Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Italie: référendum à risque, en pleine vague populiste, pour Renzi: Le chef du gouvernement... | via @lemagMaroc https://t.co/JlyujW1Cxy



Marouane Kassbi - publié le Vendredi 22 Janvier à 10:32

Lac Tchad : pour une prise de conscience internationale en 2016




Aux confins de quatre pays d’Afrique centrale, le lac Tchad est à un tournant de son histoire. Confrontée à des enjeux écologiques et sécuritaires capitaux, cette région joue certainement son avenir sous le regard un peu plus inquiet de la communauté internationale, qui commence à apporter son soutien aux acteurs locaux.



Le lac Tchad est menacé de disparition. Un propos sérieux, et ce à double titre : le réchauffement climatique, depuis quelques décennies, a réduit par dix la taille du lac, tandis que ces dernières années ont été marquées par la folie meurtrière de Boko Haram dans la région. Chacun de ces enjeux constitue une menace vitale ; pourtant, la mobilisation – régionale surtout, puis internationale – a mis du temps à s’imposer, et ne doit son réel écho actuel qu’à la détermination des présidents nigérian, Muhammadu Buhari, tchadien, Idriss Déby, et camerounais, Paul Biya.

Alors que la mer d’Aral, en Asie centrale, s’est pratiquement asséchée en quelques décennies, après une exploitation insensée de la part des Soviétiques, le lac Tchad suit une trajectoire analogue. Personne n’a semble-t-il compris ou souhaité prendre les choses en main. A l’heure où le point de rupture semble être devoir atteint, un soupçon de mobilisation se fait enfin jour et traverse les frontières nationales. Cameroun, Nigeria, Niger et Tchad coordonnent davantage leurs efforts, afin de stopper une désertification aux conséquences désastreuses pour cette zone d’échanges primordiale.

A l’occasion de la COP21, le plan de sauvetage du lac Tchad avait été discuté, mais cette fois-ci avec de vrais motifs de satisfaction. Idriss Déby avait alors déclaré : « A toutes les rencontres sur le climat depuis 20 ans, ce dossier a été évoqué […] depuis Copenhague, Rio et aujourd'hui Paris. Je ne suis pas sûr que jusqu'à aujourd'hui, nous ayons trouvé des oreilles attentives, tout au moins des actions concrètes ». La donne change désormais et seuls les financements manquent pour mener à bien un grand projet de sauvegarde du lac Tchad. Il faudrait trouver une somme d’environ 6,4 milliards de dollars pour transférer les eaux du fleuve Oubangui dans le lac. Une goutte d’eau sur le plan financier mondial, mais qui peine à prendre forme jusqu’à maintenant…

Boko Haram : l’autre menace existentielle

Si le problème de la désertification n’est pas nouveau (mais de plus en plus critique), celui du terrorisme dans la région est bien plus récent et tend à détourner l’attention. Boko Haram a multiplié, ces derniers mois, les enlèvements et les attentats suicides. Le bilan officiel des seules autorités camerounaises fait état de 1 200 morts dont plus de 1 000 civils assassinés par le groupe djihadiste. Un bilan d’autant plus impressionnant que le Cameroun n’est pas le pays le plus touché. Le Nigeria compte 17 000 victimes depuis 2009.

Se jouant de frontières entremêlées et impossible à garder entièrement étanches, les djihadistes profitent de la région du lac Tchad pour se déplacer discrètement et exécuter leurs basses œuvres. La guerre asymétrique à laquelle doivent faire face les Etats voisins est un conflit qui ne peut être remporté que par d’intelligentes tactiques militaires. Et, surtout, une politique de prévention, qui vise à ne pas faire du terrorisme une échappatoire à la misère économique. Tandis qu’il avait réussi à monter une force régionale d’environ 9 000 hommes, Idriss Déby avait annoncé, en août dernier dans les colonnes du journal français Le Monde, qu’il convenait « d’éviter les actions terroristes » dans la région du lac Tchad. Pour épauler cette initiative et porter une assistance humanitaire aux personnes les plus fragilisées dans la région – 80 000 personnes ont dû fuir leur foyer –, l’ONU vient de débloquer une aide de 7 millions de dollars. Insuffisants pour certaines organisations humanitaires, ces fonds représentent pourtant les prémices d’une prise de conscience à l’international, qu’il serait bon d’entretenir et d’amplifier.

Aujourd’hui, même si les combats entres forces légales et djihadistes sont presque quotidiens, Boko Haram évite tout affrontement d’envergure dans lequel il sait être plus faible. La guerre asymétrique est ainsi. En coupant les principales ressources économiques du groupe terroriste, les pays de la région parviendront à gagner cette guerre. Cela passe notamment par la lutte contre le trafic de bétail et de pétrole qui gangrène la région. Toute idéologie sans ressource ne peut survivre. Une réflexion à méditer dans toute l’Afrique centrale, voire partout ailleurs.



               Partager Partager