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par Richard Chartres et Ali Gomaa - publié le Lundi 4 Janvier à 09:01

La votation suisse: une occasion à ne pas manquer?






Le Caire/Londres - La toute récente votation en Suisse, qui vient de consacrer l'interdiction de construire de nouveaux minarets, jette une ombre bien inutile sur une histoire remarquable par sa tradition de tolérance, d'hospitalité et d'intégration qui est la véritable histoire de la Suisse. Il convient cependant de rappeler que ce vote ne modifie en rien l'affirmation fondamentale de la Constitution suisse selon laquelle « La liberté de conscience et de croyance est garantie. Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté ».

A relever aussi que le gouvernement suisse, les dirigeants de la communauté chrétienne et la plupart des médias suisses ont tous exprimé leur opposition à cet amendement et leur déception de le voir approuvé.

Quoiqu'il en soit, et même si les minarets ont permis d'exprimer par procuration des inquiétudes beaucoup plus généralisées, ce scrutin constitue aujourd'hui le dangereux symbole de la restriction de la liberté de pratiquer librement sa religion, qui plus est, avec un retentissement qui peut se propager dans toute l'Europe, et même au-delà, où cette liberté mérite plus d'être encouragée que restreinte.

Certes, cette votation sur les minarets peut être considérée comme un moment de tous les dangers. Mais ne serait-elle pas aussi un moment d'opportunité? Il ne suffit pas de déplorer ce résultat et de passer à autre chose. Il faut maintenant s'attaquer aux vrais problèmes, en profondeur. Quels sont-ils? Quelle information, quelle désinformation a produit les opinions et les convictions qui ont débouché sur ce vote? Comment traiter les craintes qui ont manifestement inspiré les votants?

Ceux qui écrivent ce texte sont un mufti d'Egypte, pays où chrétiens et musulmans ont vécu côte à côte pendant des siècles, et un évêque de Londres, une des villes les plus gigantesques et les plus mélangées de la planète. Ce qui nous unit, c'est notre désir de mieux comprendre les problèmes qui causent les tensions afin de pouvoir proposer un travail pratique qui permettra d'y apporter un remède efficace.

Coparrainée et organisée par l'Alliance des Civilisations des Nations Unies, la conférence que nous comptons tenir à Sarajevo, et à laquelle nous invitons les gouvernements et les dirigeants religieux de l'Europe et du pourtour de la Méditerranée, ne parlera pas de la Suisse, mais bien plutôt des problèmes plus généraux (et pourtant parallèles) qui se posent dans de nombreux pays: quelles dispositions sont-elles prises pour que les minorités religieuses définies et les communautés de migrants soient traitées d'une manière qui respecte leurs droits et ceux des communautés qui les entourent? Comment gérer l'intégration sans compromettre l'assimilation? Existe-t-il des principes généraux, susceptibles d'être adoptés par tous, qui définiraient, dans la pratique, le droit, non seulement de professer, mais aussi de pratiquer sa religion?

Il faudra du courage pour que chacune des traditions religieuses veuille vraiment entendre les critiques et les craintes des autres. En attendant, nous devons trouver les moyens d'un authentique rapprochement, même avec les craintes telles qu'elles existent. Chacune des confessions doit résister à la tentation de se voir parfaite tout en imaginant le pire chez les autres. Au contraire, chaque tradition doit façonner sur les autres la générosité qu'elle désire pour elle-même: chacun de nous doit rendre les libertés que nous recherchons pour nous-mêmes. Les gouvernements aussi devront faire preuve de courage, car ils ne doivent ni ignorer la religion, ni se rendre complices du déni des droits nécessaires au libre exercice de la foi.

Les minarets ne sont pas plus indispensables à l'islam que les clochers ne le sont au christianisme. Et pourtant les uns et les autres sont indubitablement symboliques de leurs fois respectives. Peut-être ferions-nous bien de nous rappeler que le clocher et le minaret ont au moins une valeur symbolique profonde en commun: tous d'eux s'élèvent vers le ciel et nous rappellent qu'on peut trouver, à leur ombre, un lieu de prière.

Espérons qu'il y ait aussi une morale en cette affaire.

En vérité, si nous sommes en désaccord sur des points de théologie importants, il n'en reste pas moins que toute religion authentique nous invite à aimer, non seulement Dieu, mais aussi notre prochain. Obligation éminemment temporelle autour de laquelle tous les hommes de bonne volonté peuvent se reconnaître. Nous invitons instamment tous les responsables des milieux de la religion, de l'Etat et de la société civile à nous rencontrer, pour que, ensemble, nous puissions trouver les moyens qui nous permettrons de reconnaître aux mieux nos différences tout en nous unissant dans une quête commune du bien universel.

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* Richard Chartres est Evêque de Londres et Ali Gomaa Grand Mufti d'Egypte. Article abrégé distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation des auteurs. Pour le texte intégral, rendez vous sur newsweek.washingtonpost.com/onfaith/ ou sur www.guardian.co.uk.

Source: On Faith, du Washington Post/Newsweek, 10 décembre 2009, newsweek.washingtonpost.com/onfaith/ et The Guardian, 11 décembre 2009, www.guardian.co.uk
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=269...


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