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Khalil Al-Anani - CGNEWS - publié le Mardi 12 Février à 08:00

La voie du centrisme en Islam




Khalil Al-Anani* : Depuis plus de trente ans, l’attention du monde a été monopolisée par les organisations religieuses intégristes disséminées dans le monde arabe: Groupe islamique en Egypte (al-Gama’a al-Islamiya), Groupe islamique armé (GIA) en Algérie, Al Qaeda. Pendant ce temps, les courants modérés ont dû faire face – et continuent de faire face – à la difficulté de s’exprimer au niveau international, bien qu’ils représentent la substance traditionnelle de l’islam.



A présent, les vagues de l'extrémisme violent refluent l'une après l'autre, comme le montrent la popularité en baisse de ces organisations, la désintégration du commandement central d'Al Qaeda et sa transformation, d'un système hiérarchisé qu'elle était, en simple état d'esprit. Il semble depuis, que l'opinion publique arabe soit devenue plus ouverte à des idéologies politiques "centristes" appelant à la tolérance, à la modération et à la communication avec l'"autre".

C'est le résultat de la souffrance dont les sociétés arabes ont été témoins du fait de la prédominance de la violence extrémiste et de leur réserve face aux invites au martyre qui inflige mort et destruction à des civils innocents. Cependant, pour bousculer ce modèle, il faut que les groupes politiques islamiques modérés se voient reconnaître la possibilité d'intervenir dans l'arène politique.

Prenant leurs distances avec des mouvements politiques traditionnels comme les Frères musulmans, les militants et partis islamiques centristes ont, ces 20 dernières années, progressivement assis leur présence politique. Des exemples en sont, en Tunisie, le Parti du Réveil (Nahda), créé en 1981, et, au Maroc, le Parti de la Justice et du Développement, qui rassemble le Mouvement populaire, constitutionnel et démocratique, créé en 1967, et des membres le Mouvement pour la Réforme et le Renouveau du Maroc, de tendance plus confessionnelle. D'autres partis centristes sont le Parti islamique du Centre, en Jordanie, créé en 2001, le Sudanese Middle Party créé en 2006, et, en Égypte, le New Middle Party, dont les membres se battent depuis dix ans pour pouvoir agir dans la légalité.

Pour plusieurs raisons, il faut prêter sérieusement attention à la montée des partis centristes islamiques.

Ces partis semblent manifester un niveau de conscience politique "islamique" qui faisait défaut dans l'arène politique depuis la naissance de l'Etat-nation arabe il y a plus d'un demi siècle. La perception nuancée des rapports entre islam et politique a été largement marginalisée par les querelles entre l'Etat et les groupes religieux extrémistes qui sont venus au jour dans les années 1970. Ces heurts constants ont compromis les chances de succès d'une participation politique islamique centriste.

Les partis centristes, qui se démarquent des courants politiques traditionnels de l'islam – depuis les plus modérés jusqu'aux extrémismes les plus violents -, mesurent, quant à eux, leur réussite à l'aune de l'efficacité politique. Ils ont la capacité d'intégrer les concepts de démocratie et de citoyenneté, qu'ils peuvent envisager en dehors de tout contexte religieux. Ils croient que l'islam est capable d'offrir un cadre moral à l'action politique en respectant les valeurs fondamentales universelles (et islamiques) que sont la justice, la liberté, l'égalité et la citoyenneté. Ils respectent ainsi le concept de pluralisme politique et ne font pas opposition à l'émergence de partis laïcs ou communistes.

De plus, ils reconnaissent les droits de toutes les minorités non musulmanes. Leur étiquette "islamique" signifie qu'ils reposent, à l'instar des partis libéraux sociaux, sur un système de valeurs. Ils ont la capacité d'intégrer les concepts de démocratie et de citoyenneté selon un mode conforme à la perspective de l'islam traditionnel, sans tomber dans le piège d'interprétations plus étroites et restrictives.

Par exemple, les partis centristes rejettent toutes discriminations, de sexe, couleur, religion ou ethnie, pour l'accès des citoyens aux charges publiques, alors que des mouvements comme les Frères musulmans imposent des restrictions à l'accès à la présidence de l'Egypte.

Les limitations ainsi imposées au développement d'un modèle politique fonctionnel ont hanté la philosophie politique islamique tout au long du siècle dernier. D'autres partis, plus extrémistes, se replient dans l'enveloppe de leur propre rhétorique religieuse, incapables qu'ils sont d'avancer au-delà des contraintes qu'ils s'obligent à intégrer. Ce qui, en les conduisant inévitablement à l'inertie politique et intellectuelle qui est aujourd'hui la leur, amenuise leurs chances de réussite auprès de la société civile.

Ces mêmes partis donnent aussi un remarquable exemple de la nature des rapports entre Etat et société. Ils se gardent, par exemple, d'imposer un type déterminé de gouvernance, comme la charia, laissant le soin à la société de se doter du modèle qui lui convient. Grâce à ces principes, ils ont réussi à résoudre le dilemme historique – comment associer religion et politique dans la vie publique – qui hante en permanence tous les courants politiques islamiques.

L'islam joue un rôle central dans ces partis centristes, ce qui assure le crédit de ceux-ci auprès de l'électorat traditionnel et les protège de ceux qui pourraient les accuser de s'écarter de la religion. La politique islamique centriste est authentiquement consciente des principes de l'islam et de l'identité culturelle, d'une part, et de la nécessité de répondre aux défis d'une vie politique moderne de l'autre. C'est à ce titre qu'elle constitue la seule voie possible pour de nombreux pays du monde arabe.

* Khalil Al-Anani, politologue égyptien, spécialiste de l'islam, est l'auteur de The Muslim Brothers in Egypt: Old Age Struggling with Time et de Political Islam: The Phenomenon and the Concept. Il est aussi directeur adjoint de publication du International Politics Journal d'Al Ahram.


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