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Omar Mahmoud bendjelloun - publié le Vendredi 4 Juillet à 14:07

Le 8ième Congrès de l’USFP : L’opposition, un choix stratégique de refondation




Omar Mahmoud bendjelloun : Lors de son 8ième congrès, l’USFP a matérialisé ses contradictions qui ont sapé sa nature politique par rapport à sa représentation dans l’imaginaire national. L’option révolutionnaire en 1962 ou la lutte démocratique en 1975, deux lignes majeures de l’histoire du mouvement, furent appuyées par un substrat idéologique qui a convaincu l’intellect ittihadi et structuré le parti autour d’une adaptation politique constructive.



En revanche l'étape 1996-1998, ou la formation du gouvernement dit d'alternance, a fait preuve d'une opacité doctrinale qui a biaisé le processus de légitimation ayant eu des conséquences éloquentes en terme de popularité.

Cette improvisation a déclenché une agitation organisationnelle qui a mené ce grand parti à l'asphyxie intellectuelle et morale. Une agitation qui a transformé la structure partisane en rassemblement polycentrique de foyers conflictuels, à travers une « ingénierie du blocage » qui sclérose toute tendance politique alternative au maintien du parti au gouvernement. Cette réalité, qui s'appuie par ailleurs sur le fait que la nature militante du parti ne pouvait s'inscrire dans la défense du gouvernement, est accompagnée d'une seconde cause de paralysie :

Le passage au gouvernement a jeté l'opprobre sur les directions quant à leurs attachement aux fondements de l'ittihad, provoquant ainsi, comme à l'image du peuple face à l'antagonisme de classe, une résistance des bases par la surenchère vis-à-vis de la distance à l'égard des principes plutôt qu'à l'attachement aux valeurs ittihadiennes.

Cette situation a banalisé la logique opportuniste au sein de la structure jusqu'à l'intégration des féodalités régionales dans les responsabilités partisanes et l'écrasement de l'intérêt politique dans les rapports d'appareil internes. En 1975, ce mouvement qui avait vocation à devenir un parti unique a décidé de faire le choix de la démocratie, de la pluralité et de la différence.

Incrusté dans la brèche « démocratique » par une conquête du pouvoir d'opinion en tant qu'alternative au pouvoir d'injonction de l'Etat, la voie démocratique est devenue paradoxalement le terreau de travestissement du « centralisme démocratique » en tant que fondement organisationnel du parti (document élaboré en 1965-1967).

A la base ce fut une conception qui protégeait l'anonymat militant dans une organisation au service de la doctrine partisane mettant en avant-garde une direction collégiale ou une figure charismatique qui synthétise l'identité complexe du parti. Une fois à la marge de son objectif populaire, « le centralisme démocratique », relativement aux rapports de force avec le pouvoir, les batailles de légitimité avec les partis conservateurs, administratifs et même de gauche ainsi que la priorité électoraliste, a imposé un diktat des directions devenues de plus en plus distantes avec la vocation politique initiale.

Cette réalité a déstabilisé la confiance des bases, provoquant le rétrécissement de son assise par un accroissement des scissions, des départs en masse, de gel d'activités, de faiblesse à l'égard de la corruption etc. Les législatives de septembre 2007, comme instant d'évaluation empirique de la conscience collective, ont mis en examen ces slogans qui ont voulu attirer les marocains vers le civisme et la représentation populaire comme outil de transformation politique. Dans les 80% d'abstention qui ont répondu à ces consultations, nous dégageons trois catégories principales :

Ceux qui confirment leurs allégeance au Roi, cette population pour qui l'abstention est une expression de rejet du contenu de notre démocratie et les victimes de la désagrégation nationale. Cette censure a ouvert la parenthèse émotionnelle qu'a connu l'USFP suite au dévoilement de son véritable volume politique. Par conséquent un tournant bascule en faveur de cette âme brimée au sein du parti, existante à travers des poches de résistance éclatées, qui rappelle que les ittihadis continuent de représenter le militantisme, la légitimité scientifique, la cohérence politique, la mémoire d'un sacrifice, cristallisant la conscience partisane autour de son identité et des interrogations populaires.

Sauf que la tenue de conseils nationaux marathoniens, les différents appels à la refondation du parti, la littérature versée dans les tribunes partisanes et apparentées, les rencontres nationales et fédérales marquées par un fond idéologique conséquent et une volonté tenace d'unir le pôle de gauche, se sont sacrifiés sur l'autel d'une réalité structurelle profonde dont l'essence remonte à la scission de 1983, à l'effritement partisan qu'a connu l'USFP depuis sa responsabilité gouvernementale et à l'étouffement des positions politiques au profit des opportunités de positionnement.

La conscience développée autour du retrait du gouvernement, qui allait devenir un choix de refondation du parti et de la gauche en tant que prélude à la construction d'un projet socialiste renouvelé, et qui pour la première fois de l'histoire du mouvement a réuni socialistes et modernistes, apparatchiks et intellectuels, syndicalistes et élus, militants et opportunistes, se trouve piégée par les enjeux d'appareil qui ont dominé le premier round du 8ième congrès.

Le débat sur le retrait du gouvernement fut instrumentalisé sur un fond de rapport avec le fondamentalisme dans un éternel essai de maintenir l'USFP au gouvernement, et ce par le renversement de la dialectique politique. Cette logique a voulu que les militants fassent le choix cornélien de trancher entre le maintien au gouvernement pour garder l'« âme » ittihadie vis-à-vis du fondamentalisme religieux, ou passer à l'opposition avec l'option conditionnelle de s'allier avec Justice et Développement. Sauf que l'intelligence du congrès, surpassant les détenteurs des codes de verrouillage organisationnel, rejette les deux positionnements en s'attachant au retrait de l'USFP du gouvernement pour construire la polarisation de la scène politique qui permettra plus de clarification et ramènera les citoyens au processus démocratique plutôt que de rester la proie des sirènes extrémistes et migratoires.

Dans ces conditions, aussi bien la position militante que le cynisme politique font du retrait du gouvernement un choix intelligent, salvateur, voire prudent, qui cristallise toutes les mentalités du parti et y va de la survie même de l'Ittihad. Le choix de l'opposition sera d'abord l'unique garantie de la continuation du mouvement et la condition d'un dialogue constructif avec les partis de gauche, plutôt que de gouverner avec les rassemblements néocoloniaux et administratifs ou de penser l'alliance avec le quarteron électoraliste de l'islamisme.

Ensuite l'opposition, par un fort héritage idéologique, permettra de construire l'alternative la plus crédible au néo-libéralisme, au conservatisme et au fondamentalisme, qui sont par ailleurs unis ou en voie de le devenir. Enfin le retour aux sources populaires, conforme à l'autocritique qu'a effectué l'USFP après 2007 et à la réalité sociale (pouvoir d'achat, droits de l'homme, éducation, diplômés, fracture territoriale, exode), serait le gage de la clarification doctrinale qui rend audible le discours partisan dans la nation.

Un modèle d'organisation transitoire doit donc être élaboré sur le fait de pouvoir dégager des lignes politiques claires qui permettent le rassemblement, la transparence et le dépassement de l'usage fait du « centralisme démocratique » depuis le basculement du parti dans la logique participationniste. Le scrutin de liste, en tant que réforme organisationnelle majeure, devra donc permettre au congrès d'être éminemment politique tout en maintenant l'enjeu identitaire quant à la future direction du parti, qui devra relever le défi de rassembler le parti, la gauche et le camp démocratique, en ayant la légitimité scientifique nécessaire à l'élaboration d'une actualisation idéologique mobilisatrice.

Les questions de la participation au gouvernement, du renouement avec les valeurs et le peuple de gauche et de l'identité Ittihadie que doit incarner le nouveau leadership doivent animer prioritairement les congressistes lors du second round du congrès. Etant la résultante d'une représentation existentielle de la marge démocratique plutôt qu'une concrétisation des thèses réformistes aussi bien défendues que critiquées par les consciences du mouvement depuis 1975, le « non-congrès » de juin 2008 a transformé les contradictions du parti en exacerbation. Sans volonté aucune de vouloir schématiser les résultats de plusieurs choix politiques dans un modèle descriptif précis, l'échec de la participation gouvernementale en terme d'acquis sociaux et de consécration démocratique, l'utilisation mal intentionnée des conceptions organisationnelles et la réalité politique de la nation et du camp progressiste, rendent l'abandon provisoire des responsabilités exécutives une sorte de nécessité pour l'USFP afin qu'il reprenne le cap de la résistance démocratique aux côtés de la population et de ses alliés idéologiques.



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