénonciation doit-être lancé si haut et si fort dans toutes les instances internationales par le CORCAS, par le CNDH et les ONG-MRE, pour que les enfants déportés à Cuba, à partir des camps de Tindouf puissent retourner à leurs familles et pour que les séquestrés de Tindouf puissent retrouver leur liberté de mouvement, leur droit de choisir et leur dignité humaine bafouée par le Front.
Toute autre posture, qui ne tiendrait pas compte de ces impératifs serait condamnable, nulle et non avenue.

Mohammed MRAIZIKA
Chercheur en Sciences Sociales, CIIRI



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